LIVRE II (538-â
Ses soldats étaient affaiblis par la faim et par leurs blessures: il ne put les tirer de leur découragement. On capitula ; la garnison eut la vie sauje; mais les habilans n'obtinrent aucune merci. Tout périt, et la ville même , qui fut ruinée par le feu.
L'année suivante , Bélisaire entreprit de se venger sur Ravenne. C'était la capitale des Ostrogoths ; sa chute entraînerait celle de leur puissance. Mais deux autres places couvraient celle-ci ; du même temps , il fit les deux sièges. Lui-même il attaqua Osme ; Fiesoli le fut par des lieutenans. Un troisième corps alla à Tortone pour observer Tarmée de Vraïa et l'empêcher de passer le Pô.
Théodebert était attentif aux événemens. Il redoutait l'avenir , et se défiait également des deux ennemis. Plutôt la ruine de tous, que le triomphe d'aucun. Plus fort par la défaite même de l'autre, celui qui l'emporterait serait un voisin trop puissant et trop dangereux.
Ce prince conçut un hardi dessein. La guerre avait épuisé les Goths , et n'avait guère moins affaibli les Grecs: le moment parut favorable à Théodebert. Cent mille de ses soldats passèrent les Alpes , et pénétrèrent à Pavie inopinément.
Des deux côtés , on s'en effraya ; des deux côtés , on en eut bonne espérance. Chacun ayant un traité , crut que c'était le sien qui s'exécutait.
Cette incertitude les favorisant , les Francs se saisirent d'un pont jeté sur le Pô, et se déclarant enfin ennemis massacrèrent les Goths qui en avaient la
garde. Au même moment, marchant vers leur armée, qui était voîsîne% ils arrivèrent avant qu'elle fût informée de leur agression , et Tassaillirent quand elle les tenait encore pour amis et pour alliés.
La défaite fut prompte et facile. Vaincus sans combattre, les Goths jetèrent leurs armes, et la crainte des Francs l'emportant sur toute autre crainte , plusieurs furent entraînés dans leur fuite au travers du camp de Grecs. -
Ceux-ci s'applaudissaient à cette vue , et se rassuraient. Ils ne doutaient plus des favorables intentions de Théodebert. Ils lui allaient au devant pour lui faire accueil , et lui rendre grâces. Mais lui , poursuivant comme il avait commencé , lés surprit à leur tour dans leur sécurité et dans leur désordre. Ils ne résistèrent ni plus vaillamment, ni plus long-temps que les Goths^ et le roi franc eut la gloire , s'il y en a ou manque la fidélité , de vaincre en un seul jour et au même lieu, deux armées de deux puissantes nations.
De là, il. se porta dans la Ligurie et la ravagea. Gênes qui lui voulut résister fut prise de vive force , et mise au pillage. On cherchait quel obstacle pourrait désormais l'arrêter. Mais il en vint tout-à-coup , qu'on n'attendait pas. Cette armée chargée de riches^ ses vit SCS magasins s'épuiser. Avec la disette une affreuse dyssenterie se déclara , qui fit en peu de jours d'étonnans ravages. Les soldats se découragèrent ^ et Pon ne songea plus qu'au retour. Quelques troupes seulement furent laissées au passage des Alpes , ei dans un petit nombre de places au-delà.