LIVRE II (A
Bétisaire alors ^ s'assurant , pressa de plus en plus Osme et Fiesoli. Ni retardement , ni relâche. Les atta. ques, toujours plus vives, croissaient en se succédant. L'espoir de quelque secours animait et prolongeait la défense. Mais cet espoir se perdit ; le courage tomba ; il ne resta plus qu'à capituler.
Ces places occupées, les Grecs réunirent leurs forces , et attaquèrent Ravehne. Déjà maîtres de la mer , leur premier soin fut de se saisir des deux rives du Po 9 afin de retrancher aux assiégés toute communication et toute issue. Yitigès était dans la ville. 11 attendait de grandes quantités de blé depuis long-temps demandées, et par Tordre qu'il y avait mis, il pouvait compter qu'elles arriveraient avant que le Pô cessât d'être libre. Mais un malheur dont il n^y avait pas d'exemple confondit ses calculs. Les eaux manquèrent dans le fleuve , et il cessa subi(ement d'être navigable. Les barques ainsi arrêtées, Bélisaire qui devait être devancé, devança lui-même les Goths. Tout ce riche approvisionnement fut sa proie , et l'on put prévoir à quelle extrémité serait bientôt réduit Vitîgès.
Les Francs toutefois, quoiqu'ils eussent interrompu leur dessein, n'y avaient pas renoncé. Ni leur intérêt ne changeait, ni leur politique. Ils ne voulaient que nourrir la guerre, et ne pouvaient consentir que Yitigès fut si promptement accablé.
Le sachant donc en cet extrême péril , ils envoyèrent vers lui , et firent de nouveau marcher une armée.. « Cinq cent mille soldats, disaient-ils, accour- « raient , s'il était besoin. Qu'il ne laissât pas tomber
138 HISTOIRE DES FllANCS.
» ritûliesous le joug des Grecs ; qu'il leur en aban- » donnât plutôt quelque partie à eux-mêmes. Ils ne 1» prétendaient point d'autres conditions pour le se-- » cours qu'ils lui proposaient. »
Les Grecs avaient des intelligences dans la ville. Ou dit même que Malazonthe, qui n'avait cédé en épousant Vitigès qu'à la violence, les favorisait. Ils eurent avis des négociations engagées avec les rois francs^ et ils se hâtèrent de les traverser.
Théodose , l'intendant du général grec , alla porter d'autres propositions au roi d'Italie. ^ a Quelle espé- » ranoe pouvait-il fonder sur la puissance des Francs? » Quelle confiance, sur leur bonne foi? Ne connais- » sait-il point Bélisaire? Doutait-il que la supériorité 9 du nombre ne fût balancée par celle de l'habileté ? » Qu'attendait-il de cette multitude indisciplinée qui^ » pour protéger ses provinces , les désolerait ; et de » ces princes sans foi , qui ne le défendraient qu'afid 0 d'être seuls à le dépouiller ? Ils viendraient amis, et » ne s'en retourneraient que vaincus ou maîtres. »
Viligés l'écouta et renvoya les négociateurs des rois francs. Mais Bélisaire, quand il se fbt délivré de celte crainte, ne montra plus le même empressement, ni la même générosité. Les contestations se compliquaient et se prolongeaient. De jour en jour les conditions devenaient plus dures. Et pendant ce temps le siège, qu'on n'interrompait point , faisait des progrès» La peur et la trahison en faisaient aussi dans la ville. Enfin, soit malheur ou crime, le feu détruisit les greninrs où se gardaient ses derniers approvisionnemens; Plus