LIVRE V
pas de demeurer à leur place, continuant de boire le vin qu'on leur apportait avec profusion. Bientôt ils s^appesantirent, et les serviteurs eux-mêmes, succombant h l'ivresse, tombèrent sur le pavé, endormis. Alors entrèrent trois hommes, armés de la hachci que Frédegonde envoyait. Ces hommes se glissèrent sabs obstacle derrière les trois chefs, et, frappant d'accord, ils les tuèrent tous trois comme d'un seul coup.
Le trouble fut grande l'effroi général j tout s'enfuit. Mais ce que n'avait pas prévu Frédegonde arriva. L'irritation déjà si forte des habitant prit en un in^*** tant plus d'activité et de violence. On se souleva, on courut aux armes, on se saisit des portes ; la reine était prisonnière. En même temps on appelait Childebert ; on délibérait de lui livrer son ennemie ; on le sollicitait d'ordonner sa mort. Elle, à son tour, ne négligeant en cette extrémité aucun moyen de salut^ expédia de secrets messagers en Champagne, et or-* donna de marcher en hâte pour la secourir. Les peu-^ pies de Champagne obéirent, et leur promptitude fut si grande, qu'ils devancèrent à Tournai les troupes qu'envoyait Childebert. Ainsi fut délivrée Frédegonde, et se perdit^ pour ses enneoiî^) la plus favorable occasion de vengeance.
Mais de vives craintes l'agitaient ; ce traité d'Andlaw, qu'elle n'avait pas su prévenir, confondait et désespérait son ambition. Elle se le reprochait, et «vec justice , comme une faute ; elle le redoutait , et avec raison , comme un extrême danger. Nulle autre res-
source cependant ne lui était ouverte, si ce n^est de se réconcilier avec Contran. L'entreprise était douteuse après tant d'injures. Elle ne laissa pas d'essayer, et le succès ne fut pas tout-à-fait contraire à ses espérances. Son prétexte fut le baptême tant différé de son Bis. Elle envoya des ambassadeurs en Bourg;ogne, chargés d'un message humble et suppliant. « Que mon Seigneur vienne jusqu'à Paris , » disait -elle; qu'il y appelle mon fils ; qu'il le purifie » dans les saintes eaux du baptême ; qu'il consente à 9 le nommer son enfant. » Contran se laissa toucher. Il fit partir aussitôt trois évêques, ceux de Lyon, de Châions et d'Âutun. Avec eux partirent encore un nombre considérable de comtes, de domestiques et d'hommes armés. Ensuite , les préparatifs étant faits, il vint lui-même k Ruei. Mais soupçonnant peut-être quelque embûche , au lieu de Paris pour célébrer le baptême , il voulut Nanterre.
On s'alarma en Âustrasie. Cette condescendance imprévue y fit craindre de plus dangereux changemens. Childebert envoya des ambassadeurs. Ceux-ci, quand ils furent en présence du roi de Bourgogne : a Roi , lui dirent-ils , nous venons nous plaindre h » toi de toi-même. Tu te lies d'amitié , dit-on , avec » les ennemis de Childebert : ce n'était pas ta pro- » messe. Ne te souvient-il plus du passé? As-tu un » si grand mépris des sermens? Dieu te jugera. » — « Qu'il me juge, répondit Contran. Je n'oublie ni » ne viole mes promesses. D'où viennent vos crain- » tes ? Suis-je libre de ne point tenir sûr les fonts sa-