‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 72 sur 196 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

sonniers profitèrent de son imprudence; Ils s'armèrent, tombèrent tumultueusement sur la garde, rompirent les portes du camp , le pillèrent et s'enfuirent libres et chargés de butin , jusqu'aux places voisines, où les. Grecs, qui en étaient maîtres, les accueillirent avec de grands applaudissemens.

Les Francs néanmoins achevèrent leur retraite sans autre dommage. Mais à peine étaient-ils arrivés sur les bords du Pô , que la peste, une peste subite j inévitable, terrible^ répandit dans leur camp la désolation et la mort. L'armée presque entière fut exterminée. Leutharis n^eut point lui-même un meilleur partage.

La position de Nàrsès était difficile. Obligé de munir ses places et de maintenir ses communications , il ne pouvait ni agir lui-même , ni en empêcher Tennemi. Ses forces étaient comme dispersées ; l'armée qu'il avait avec lui n'était que de dix-huit milk hommes. Tant que les. Francs marchèrent ensemble et en un seul corps, il fut contraint de laisser passer ce torrent. Quand ils furent partagés , il craignit encore, jugeant qu'à la moindre démonstration , les deux armées , dont les mouvemens étaient combinés , se réuniraient. Mais la retraite de Leutharis lui inspira d'autres pensées. L'inégalité du nombre n'étant plus à beaucoup près aussi forte , il prit la résolution d'aller attaquer Bucelin. Le succès ne lui semblait plus impossible , surtout s'il réussissait à prévenir la jonction du corps de troupes que Leutharis devait détacher du sien. L'éloignement, les difficultés du chemin , les embarras I. Il

du butin qu'emportait avec lui le détachement, autorisaient presque cette espérance.

Bucelin avait des desseins contraires. Il prit une position forte auprès de Capoue , résolu d'attendre les secours qu'on lui envoyait^ et de refuser le combat jusqu'à l'occasion favorable. Un afQuent du Vultume protégeait l'un des côtés de son camp. Les autres étaient couverts par de larges tranchées et par une triple enceinte de palissades. Un pont dont il s'était emparé favorisait ses convois ; une tour en bois défendait le pont. Bucelin donc éludait et temporisait , rassuré par ces précautions et par ces travaux. Mais un incident imprévu vint troubler ses combinaisons. L'un de ses convois se laissa surprendre , et l'escorte, rompue dès le premier choc^ s'enfuit en désordre vers le pont, sans résister même assez de temps pour qu'on pût l'aller secourir. Les Grecs la suivirent. Ils pif^fitèrent av^ un rare bonheur de ce court moment de confusion, et roulant jusqu'au pied delà tour quelques chariots de paille pris parmi ceux du convoi , ils y mirent aussitôt le feu. Le feu, favorisé parle vent, gagna promptement la tour, et la consuma. Les Francs furent contraints d'en sortir , et toujours poussés

et ëhassés, le pont lui-même resta au pouvoir des Grecs.

Cette communication lui manquant , Bucelin dont les magasins s'épuisaient , au lieu de retarder la ba* taille, ne songea plus qu'à en précipiter le moment. Quelques troubles survenus dans le camp des Grecs contribuaient à l'y exciter. 11 y avait un corps d'Hc*

Page 1