‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 100 sur 135 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

la ferait impératrice de Rome , elle le ferait empereur de Constantinople. Elle serait en Orient l'interprète, Tagent, le ministre de ses volontés et de sa suprême puissanpe; il régnerait par elle, elle pour lui : s'il lui fallait accepter un maître, au moins celui-ci ne ferait-il pas rougir sa gloire (l)»

(1) Maratori élève des doates sar cette mémorable négodation. Mais les historiens grecs sont unaniipes , et^ en France» Daniel, Mézeray, Veiiy» Gaillard, Anquetil, PasqBÎer, etc.^ ont adopté leur récit. La seule objection est qu'on n'en retrouve point de trace dans les brèves et sèches Annales d'Eginhard. Mais qpi ne sait combien cette chronique est incomplète? A peine si l'on y rencontre, par exemple , le nom du grand Witikind. Il s'agissait d'une négociation qui avait échoué , dont les suites avaient été peu satisfaisantes pour Gharlemagne , qu'on avait soigneusement déguisée en Italie et en France^ et dont le secrétaire de l'empereur , si attentif à ménager la gloire de son maître, n'eût divulgué qu'à regret le succès fâcheux.

Pourquoi les historiens grecs eussent-ils imaginé cette fable t £n haine d'Irène, et pour rendre son expulsion plus légitime ou plus excusable? MaisThéophanes, le premier de tons, n'est rien moins que favorable à Nicéphore, et dans le temps qu'il écrivait son histoire, les Grecs, revenus à Irène> honoraient sa mémoire, loin de la maudire, et , touchés du zèle de cette princesse pour l'orthodoxie, avaient, avec une singulière indnlgence, placé son nom jusque dans leur calendrier. Thêophanes , élevé dans les cours de Constantin Gopronyme, de Léon IV «t d'Irène , en savait fort exactement les intrigues et les intérêts. C'était d'ailleurs un saint moine , qui avait parlé avec beaucoup de chaleur et d'éclat dans le concile de Nicée, contre les profanateurs des images, qui persévéra courageusement dans cette doctrine^ malgré la prison où Léon l'Arménien le fit enfermer , et qui n'eût voulu ni supposer, ni accréditer un récit inexact, et défavorable à Irène, ennemie, ainsi que lui, des Iconoclastes.

mSTOlRE DES FRANCS.

XVin* Ce desseîû sMuisait par sa nouveauté , sa grandeur, son éclat, ses effets glorieux et infaillibles; mais les difficultés abondaient : la combinaison était heureuse; l'exécution le serait-elleî Charles avait un génie étendu et audacieux, une ardeur de domination que l'âge ne modérait poini, une ambition dédaigneuse et sûre de soi, qui s'élevait sans effort au-dessus des choses las plus tîlcvées; rOfient pouvait le tenter, l'empire du monde ne devait pas étonner son orgueil; il m pouvait que ce nouveau titre, qui confirmeratt et consacrerait le premier, ébranlât et entraîïiât sa prudence. Mais croirait-il Irène sincère, ne lu jugerait-il point indigne de lui, ne se souviendrait-il ^plus de ses meurtres; oublierait-il Constantin, sa chute, sa mort; s'abaisserait-il aux conditions qu'il faudrait subir; aimait-il si peu le commandement, que le rang seul lui suffît; souffrirait-il une femme gouvernant au lieu de lui et sans lui? Que n'ôp* poseiait pas d'ailleurs l'impénétrable et habile eu* nuque? quelles ruses, quelles trahisons, quelles violences, quels crimes peut-être ? Que diraient les grands à leur tour? quel accueil feraient-ils à de 31 douloureuses révélations? comment se résigneraient-ils à la ruine de leurs espérances? accepteraient'ils l'étranger; s'inclineraient-ils devant un empereur franc? Le succès eût voulu de la promp Jhude, et il y aurait d'inévitables lenteurs; il eùï

Page 1