LIVRE II
d'espoir de salut, nul moyen de i*etarder même la défaite. La ville se soumit ; Yitigès descendit du trône. Il alla, traîné par Bélisaire, à Constantînople , ache^ ver de vivre chez ses ennemis, obscur, nàais heureux peut-être et en sûreté.
Bélisaire crut la conquête finie, et qu'il ne restait plus rien à faire pour lui. 11 se trompait. La puissance des Ostr(%oths se releva de sa fuine , menaçante encore, et pour long<-temps indomptable. Il essayèrent successivement de deux rois , Ildibalde et Ëroric , faibles princes mal secondés de la fortune, ou qui plutôt la secondaient mal. Dégoûtés d'eux, ou désabusés , ils les renversèrent , et le sort , favorable enfin , leur accorda Totila.
Celui-ci eut d'admirables comtnencemens. Aidé de son génie et de la rivalité des généraux grecs , aller et vaincre lui étaient une même chose. Les villes tombaient devant lui ; les provinces se levaient au bruit de son nom. Rome même ne put l'arrêter ; il en dispersa les habitans et la renversa. Bélisaire, pendant ce temps , triomphait en Perse du grand Chosroès. Il fallut qu'il se hâtât et revint. .
Totila se confiait en sa gloii^. 11 se crut assez grand pôtir prétendre aux filles des rois. 11 en voulait une de France ; cherchant à s'affermir comme à s'élever , avide en même temps d'éclat et d'appui.
Mais en ce moment, Justinien négociait avec les rois francs. Ceux-ci d'ailleurs avaient une autre ambition. Ils consentaient h la fortune de Totila, et lui permettaient volontiers assez de durée pour épuiser
1 iO HISTOIRE DES FRANCS.
dans ses succès les derniers restes de la puissance des Goths. Ils la souffraient combattue; ils la favorisaient passagère ; mais ils n'avaient garde de raffermir, et ne s'y associeraient pas.
Ils repoussèrent avec hauteur ces propositions. « Nos filles n'acceptent que des rois , répondirent-ils. » Qui n'a pas Rome n'a pas l'Italie. Totila n'a pu » garder Rome; il n'est pas roifl). » Totila, voulant les confondre , releva Rome et la repeupla. . ^
La guerre avait redoublé entré les Goths et les Grecs : c'était l'espoir de Theodebert. Saisissant donc l'occasion, son armée franchit une troisième fois les Alpes. Bucelin en avait le commandement; habile chef, soldat éprouvé. Elle s'étendit rapidement et presque sans obstacle. La Ligurie fut occupée ; tout le pays jusqu'aux confins de Venise fut envahi.'
Totila , effrayé, demanda la paix à Justinien, mais ce prince la lui refusa. Changeant de dessein, il la demanda à Theodebert, et comme il en donnait un grand prix, il l'obtint. II consentait que les Francs conservassent tout ce qu'ils possédaient actuellement, et promettait , quand Bélisaire aurait été chassé d'Italie , de leur faire en ce royaume un bon et durable établissement. Theodebert, satisfait, suspendit la guerre. C'était , quoiqu'en sens contraire , la politique de Théodoric, et comme ce prince avait fait effort pour s'éten-
(x) Daniel dît qa*il s*agissait de la fille de Theodebert ; Foncemagae, t]u il était^question de celle de Cblotaire. Je crois que Theodebert n'ar vaik qu'une fille, que le duc de Bavière avait déjà épousée. A la vérité,. Mézerai lui en donne deux } mais je ne sais sur quel témoignage.