‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 99 sur 135 · IV · texte numérisé non relu

IV

m ttïàtÔlRÊ DES rftÀNCS-

résolution, dans ce corps flétri* Aêtius n^asplrâit pas à Tempirc directement et pour lut , sa triste condition lui en interdisait Tespérance; mais il as* pirait à en écarter son rival, et il avait un frère, homme simple, sous le nom duquel il se promettait de régner. Ce frère» qu'on nommait Léon, lui devait déjà le gouvernement de la Macédoine et de la Thrace, et le conamandement des nombreuses troupes dispersées dans ces deux grandes provinces. Lui-même, préparant industrieusement Favenir, prodiguant, dans sa prévoyante ambition, les faveurs, les flatteries, les largesses^ il s'était concilié dès longtemps la reconnaissance et FafieC' tion de l'armée d'Asie. Staurace, à son tour, moins dissimulé, moins profond, plus impatient; enorgueilli de ses services passés , rendu confiant par un plus long exercice de la puissance, se révoltait à ridée qu'on pût lui disputer le suprême rang, et ne se fut résigné qu'à regret, à le partager même avec Irène. Blustre à la guerre , entreprenant et ferme au gouvernement, une grande portion de l'armée inclinait pour lui.

LaCappadoce déjà, donnant le signal, se déclarait, et le saluait empereur. Le péril était imminent; Irène, toujours prompte et grande, ne s'effraya point: les troupes s'agitaient déjà et prenaient les armes; elle se montra, les réprimanda, les émut, et, de sa noble parole de reine, elle réussit à les ramener. Aëtius se découvrait moins , et agisisait moins ouvertement; mais presque aussitôt

d^étonnans et sinistres bruits se répandent : Staurace^ cet homme puissaot, qu'appellent les peuples et qui ceint déjà la couronne, Staurace presqu'empereur, va mourir. Il mourait en effet, et tom* bait soudainement de toute la hauteur d'un trône dans Tabîme profond du tombeau- D où venait celte mort si imprévue et si opportune? N'était-ce qu'un crime, ou l'acte éclatant de la justice de Dieu? Je n'ose choisir; plusieurs élevèrent leurs soupçons jusqu'à Irène elle-môme ; tous accusèrent Teunuque.

XVL Délivrée de Staurace, et peut-être par Aëtius , Irène cherchait maintenant qui la délivrerait de ce redoutable libérateur. Qu'aurait-elle obtenu, si Aëlius demeurait, plus impérieux après le service rendu, libre d'oser désormais puisqu'il n'avait plus de rival pour balancer son ambition? Qui la préserverait de la honte d'être renversée par un vil eunuque, et de laisser retomber l'empire aux mains d'un soldat grossier? Lequel de ses grands appellerail'^lle, qui eût assez de courage et d'autorité pour l'arracher au joug du ministre insolent et victorieux; assez de désintéressement et de modestie pour ne pas convoiter le trône à son tour, et ne pas mettre son dévoûmenl à ce prix? L'empire demandait un empereur, disaient-ils^ et tous voulaient l'être. Elle était Tdire, il est vrai, et pouvait, se dannanl elle-même i donner cette couronne qu'on lui disputait; mais quel empereur ferait-glle qui ne

lui ôtat le pouvoir dont elle n'entendait pas être dépouillée, et lequel de ces prétendans , sans titre et sans gloire, était digne d'elle? Leur livrerait-elle sa personne pour la dégrader, la glorieuse couronne de Constantin, pour la perdre peut-être, ou pour la flétrir? Femme, faible, menacée, régnant par le sang et sans loi , qu'essayer en une condition si douteuse; à quelle combinaison recourir pour résoudre ce profond problême de fortune et d'ambition? Qui donc implorera-t-elle, elle maîtresse, elle image des Césars, elle Irène? quel appui assez ferme, quelle ame assez généreuse, quelle tête assez haute et assez illustre?

XVII. Une pensée étrange peut-être, peut-être ingénieuse et féconde, entra dans son esprit et s'y arrêta; une pensée qui l'eut infailliblement affermie, et qui eût mis à ses pieds tous ses ennemis; qui eût préservé la Sicile, et abattu sans retour l'irréconciliable faction des Iconoclastes; qui lui eût gardé son pouvoir, en jetant plus encore d'éclat sur sa vie; une pensée si hardie, si forte, si vaste, qu'il eût suffi d'elle pour changer la face du monde. Elle conçut et embrassa le dessein audacieux, prodigieux, inattendu, inouï, d'unir les deux empires sans les confondre , de conserver les deux trônes en les liant l'un à l'autre, d'associer Charles à son rang, à sa puissance , à sa vie. Elle était belle encore, et il était libre; il était grand, elle n'était ni sans habileté , ni sans renommée ; il

Page 1