‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 70 sur 196 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

s'était arrêté, tout ce qui l'osait approcher était abattu. Il vint un moment où le péril étant déjà excessif, quoique la fuite ne fût pas encore impossible, un des siens lui en voulut persuader la nécessité. « Fuir ! » reprit-il. Non; mourir. Je dois compte de son armée 9 à Narsès : ce n'est qu'ici que je veux le rendre. » Bientôt , accablé de blessures et de lassitude , il commença à défaillir, et à combattre pluslànguissamment. Les assaillans s'enhardirent. Un d'entre eux parvint jusqu'à lui, et d'un coup de sa hache lui fendit la tété. Fulcaris tomba, et il expira.

Cette victoire ébranla la confiance des Grecs , et enfla le courage de leurs ennemis. Les Goths se levèrent. On les voyait de tous côtés accourir , et grossir à l'envi Tarmée des Francs. Les villes , loin de résister, sollicitaient le vainqueur. Ce ne fut qa'à peine^ si les lieutenans de Fulcaris purent rallier son armée. Menacés partout, en sûrelé nulle part, ne se croyant jamais assez loin de ceux qui les poursuivaient , ils abandonnèrent leurs meilleurs postes sans en défendre pas un, et reculèrent (qui l'aurait prévu?) jusqu'à Faenza.

Narsès lui seul ne se laissa point émouvoir. Plus ferme à mesure que le péril augmentait , il combattit l'effroi des Grecs et en triompha. Sa constance seule soutint leur fortune. Il persista contre toute apparence à poursuivre le siège de Lucques , et contre toul^e apparence il y réussit. Il ordonna à l'armée de Fulcaris de sortir de Faenza et de retourner sur les bords du Pô ; cette expédition-ne fut point troublée.

Aligerne enfin , le frère du brave Téïas , désespérant d'en recueillir l'héritage, et préférant, puisqu'il n'avait plus que ce choix, céder aux Grecs qu'obéir aux Francs , vint tout-à-coup au devant de Narsés à Ravenne, et lui remit Cumes, qu'il défendait depuis une année entière avec de merveilleux efforts de valeuç.

Ainsi se succèdent les chaùces de la guerre, souvent imprévues, rarement semblables. Les Francs' toutefois n'interrompaient point leurs progrès. Dans le même temps qu' Aligerne méditait d'abandonner Cu* mes, ils se mettaient en marche pour la délivrer. Informés bientôt de sa défection, ils ne laissèrent pas de poursuivre. Parvenus près de Rimini , Narsés s*y rencontra avec quelques troupes de Vamiens , alliés des Goths avant leur ruine, auxiliaires des Grecs depuis leurs succès. Bucelin campa en ce lieu, et envoya cependant , pour ravager la campagne , un fort détachement, mêlé en nombre à peu près pareil de fantassins et de cavaliers. Témoin de leurs dévastations^ Narsés voulut tenter de les interrompre. Il alla contre eux, avec une troupe faible à en juger par le nombre, mais redoutable par l'habitude de la guerre et la discipline. Les Francs se rallièrent sitôt qu'il parut, et firent choix d'une position favorable. Ils s'appuyèrent sur une forêt qui ne permettait , ni de les tourner, ni de les forcer. Leur infanlerie s'établit au centre, les cavaliers aux deux ailes. Narsés n'osait les aborder dans ce poste, mais il entreprit de le leur faire quitter. Il feignit de fuir, et prescrivit à ses sol-

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