LIVRE II
en le poursuivant, le pays entier de désolation. « Qu^ils j» livrent leur roi , disait-il ; il n'y a pas d'autre fin au » ravage.» Le découragement, comme une contagion, gagna tout ce peuple. Il se trouva des traîtres ; en manque-t-il jamais pour l'adversité ? Ils pénétrèrent jusqu'à Sjgismond , et lui persuadèrent de changer d'asile. « Allons à Saint-Maurice, lui dirent-ils. Ta » vie V sera mieux cachée encore et moins dure. » Il les crut ; mais à peine arrivé dans le monastère , il vint des soldats francs qui se saisirent de lui , et qui le livrèrent à Chlodomir. Cette famille de rois fut traînée à Orléans , prisonnière.
Mais Godemar y manquait. Et cependant l'armée des fils de Chlotilde retourna chargée de dépouilles dans les provinces où elle s'était assemblée. Sitôt délivrés de la crainte que leur imprimait sa/ présence , les Bourguignojis humiliés reprirent les armes. Leur fureur s'alluma au souvenir de la sienne. En aussi peu de jours qu'ils avaient été vaincus et soumis , ils redevinrent libres et victorieux. Godemar avait déjà reparu. Il s'était mis à leur tête , et n'avait pas craint de prendre le titre de roi.
Chlodomir accourait; mais Childébert et Chlotaire refusèrent de le seconder. Peut-être redoutaient - ils son ambition ; peut-^tre les avait-il offensés ; peutêtre Godemar avait-il acheté leur inaction à prix d'or. Dans cet embarras , Chlodomir eut recours au roi d'Austrasie. Celui-ci ne résista point , et ses conditions faites, il marcha. Qui Teût retenu, quand le meurtre de Sigéric avait changé tous ses intérêts?
Mais Falliance à peine jurée , Chlodomir conçut un affreux dessein. Il s'effraya de ce qui pourrait survenir durant son absence,' et des efforts que pourraient tenler les captifs. Le cœur se serre au souvenir des crimes que lui conseilla le soin de sa sûreté. Il voulut donc que le roi Sigismond mourût. Vainement le prêtre Avitus , homme saint et sage, employa, pour l'en dissuader, Fautorité de sa renommée et de ses conseils. « Dieu sera avec toi , lui dit-il , si tu déli- » bères dans sa crainte. Attends pour toi-même le » sort que tu auras fait à ton ennemi. Âbstiens-toi de ù ce meurtre ; il t'ôterait la victoire que tu vas cher^ » cher. » Le roi ne fut point fléchi. « Il est d'un in- » sensé , lui répondit-il , quand on va à l'attaque de » son ennemi , d'en laisser d'autres arrière de soi. » Et cela dit , comme pour mieux imiter Gondebaud , et mieux venger les malheurs de Chlotilde , il fit jeter dans un puits Sigismond, sa femme et les deux enfans.
A cette nouvelle , Théodoric indigné balança. 11 regrettait ses engagemens, et craignait en même temps de les rompre. « Je les tiendrai , dit-il , puisque j'en » ai donné ma foi ; mais je la donne aussi qu'il y aura » vengeance de sa cruauté. »
Les deux princes atteignirent Godemar à Véseronce , non loin de Vienne. Çodemar résista d^abord faiblement, ^ se mit en fuite. Chlodomir , emporté par la conBance du succès et de son âge , poursuivait lui-même les fugitifs sans prendre et sans donner de repos. Théodoric, jugeant qu'il lui suffisait de l'avoir aidé à vaincre , s'abstint de le seconder dans cette