LIVRE XIK (BOO
réunit ses soldats et marcha rapidement contre Merton, Cyneheard essaya d*al)ord de le séduire, € Que nie repmches4uî lui demanda-t-il ; ma ven- » geance n'est-cUe pas juste? ne devais-]e pas 1 au sang de mon frère le sang de son meurtrier î » n'était-il pas de mon droit de dépouiller le spo- * liateurî Ne suis-je plus de k glorieuse race de
If Cerdic? à qui est le trône, si ce n'est à moi? I Obéis , au lieu de combattre , et mets le prix que i tu voudras à ta soumission Je racquitterai. » — € Garde tes dons, répondit Osric; ni vie, ni biens, » ne nous sont plus chers que la mémoire de notre ^i seigneur. Sa vengeance est notre dette, à nous, ^p et nous y satisferons ; ses meurtriers ne rece- 1 vront point notre foi. ^
Que restait-il, que de vaincre? A l'heure même, un nouveau combat s'cngagt3a, furieux, opiniâtre, terrible , et qui ne fut qu'une fidèle et déplorable image du premier : Cyneheard tomba^ et ses quatre^ vingts compagnons avec lui-
man élaîL de oiâner à la guerre les soldats levés daos sa proviace^ et de pourvoir, conjoiatement avec révèque , â la distribulîoii de la justice. Rapin Thoyras affirme que • cet office était » purement civil, et ue doonall aucune autorité sur les affaires » qui regardaient la guerre.» Ce laborieux historieQ s'est trompé, je croiS; r exemple d'Ûsric coutribuerait , s'il en était besoin , -à prouver ie coutraire de r^e qu'il avauce. Il avoue lui-même € qa'aprës les princes^ le premier degré de la noblesse était ce* * lui des ealdermans. < Or^ quel oflice uoble, eu ce tempSj étftit ians charge de guerre!
j(tt HESTOme DES FRAÎIGS.
XXXIIL Cynewulf élait y^igé; KSainc mma sur ce trdne ftanglaat A peine âa (1), le noaTetu roi demande à Offii» sa fille Eadburge, et r<AtkBtf Un Gompétilenr eependant lui disputait la eoriroiiM} c'était E^beri^ jeune* prince du sang de Gerdie, &t dpn se mimtraii déjà une bnilante yaleul*, mais qiis Fâge n'ayait pas mûri, et que la fortune téOr» yait pour de plus £siyoraUes temps. LA lutte ftft courte; E^^ert abandcmné fot contraitit de fuiri fl alla demander asile àOflh; mais celui«ci, enûgnant les ressentimens de son gendre, repoussa mee dureté le malheureux suppliant Ë|^[)ert alors se souvint de Charles, et il implora son appui; fl fat écoute cette fois^ et accueilli avec la plus généraise bonté» Admis à la cour, et dans les armées da prince franc, il s'instruisit à la fois sous cet hedi>il6 et glorieux maître, à Fart de régner et à Fart de vaincre ; il se préparait, en étudiant ses exemples^ à les imiter.
XXXiV. Biehtf ic cependant se maintenait et s'affermissait. Mais les reines , chez les West-Saxons, ne jpartàgeaient pas seulement le rang et la couche
(i) DâDs Itè Vegsex , les thanes avaient le privilège , si pcrflicîeax par les sanglantes rivalités qu'il enfante , d'élire leur roi. Mais ils devaient le choisir parinî les descendans de Ccfdie.
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du prirtce ; elles pariicipaîeni aussi a sa puissance: les reiïies gouvernment, on arait deux rois,
Eadburge, femme impëfieose et abandonnée atiî plus ardentes passions, s'enorgueillissait de soh diToii» et n'eût pas souffert avec palieîicC qu^on entreprît de h disputer. Elle l'ctendait bien plutôt, et prétendait, dans son opiniiltre fierté, que toujours les volontés de Uiehtric cédassent aux siennes- Fatigué du joug aliquel elle affectait de Tassu- Jétîr, ce prince, cherchant ailleurs des conseils, et près qu'un refuge, ert vint à ce point de se remettre, avec lin aveugle abandon, aux volonics d'un jeune calderman du nom de Worr. Eadburge déconcertée vil croîh^e, avec urt dépit forcené, l'injurieuse puîs- SÊtncè de ce favori; et, jalotise par ambition, comme bn l'est quelquefois pour des aitachemens pltis empt)Hés et moins réfléchis, aucune vîolerice n'effraya Bû haine, aucune vengeance ne lui parut ti^np cruelle pour rhumilîante rivalité qu^ellë brûlait de plmir. Elle prépara froidement la mort du nialheureiix ealdermân. Urt jour, qu'il était assis à la table du roi, rimplacablo Eadburge, de sa propre main, versa du poison dans sa coupe; il but, et tomba. Mais celte mort ne sulïîsail pas à là capricieuse fortune; par un étrange et déplorable hasard, Bîehiric but après Itii, à la même eoupo^ et, comme lui, il mourut.
XXX V* L'indignaiion fut prefimdechcz les West>- Saxons : on se souleva, on menaça Eadburge, ce
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fut à peine s'il lui resta le temps qu'il fallait pour . rassembler ses trésors etfuir avec eux. L'espérance de ses ennemis éiaîL trompée; mais ils se vengèrent plus utilement sur la loi même, qui avait produit ces malheurs. Ils l'abolirent, et à sa place en publièrent une autre, qui interdisait aux femmes des rois le titre, le rang, les honneurs, les prérogatives des reines. Si quelque roi trop com* plaisant et trop faible entreprenait jamais de les leur rendre, il serait lui-même, et pour cette seule faiblesse, dégi'adé de la royauté,
Offa n'était déjà plus en ee temps (1); sa fille ne se serait pas crue en sûreté chez les Mcrciens ; elle suivit Tex^mple d'Egbert, et sollicita, comme lui, l'hospitalité du roi Charles* Ce prince eût rougi de la repousser; il lui iît l'accueil dû à une reine, et à la lillu d un roi, long temps son ami (2), Il la flatla même un instant de quelque dessein qui Taurait magnifiquement dédommagée des grandeurs qu'elle regrettait: « N'acceplerais-lu point un nouvel épouiî > lui demanda-t-il, — Lequel ? demanda-t-elle à sou
(1) Offa était mort depuis quatre aos, en 7%. La fuite oa rei^ pulsion d'tladburge fut en SÛO.
(2) Mêzeray, dans Télog^e qui) a Pait d'Hildegarde , troisième femme de CliarlemagDe , attribue a la générosité de celle reme l'accueil que reçut en France Eadburgo. Il nes'est pas soovenu qu'Hildegarde était morte en TSct , diit-sept ans avant rempoisonuement de Bîélitrir, Fastrade et I.uUgarde étaîêût mortes elles-mèmeB. Si Charles n'eût pas été libre en ce temps^ il n'eât paâ pu faire à Eadburge raffre, apparemment peu sincère, à f^ qnelle elle répondit avec tant d'ingéuuilé.
U\m XIX ,800-800).
le
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» four. — Qui piéfères-tu, continua Je prince > mon fils Charles ou de moi? — Ton tîls est plus t jeune, répondît-elle* » Charles, méprisé, feignît d'être offensé tleson imprudence; et bientôt, au lieu d'un époux et d'un trône, SI ne lui voulut plus accorder qu'une abhaye.
Les incUnations d'Eadburge s'accommodaïent niai aux austérités de cette vie nouvelle; elle vivait licencieusement dans le cloître saint, et le sc;uidale de ses désordres ne permit pas longtemps de les excuser. On fut réduit à réloigner de ce monastère qu'elle déréglait et souillait, et elle alla mourir à Pavie, dans ht pauvreté et dans l'abjection; faible châUment pour de si grands crimes.
Bîéhiric n'avait point de fils; Egbert d'ailleurs iavoquait ses droits; les Thanes le reconnurent et le proclamèrent. Il partit, laissant h sa place, sur la noble terre de France, Forgueilleuse fille d'Offa, qui Favait naguère banni de la sienne. 11 alla, fidèle disciple de Charles^ fortifié de sa protection et de ses conseils, régner et combattre, vaincre et conquéi*ir ; il alla concilier, mais du tranchant de l'épée, les vieilles rivalités des Anglo-Saxons ; il embrassa et étoutïa dans ses bras puissans, l'heptarchie*
XXXVL Mais auparavant de sanglantes et infaligaLles convulsions avaient désolé le malheureux pays des Northumbres. Edilwold, après Eadulf mclainné, Osred massacré ^ Céolwulf jeté dansj
un cjûître, Eadliert coniiaint d'abdiquer, Oswûl succambniu aux conjurations et mourant, Edilwold avait voulu être roi; il rétait* Il avait un fds qu^oa nommait du nom d^Eihelved* Oswi§, de \^l rpyale rîiçû d'Ida (t), s'cloy a contre lui; ils coiabattiyam trois jours à Melrose; Oswis fut vaiucu, Oswi» fut tué, Edilwold semblait affermi. Ce i\e fut que pour peu de temps; twcé à spn tpur d'abdiquer, AU chred, autre prince du sang dlda^ prit ou reçut la couronne, U la reçut, et ne là conserva point ; Ethelrcd, ce fils qu'avait Edilwold, fut appelé par les Thsi-^ nés, et mis en sa place,
Ethelred, cherchant des appuis, demanda Eiflède, la sœur d'Eadburge, la seconde fdle d'Offa; elle lui fut accordée. Mais sou tour vint, et il trQUTâ aussi des rebelles : il combattit, fut vaincu, cotnbaitit encore et fut vaincu do nouveau. 11 s'enfuit; le trône ahandonné, échut h Alfwold, fils d'Os* wulf, roi autrefois. Succession fatale! Alfwoldvoil bientôt son principal conseiller (2) livm au supplice du ft^u, et lui-même il est mis à mort par Sigan. Sigan, n:^eurtrier d'Alfwold, ne veut pas pour lui d'autre meurtrier; il règne, et tom^ïe; il tambç, çt sq ^ue.
(i) Ida est le rotidnleur dy royaume de Nortliamberlaiid* Il st fit rui en 547« et mourut en 559. Ce rûyaume était divîséeadâss parUes, qui fui^eiit louglem;^ doux royaumos ; la Bçrni\cUii^ nord, la DeirCj au inldL Ida régnait dans la B^rn^ichi
(2) 11 âe aommaH fieorD«
illYBE XIX (800 Boni
XXXVIL On rappelle Eihelred alors; il revient, mais en furieux, brûlé de la soif du sang, dévoré d'une insatiable et folle ardeur de vengeance* Il restait deux fds du malbeureux roi Alfwold; ils périssent: Eardulf, né de la race dlda, était le prince, après eux qui lui inspirait le plus de crainte et de haine ; il ordonna qu'on le mît à mort, comme un criminel, en la présence do peuple, à la porte de Fagiise du monastère de Rîppon. On obéit; le meurtre achevé, les moines survinrent, qui relevèrent avec un pieux respect, le corps couvert de plaies et glacé. On le déposa d^abord dans le choeur, et les ciiants de mort commencèrent.
Ils continuaient, quand tout-à-eoup, sur ce cadavi*e sanglant, passèrent et se tirent voir de fugitives traces de vie, On n'interrompit point, mais on se haia, et quand le dernier psaume eut été chanté, quand le peuple conti'isté et silen* cîenx, se ftit retiré de la basilique, les moines recueillirent mystcrieuscment le proscrit, que la Providence confiait à leur charité. Leurs soins assidus et habiles, réveillèrent ce souffle incertain, qui allait s'éteindre; la terre ne reçut qu'ime tombe vide ; Eardulf vécut-
XXXVIII, Eihelred vengé, s'apaisait; mais des fléaux vinrent : la famine eflfraya le Northuuiherland; la peste le désola; une flotte de Nordmans descendit sur ses côtes, et y exerça d'horribles nvages.
SOI HISTOIRK niS FEAPICS.
i.o peuple «"Oîisienjt*, sVmut, el accusa Eilielred; il lui tallnit des malheurs nouveaux pour consoler ses malheurs- Ou se souleva, lo roi accourui, les cris redoublèrent, les lureurs suivireoi; Eihebed fut mis en lambeaux, Osbaid devint roi, roi d'un jour; car on sut bientôt la courageuse supercherie des moines, la haine d'Eihelred trompée, Eardulf inu*aculeusement préservéi Eardulf revenant» moula sans obstacle, du tombeau au trône, à ce trône d'où Ton descendait si promptement au tombeau. Qu'espérait-il? 11 eul, comme on avait eu avant lui, des rivaux, des ennemis, des combats; il vainquit et puis fut vaincu. Surpris vivant, les révoltés s'abstinrent cette fois de tuer ; ils renfermèrent dans une étroite prison.
XXXIX. Qui pouvait imposer à ce peuple farouche et changeant? Quel médiateur assez redouté pourrait interrompre enfin, cette lamentable continuité de meurtres et de subversions î Charles peul-ôlrc, Charles lui seul ; il rentreprii; il avait été l'allié d*Ethelred, gendre d'Offa, son autre allié, et il regrettait amèrement de n'avoir rpu prévenir sa chute; ami d'Eardulf maintetenant, il prit la résolution généreuse d'arrêter et de réparer ses malheurs. Le plus pressant intérêt léiaît de préserver la vie du prince captif, et il n'y en avait pas de plus efïïcace moyen, que de le retil^er des mains de ses ennemis. Charles ne le savait que trop bien; aussi n'bésUa-t-îl point, et envoya*