‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 188 sur 196 · LIVRE V (Ôl>l-5y · texte numérisé non relu

LIVRE V (Ôl>l-5y

dans les supplices ; d'autres furent mutilés ; d'autres subirent seulement la prison.

Les emporteraens de Frédegonde n'éclataient pas tous au-dehors. Son âpre et vindicative humeur s'exerçait aussi plus près d'elle. Rigonthe l'avait souvent irritée par ses mépris, par ses exigences , par ses désordres. On les avait vues^ dans leurs querelles, s'accabler tour à tour d'abjectes injures, et se frapper l'une Tautre avec la plus grossière fiiretir. Un jour vint que Frédegonde appela sa fille. « Tu m'impor- » tunes sans cesse, lui dit-elle; approche : voici ce » qui m'est resté des trésors de ton père. Prends-le, «^ et fais-en à ta volonté. » Ayant dit ainsi, elle ouvrit un coffre où étaient enfermées beaucoup de choses précieuses, et commença à en retirer quelques-unes. Elle continua un peu de temps ; mais bientôt, feignant d'être fatiguée : « Achève, dit-elle k sa fille, et emporte » tout ce que tu trouveras. » Rigonthe obéit, et se courbant dans le coffre, elle cherchait et assemblait les joyaux qui étaient au fond. En ce moment, Frédegonde, faisant retomber le pesant couvercle, et le pressant aussitôt avec violence, la tête de sa fille resta engagée par les ais inférieurs du coffre. La malheureuse i*eine suffoquait. Meurtrie, étouffée, ne respirant plus, elle faisait d'impuissans efforts poia* appeler et se délivrer. Son implacable mère ne se lassait point, et redoublait elle-même d'efforts pour la retenir. Enfin cependant on entendit, et on accourut, et le parricide ne s'acheva point.

Frédegonde à son tour tomba dans un grand- péril.

486 HISTOIRE DES FflANCS.

La discorde était à Tournai. Il s^y était formé deux partis ; Tun, dés Francs ; Tautre, des anciens habitans de la ville. Une simple querelle de famille en avait été la misérable occasion. Un homme riche et considérable dans sa race avait pris en mariage une fille riche aussi et considérable dajis la sienQ0. Le mariage achevé, il la négligea. La fille avait un frère qui s'irrita de cet injurieux traitement. Il fit d'abord des reproches, puis des menaces, puis des outrages : une vive inimitié se mit entre ces deux frères. Un jour enfin ils se rencontrèrent et combattirent. On était nombreux des deux parts. Le mari, frappé le premier, périt de la main de son beau-frère. Celui-ci, frappé à son tour, fut tué par les suivans du mari. Leur mort ne fut point la fin du combat. On se mêla, on s'obstina, on s'acharna avec une insatiable fureur. De tant de combattans il n'en survécut qu'un seul.

Ce fut alors que la ville s'émut et se partagea. L'animosité était si profonde et si générale, qu'on eut sujet de craindre de graves désordres. Frédegonde vint , croyant apaiser les esprits par son autorité ou par ses conseils. Elle s'abusait, et son orgueil en fut offensé. Prenant aussitôt de nouveaux desseins, ce que la douceur n'avait pas pu faire elle le remit à la violence. Elle convia à un grand festin tous les principaux de Tournai. A leur tète étaient les chefs des deux famillçs ennemies, savoir, Charivald, Leudovaldet Waldin. On les plaça ensemble sur un même banc. La nuit venant, on emporta les tables, selon l'usage des Francs ; mais les convives ne laissèrent

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