LIVRE III
ne soit qu'une fabie; que l'époque de t'affranchissement d^Yvetot demeure incertaine; au moins l'affranchissement lui-même est-il réel et constant. Outre que la sentence de 1 428 ne peut guère être révoquée en doute , il y en a une autre , de 1 392 , qui donne formellement au seigneur d'Yvetot le lilre de roi* Depuis Charles VI jusqu'à Charles IX, ce singulier privilège a été, de règne en règne , authentiquement confirmé, et l'on a des lettres de François I^"^, où la dame d'Yvetot est appelée reine.
Tout cela est bizarre , choquant , presque inexplicable, il est vrai ; mais qui ne voudrait croire, au
Oo suppose, plutôt qu'on n'en a la certitude, que les papes de ce temps n'avaient pas encore essayé d'exercer leur censure en France. Il se pourrait toutefois que le chroniqueur se fût encore trompé sur ce point , sans que le fait principal cessât d'être vrai. Les menaces ont pu venir dss évêques , et cependant être excitées par le pape. U n'y a pas bien loin d'Agapet à Grégoire-le-Grand.
Montesquieu a dit que les anciens chroniqueurs de France n'étaient guère mieux informés des événemens de leur siècle, qu'on ne Pétait dans nos villages , au siècle dernier, des événemens qui lui appartiennent. ( Esprit des Lois, liv. 3, ckap. i.) l\ n'y a donc pas grand'chose à conclure du silence de ces. chroniqueurs.
Enfin , rioscription des seigneurs d'Yvetot sor les rôles du treizième siècle n'est pas plus décisive que leur inscription sur les rôles des deux siècles suivans. Elle prouve seulement que le privilège était contesté. II Pétait en effet, et même beaucoup. On le voit par les deux sentences, et par les dédsions successives des sept rois de France qui le confirmèrent. Mais la dispute du droit ne le détruit point, et au contraire, quand la décision qu'elle provoque le reconnaît et le renouvelle.
Ceci n'est peint pour affirmer le récit de Robert Gaguin , mais pour faire voir que, s'il manque de certitude, les objections en ont elles-mêmes assez peu .
J*ai voulu aussi dire un peu plus au long pourquoi, n'adoptant point ce récit, je n'ai pourtant pas jugé à propos île le rejeter.
bout de quatorze siècles , que ce qui lui semblerait probable suivant les usages du sieu, serait lui-même étrange et peu sage. Les mœurs rendent naturelles des choses absurdes , et absurdes d'autres qui eus* sent été naturelles»