LIVRE V
Si Contran mourait le premier , sa fille Chlotilde serait maintenue par Childebert dans la pleine et libre possession des biens qu'elle aurait reçus de son père. Que si c'était Childebert, Contran prendrait sous sa lutèle Théodebert et Théodoric, et sous sa protection Brunehault , Faileube et Chlodosindé. Les leudes transfuges seraient chassies, dans les deux royaumes, des lieux où ils s'étaient retirés. Les donations faites aux églises seraient respectées. Enfin, si Ton violait le traité, fauteur de l'infraction perdrait sans retour les avantages qu'il lui assurait.
Cette grave affaire conclue, Félix dit à Contran : « Tu as appris que Récarède avait envoyé à ton neveu » des ambassadeurs. Il demande en mariage sa sœur » Chlodosinde. Que conseiiles-tu ? Childebert attend » ton aveu. — Il ne sera pas glorieux pour nous, ré- » pondit le roi, que la mort d'Ingonde reste sans ven- 9 gëance. Il ne sera pas bon pour Chlodosinde de se » mettre au pouvoir de ceux qui ont fait mourir sa » sœur. — Ils se disent innocens, répliqua Févêque, » et proposent d'en faire serment. — Que mon neveu » en fasse donc à sa volonté, » reprit le roi,
Félix ajouta ensuite : « Childebert te fait une autre x> prière. Il demande que tu lui prêtes secours contre » les Lombards ; car il a formé le dessein de les » chasser de l'Italie, d'y recouvrer tout ce que possé- » dait son père, et d'abandonner le reste à l'empereur » grec. — Je ne le ferai point, répondit Contran. Une » affreuse contagion désole ces contrées ; je ne veux • pas livrer mon armée à la mort. »
Quelques mois s'écoulèrent. Childebert el les deux reines étaient à Strasbourg ; arrivèrent des députés des villes de Melun et de Boissons. Soissons, ancienne capitale de Chilpéric, avait résolu de se soustraire à la domination de Frédegonde. Melun, déjà soumise au roi d'Austrasie, aidait ses desseins ; et toutes deux, aspirant à former un nouveau royaume, demandaient à Childebert de leur accorder un de ses fils pour régner sur elles. Childebert qui, si l'on en peut juger parles apparences, était le véritable provocateur de cette démarche, accueillit les envoyés avec beaucoup de faveur. L'accord se fit promptement, et ce fut à Théodebert qu'échut cette royauté. On forma une nombreuse cour au jeune prince. Il eut des gouverneurs, un maire du palais, des domestiques, des comtes, tout Fappareil et tout le cortège des rois. Puis il vint à Boissons, et son entrée se fit avec beaucoup de solennité.
Comment Frédegonde ne prévint-elle pas cet événement? comment, après qu'il eut éclaté, n'y opposat-elle aucun obstacle? Quelles difficultés, lorsqu'il eut été accompli, l'empêchèrent de s'en venger par la guerre? 11 n'est resté aucun souvenir qui aide à expliquer cette inaction. Contran se plaignit; mais pour lui-même, et non pour Chlotaire. Il craignît qu'on n'eut des deSvSeins sur Paris, et que l'occupation de Boissons n'eût pour but d'en faciliter le succès. On lui ôta cette crainte, et il devint à son tour inactif et indifférent. Mais sa conduite s'explique avec moins de peine. Révolté de l'ingratitude et de la perfidie de