‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 190 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» crés le fils de mon frère ? Est-ce une demande que » puisse reftiser un chrétien ? Les maîtres l'accordent » à leurs serviteurs ; m'en exempterai-je envers mon » neveu? Allez donc , et rapportez à votre roi ces pa- » rôles : J 'observerai fidèlement nos traités ; qu'il les «> exécute h son tour, avec le même scrupule. Us ne » seront point rompus par ma faute ; qu'ils ne le » soient pas par la sienne ! »

La cérémonie s'accomplit ; le baptême fut célébré fastueusement. Il y eut des festins et des fêtes ; il y eut de grandes profusions de dons et de grâces. Au moment où l'évêque répandit l'eau sainte sur la tête du catéchumène, Contran confirma à ce jeune prince le nom de Chlotaire, et tendant ses mains vers le eiel : « Qu'il croisse, s'écria-t-îl ; que ce nom glorieux » lui soit favorable; qu'il en remplisse toutes les pro- » messes ; que sa puissance s'étende à l'égal de celle » du sage roi qui l'a porté avant lui ! »

On a quelquefois mis en doute la légitimité de la naissance de Chlotaire. Si le récit d'Aymoin était véritable ; si les amours de Laadry étaient plus certaines(l) ; si lemeurtre de Chilpéric était en effet l'ouvrage de Frédegonde , ce ne serait cependant qu'une vaine et téméraire présomption. Mais ce récit ne méritant aucune créance , les faibles indications qui restent encore en sont d'autant plus affaiblies.

Chilpéric d'abord n'exprima jamais le moindre

(i) Pasquicr nie, avec raison, je crois , les amours de Landry et de FicJegondc. (Recherches^ lib. 10, cbap. 7 )

soupçon. Bien loin de lii ; il montra une grande sol* licitude pour cet enfant , refusant de le faire nourrit* à Paris , de peur, disait-il , qu'on ne jetât un sort sur lui comme sur les autres , et qu'il ne mourût de la même mort.

De son côté, Childebert, sitôt qu'il apprend le meurtre du roi de ^Soissons , marche avec empres* sèment sur Paris ; mais quand il explique ses prétentions , ce n'est point de l'expulsion de Ghlotaire qu'il' est occupé, ni du partage de la succession dç Chilpéric. Tout se borne pour lui à la restitution de sa part dans le royaume qu'avait possédé CharibertV

Plus tard , ses réclamations ayant été méprisées , il les renouvelle ; mais il n'y ajoute rien. Seulement il veut se venger; il insiste pour qu'on lui livre la reine ; il fait sans ménagement l'énumération de ses crimes , et n'y comprend point cette supposition de roi , crime énorme , crime inoui , dont son ambition ne lui eût certainement pas fait grâce.

Les grands du royaume à leur tour : à peine a-t-on enseveli Chilpéric, Âosovald, avec un grand nombre d'autres , se rassemblent autour de l'enfant , le proclament roi , et Je saluent du nom de Ghlotaire. Ils se dispersent ensuite, et vont par les villes demander en son nom le serment de fidélité. Puis, à la première hésitation de Gontran , trois évêques et trois cents des plus notables hommes du royaume font serment sur les Evangiles que ce jeune prince est en effet du sang de Chilpéric. « En sorte, dit Grégoire de Tours, )> que les soupçons du roi furent effacés. »

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