‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 8 sur 196 · LIVRE i. n · texte numérisé non relu

LIVRE i. n

écriyaient poui^tant; plusieurs siècles après Cfalogip'n. Leurs écrits sont remplis de fables qui leur otent toute créance. : '

A côté ^e ces narrateurs qui croient tout et. qu'on ne peut croire v sont des historiens rplus anciens qu'eux, et surtout plus graves. L'un.,. disant, en quel pa^s régna Chlogion , le nomme du nom qu'on, don? naît alors aux contrées qu'occupaient les Francs audelà du Rhin(l). D'autres, après avoir raconté les victoires d'Aétius, ajoutent que Chlogion y perdit tout ce qu'il avait conquis dans les Gaules (2). D'autres à leur tour rapportent que Chlogion fut réduit à demander la paix aux Romains (3). Or ce n^est guère le fait des vaincus, d'avoir les dépouilles.

Outre cela, quand se forment les établissemens des Goths, des Suèves , des Bourguignons, des Vandales, les écrivains contemporains n'en omettent point le récit. Quand vient celui de Chlovis , ils en recueillent les circonstances avec un grand soin. Comment donc se persuader , si les Francs s'jétaient fait des établissemens antérieurs , que ces historiens eussent négligé de le dire, qu'ils n'eussait pas aperçu ce royaume qu'on étend successivement à la Somme, à la Seine et même à la Loire?

Chlogion fut surnommé chevelu. Ce nom lui vint d'une loi qu'il avait donnée aux Francs , pour leur chevelure.

(i) Prospcr.

(a) Cassiodore. •— Prosper.

(3) Idace.

Au temps de Tacite, Tusage des longs cheveux n'appartenait, entre tous les peuples germains, qu'aux Suèves (1). D'autres cependant jcommençateni à l'adopter par imitation (2). Tacite, d'ailleurs, donne indistinctement le nom de Suèves à tous les Germains sur qui régna Yannius, et qui, transportés tour à tour en Moravie et en Pannonie , revinrent plus tard dans la Franconie où se forma la ligue des Francs (3)*

Chez les Romains , la chevelure coupée était un signe de servitude. D'où il advint, par l'altération des formes du gouvernement et des mœurs , qu'au dédia de l'Empire, les longs cheveux furent réservés aux patrices comme un privil^e de leur dignité.

Divers motifs excitaient donc Chlogion : l'usage déjà établi; le besoin d'animer son peuple contre les Romains , et de l'attacher davantage à sa liberté en lui en faisant affecter les marques; enSn , car il établit quelque différence en faveur des princes , le désir d'imposer encore plus aux siens, en imitant la parure d'une dignité que leurs revers mêmes avaient mise en grand honneur parmi les Barbares. La loi de Chld*» gion était simple, et non pas frivole.

Aux prince, on leur laissait croître leur chevelure depuis l'enfance. Ils la portaient partagée au front , et flottant de toute sa longueur, aux épaules (4). Au

(i^ Mor. Germ. , cbap. 38.

(a) Tacite , eodem.

(3) Tacite, Ann. , lib. 12, cap. 39.

(4) Agathias.

peuple , où en coupait une partie au tour de la tête (1); le reste se nouait , et retombait sur le front (2).

Quand Charlemagne régnait , cette valeur donnée aux cheveux ne s'était pas encore effacée , et de les perdre , il y allait de l'infamie. Car ce prince l'in* fligea à titre de peine , pour des .crimes qui avaienjL de la gravité (8).

Chlogion avait régné dix-huit ans ; il eut pour successeur Mérovée*

Les chroniqueurs , renouvelant pour ce prince Fune des merveilles du vieux paganisme, lui dontient pour père, un être surnaturel sorti de la mer , qui surprit , dis^^-ils , la femme de Chlogion pendant qu^elle se baignait auprès du rivage (4). Laissons ces fables.

On raconte de Mérovée , qu'ayant tenté une première entreprise dans les Gaules, il occupa Trêves et Strasboui^ , et poursuivit jusqu'à la rivière dé l'Aisne ; qu'allié des Jlomains lorsqu'ils combattirent contre Attila auprès d'Orléans , il contribua glorieusement à sa défaite ; qu'enân ayant renoncé à cette alliance , Paris et plusieurs vtlles des bords de la Loire étaient tombés en sa possession.

Si ces récits étaient véritables, ce serait une preuve de plus que Chlogion n'avait pas gardé ses conquêtes.

(i) Agatbias.

(2) Sidoine Apollinaire.

(3) Capit. , liv. 3 , art. 9; liv. 4> art. 17.

(4) Frédégaire.

Mais voici des témoignages qui paraissent plus dî? gnes de foi. Mérovée était fils de Chlogion ; nou& en avons pour garant Frédégaire(l). Priscùs, à son tour , raconte que le Chevelu eut deux fils (2). A sa mort y ils se disputèrent Tempire. Uainé , ce n^était point Mérovée , appela le roi des Huns k son aide, et ce fut lui qui ouvrit les Gaules k ce tèmble Attila. Le plus jeune implora les Romains, naguère alliés de son père. Il alla k Rome ; Tempereur le combla d'honneurs , et le patrice Aétius Padopta.

Aétius ensuite alla au devant d'Attila. Il avait dans son armée des Wisigoths, des Bourguignons et des.Francs. Ceux-ci lui étaient venus d'outre Rhin (3), et non d'aucune autre province des Gaules qui fût dès-lors en leur possession. Leur roi était k leur tète. Grégoire de Tours ne le nomme point ; mais Priscus Ta déjk nommé. On ne peut admettre que ce fut Cj^lui qui était allié d'Attila , ni douter que ce ne fût celui qui s'était placé sous la protection des Romains : c'était Mérovée.

Attila fut vaincu. Cependant, la résistance avait été grande, et dans la mêlée on avait tué le roj wisigolh. Il avait un de ses fils avec lui. Aétius , qu'inr

(i) Cap. 9.

(2} Liv. 3, chap. 7. — D^autres disent que Chlogion laissa trois fils en bas âge , savoir : Ranchaire, Renauld et Aulberd ; qu il les confia , en mourant, à Mérovée, qui était de sa race ; que celui-ci usurpa (a royauté des Francs, et ne laissa à ses pupilles que Cambrai, Tournai et Colo* gne. ( Pasquier, Recherches y liv. 5, chap. 1.)

(3) Sidoine Apollinaire, Pancg. d'Âvitus.

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