LIVRE V
Enfin, Contran : son frère mort, il accourt ; il se déclare le protecteur de Chlotaire ; il permet qu'on lui prête serment de fidélité ; il lui assigne des gou-^ verneurs ; il souffre que ceux-ci commandent au nom de leur pupille ; il se laisse disputer par eux , et en vertu de son titre, la juridiction qu'il prétendait exercer sur les meurtriers de Prétextât (1); il ne se dit point héritier de Chilpéric ; il n'en partage point le royaume. Quand Childebert veut qu'on lui livre Frédegonde, il répond : a Elle a un fils qui est roî{2). » Quand il parle au peuple, dans la cathédrale deParis, il lui dit : a Que je puisse élever mes neveux j que j'ai o faits mes fils adopUfs (3). » Quand il combat les craintes de l'évêque Félix : « Que Childebert ne s'af- » flige point , lui dit-il , si je reçois les envoyés de » mon neveu Chlotaire (4), » Enfin , il le présente au baptême ; il le présente comme son neveu ; il le présente comme roi , et lorsque les ambassadeurs de Childebert lui portent ses plaintes , il les repousse en leur demandant si ce n'était pas un devoir pour lui de tenir sur les fonts sacrés un enfant de sa race^ le fils de son frère , le cousin de leur roi? (5).
Il est vrai cependant qu'on peut citer d'autres paroles de ce prince. Quand il voulut détruire en Austrasie l'influence de la faction qui secondait Gondo-
(i) Grégoire de Tours, liv. 8.
(a) Ideniy liy. 7.
(3) Eodem.
(4) Jdem liv. 9.
(5) Idem, Vis. 10.
vald, il dit à Childebert : « Les crimes ont fait quV/ » ne reste de ma race que toi^ qui es le fils de mon ^ frère. Je déshérite les autres; sois mon hério tier (1). » Quand il vint à Paris la première fois, pour le baptême de Chlotaire, comme il s^était arrêté à Orléans , il y arriva quelques évêques qu'il fit asseoir à sa table, et auxquels il dit : a Je n'ai malheu- » reusement pas ^aa^r^^/^ que Childebert... Si Dieu » daigne lui accorder la domination des Gaules , on » peut espérer que notre race , presque entièrement » détruite i se relèvera par son moyen (2). » Quand Frédegonde et les gouverneurs de Chlotaire, Fabusant, eurent refusé d'amener le jeune prince à Paris : « Je suis venu à leur prière, s'écria-t-il , et ils ne le » montrent point! Sans doute qqe c'est le fils de quel- » qu'un de nos leudes. S'il était de notre race , on ne 1» refuserait pas de me Papporier. Sachez donc tous » que je ne le veux plus recevoir qu'on iie m'ait fourni » des témoignages certains (3). » Quand il apprit la naissance du premier fils de Childebert, on l'entendit disant dans sa joie : « Si le père conserve cet enfant , » et si l'enfant conserve son père, Dieu relèvera la » grandeur du royaume des Francs (4).» Enfin, lorsque Grégoire et Félix furent députés vers lui pour la confirmation du traité d^Andlaw : « Je donnerai à
(i) Grégoire de Tours, liv. 7.
(i) Idem^ liv. 8.
(li) Eocleui.
(4) Eodem.