‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 62 sur 196 · GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE

L'ambition des rois francs était ardente et insatiable ; les guerres du dehors n'y suffisaient pas. Leurs ressentimens étaient impétueux et opiniâtres ; leslims du sang, frein trop fragile, en irritaient la violence au lieu de la modérer.

Ces rois, qui n'étaient rois que par le partage, aspiraient tous à s'y soustraire et à Fabolir. Chacun s^indignait de n'être pas seul.

Childebert n'avait point de fils ; grand sujet de rivalité entre Chlotaire et Théodebert.

Childebert voulait que Théodebert lui tînt lien de fils, et lui succédât (1) ; grande source de mécontentement pour Chlotaire.

Quand Théodat leur eut envoyé cinquante mille pièces d'or pour les détourner de la guerre , Childebert et Théodebert les partagèrent entre eux sans attendre que Chlotaire en eût pris sa part. Mais Chlo-

( I } Grégoire de Tours, liv. 3.

taire à son tour fît enlever sur la route tout ce que s^é* tait attribué Childebert , et la part qu'il eut n'en (ut que plus ample.

Une guerre civile éclata. Chlotaire était seul; son frère et son neveu s'unirent pour l'exterminer. Il y eut d'imminens périls et d'inespérées délivrances, d'extrêmes fureurs et de merveilleuses réconciliations.

Chlotaire commença par des succès. Il passe TOise, laisse la Somme , va vers la Seine, entre en Normandie, avance encore , et de progrès en progrés parvient à la mer. Les troupes d'Austrasie tardaient. Mais elles vinrent , et la fortune changea par le nombre. Une défense hasardeuse et désespérée était déjà la seule ressource du roi de Soissops.

Chlptilde cependant était consternée. Elle ne négligeait aucun soin , conjurant sans relâche les calamités et le$ crimes qu'elle prévoyait. Mère et reine, sa prudence exhortait les rois, sa tendresse sollicitait ses enfans. Surtout elle implorait Dieu. Elle alla au tom* beau de saint Martin ^ et y porta ses douleurs , ses vœux fervens , son humble espérance. Et quand la guerre eut cessé, l'opinion qu'on avait de la sainte vie de Cblotilde ne laissa douter à personne que ce suc* ces inespéré ne fût dû à Tefficacité de ses prières.

Chlotaire allait périr. La fuite même lui était interdite. D'un côté la mer et la Seine ; de l'autre, Childebert et Théodebert. Il se jeta, non loin de Lille1)onDe, dans une forêt, et s'y retrancha. Des arbres qu'il abattit en grand nombre, il se fit un large rempart, faible secours et dernier refuge.

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