LIVRE
plaignait devant lui des obstacles qui Tarrétaient si long-temps au siège d'une seule ville: « Que tardes-tu? 9 dit Arédius. Est-il d'un si grand intérêt pour toi 9 d'achever la ruine de Gondebaud ? Quel fruit auras- » tii retiré de ton entreprise^ si tu ne lui ôtes la Bour- » gogne que pour la livrer à Godégisile, et la remet- » tre, encore puissante et entière, en la domination » d'un seul roi? On t'a promis des tributs? Doute- » rais-tu qu'en Tétat où il est réduit, Gondebaud ne » fut empressé de t'en offrir? »
Chlovis recueillit ce conseil et en profita. La Bourgogne unie lui serait toujours un obstacle ; divisée , elle ne pouvait rien contre lui. Ses envoyés allèrent donc devers Gondebaud. Heureux du bon succès de sa ruse, le Bourguignon disputa peu sur les conditions. .11 se reconnut tributaire, abandonna à Godégisile toutes les places que celui-ci avait occupées depuis la bataille, et consentit que Chlovis laissât à ce prince cinq mille de ses Francs pour lui aider à conserver sa conquête.
Revenu en France , Chlovis ne tarda pas à éprouver ce que valait la foi de son nouveau tributaire. Gondebaud , contraint de céder Vienne à son f* ère , avait fait de Lyon la capitale de son Etat morcelé. Là , nourrissant un secret espoir de vengeance , il assembla sans bruit des soldats: et comme il apprit que son frère , ignorant le péril , était en plein repos et sans défiance, il se porta précipitamment sur Vienne et l'y investit.
La ^ille était forte et la garnison redoutable. Mais
Godégisile^ surpris, n'avait pas fait d'approvisionnemens. La nécessité l'obligea de mettre hors de la ville tous ceux qui ne pouvaient contribuer à sa dé* fense. De ce nombre fut un ouvrier qui avait la garde des aqueducs et la charge de leur entretien. Ce misérable , irrité de son expulsion y alla à Gondebaud , et lui découvrit une issue, par où, quelques pierres ôtées,. il devenait facile de pénétrer dans l'un des aqueducs, et de là , jusqu'à l'intérieur de la ville. On profita de cet avertissement. Des soldats allèrent, la nuit, percer l'aqueduc. Un peu après, Gondebaud fit attaquer les remparts. Les assiégés y coururent. Mais, dans le même temps , ceux à qui l'autre attaque était confiée s'étaient introduits dans la ville. Toutà-coup , de ce côté-là, il se fait de grands cris, et un grand bruit de trompettes. Les assiégés^ surpris et enveloppés, mettent bas les armes. Godégisile se réfugie dans une église; son frère, impie et impitoyable, le fait poursuivre et massacrer, avec l'évêque, au pied de l'autel.
Gondebaud, satisfait, voit en un seul jour s'accomplir les desseins de toute sa vie. Le voilà enfin seul maître en Bourgogne ; privé de ses frères , mais délivré dé tous ses compétiteurs. Reprenant confiance alors en sa puissance et en sa fortune , il prétend à s'affranchir du tribut promis à Chlovis. Outre cela , voulant à cette heure , non plus apaiser , mais aigrir la vieille mésintelligence des Francs et des Wisigoths, il livre à Alaric les cinq mille soldats de Chlovis , auxiliaires dt Godégisile, faits prisonniers à Vienne ,