LIVRE V
aussi plus ardent dans sa querelle contre Childebert, Gt secrèlement proposer à Garibald de secouer le joug de ce prince. S'il acceptait cette condition, il consentait, lui, à épouser Théodelinde* Le duc accepta* Âutharis, suivant ce dessein, lui envoya aussitôt des ambassadeurs; mais, par un étrange calcul, voulant éprouver de plus près les ressources et la sincérité de son nouvel allié, il changea d'habit et de nom, et se mêla dans les rangs de ces envoyés.
Après que le chef de l'ambassade en eut expliqué le sujet, Autharis, parlant à son tour, dit à Garibald qu'il avait des ordres d'une autre nature; qu'il était chargé, par son roi, de voir et d'entretenir Théodelinde ; qu'il devait s'enquérir si la vérité ne démentait pas les merveilleux récits de sa renommée. Théodelinde parut, et Autharis, charmé, s'écria qu'il était garant de la joie qu'éprouveraient le roi et le peuple d'avoir une telle reine. Continuant encore: « C'est une 9 coutume des Lombards, dit-il, que la reine, quand 9 leurs chefs s'asseoient à sa table , leur présente tour 9 à tour la coupe^ après y avoir bu la première. Per- » mets , ô duc, que nous recevions dès aujourd'hui » cet honneur. » Garibald le permit, et au moment que Théodelinde offrait la coupe au Lombard, celuici, pressant sa main légèrement et furtivement, éveilla en elle un vif soupçon delà vérité. Elle dissimula cependant; mais Autharis rompit bientôt ce mystère. Au retour, sitôt qu'il eut atteint la frontière, brandissant sa hache, il la lança, avec une incroyable vigueur, contre un arbre éloigné, où elle s'enfonça profondé-
ment. Se retournant aussitôt vers les guerriers de Bavière par qui Garibald avait Tait accompagner les ambassadeurs : « Allez, leur dit*il; rapportez ce que 9 VOUS avez vu ; annoncez ii votre duc et à sa fille » quel usage Autharis sait faire de ses armes. »
Ces commencemens étaient favorables ; mais Childebert ne se décourageait pas. Les projets d'Autharis et de Garibald lui avaient été révélés. Comprenant combien il lui importait de les prévenir , il assembla de nombreuses troupes, comme s'il eut eu dessein de les envoyer en Italie; puis tout-à-coup, découvrant leur véritable destination , il leur fit changer de chemin, et les précipita en Bavière. Rien n'y était encore préparé pour résister à cette agression. Les Francs traversèrent le pays, triomphant toujours, répandant partout la désolation et la mort. Il s'en fallut même de peu que la fortune ne mit en leurs mains Théodelinde et son frère. Ceux-ci toutefois réussirent à se dégager, et ils parvinrent non sans péril jusqu'en Lombard ie. Autharis , fidèle à sa foi , ne méprisa point leur malheur, et, fugitive qu'elle était, ainsi qu'il l'avait promis, il voulut épouser Théodelinde.
Une année s'était écoulée. Dans cet intervalle , et pendant qu'il mettait à Gn son expédition de Bavière, Childebert, voulant se faire accorder de nouveaux secours, avait envoyé une seconde ambassade à Constantinople. Ses envoyés étaient Bodégésile de Soissons , Evance d'Arles et Grippon. Forcés de relâcher à Carthage , on ne sait par quel accident , ils attendaient en ce lieu qu'on leur fournît les moyens de con^