LIVRE XIX
XLII. La condition des autres réfugiés ne fiit pas meilleure : enveloppes par la redoutable armée de Charles , repousses de Fasile qu'ils eussent pu chcicher, h leur tour, dans les états de Godfricd , il ne leur resta de ressource que de souffrir avec patience le sort rigoureux que leur imposerait l'inexorable prévoyance de leur ennemi. Charles fit deux parts de ces Saxons riverains; Func qui fut impitoyablement expulsée, et qu'on dispersa dans les Gaules, en Italie , jusques aux portes de Rome. Dix mille familles furent ainsi ( ondamiiécs, et subirent cette cruelle transmigration. Le reste, bien malheureux encore, quoiqu'il le fût moins, put demeurer et garder même ses terres ; mais, par une combinaison qui serait habile si elle n'était pas odieuse, ces terres ne leur furent laissées i[uii titre précaire et à vie, comme il en eût été d'un don du prince et d'un bénéfice militaire.
Il n'y avait plus d'héritages, mais des retours et
> Godfried consentit par ses ambassadeurs à toat ce qu'on vou- * lut. > Ces paroles si claires de r annaliste n'ont pas empêché un écrivain, d'ailleurs fort grave, de regretter < qu'on ne nous » ait pas appris le sujet ni le succès de ses négociations. » — Velly transforme cette expédition en une guerre acharnée contre les Saxons proprement dits, qui se seraient soulevés, sotés la conduite du roi des Nordmans, Tl est vrai que rexemple lui en avait été donné par Mézeray. Le récit d'£ginhard n'admet pas res supposilious. Il n'était question que des Saxons qui habi-» laicfifl au-delà de CElbè,
des concessions ; à chaque mort, les biens délaissés retournaient au fisc, et les enfans eux-mêmes ne recueillaient rien, si ce n'est qu'il plût à l'empereur de leur accorder les champs de leur père. On avait déjà fait l'épreuve une fois de cette loi rigoureuse, dans le pays des Frisons (1), et l'on avait reconnu, chose aisée à croire, que le frein en était puissant Charles n'était pas satisfait néanmoins , et il voulut d'autres précautions ; celle-ci ne lui promettait que l'obéissance et ne lui garantissait pas la résistance aux agressions de l'ennemL Aussi fit-ii plus ; il doftna le pays lui-même à un autre peuple, à ces Obodrîtes dont il avait tant de fois éprouvé la fidélité. Il leur abandonna les terres des dix mille hmilles exilées, et couvrant ainsi par une nation guerrière et ^mie, cette importante partie du cours de l'E^lbe, il se rassura, et ne craignit pilus de voir la Saxe surprise par de trop subites irruptions des Nordmans.
XLIII. Charles avait son camp à Holdestein, sur les bords de l'Elbe ; le traité des Nordmans conclu, et la triste loi d'expulsion exécutée, il ramena ses troupes, revint à Cologne et enfin à Aix. Le pape, de son côté, sortait de Rome dans le même tems, et arrivait à Mantoue ; quelques bruits d'une découverte, heureuse, s'il eût été véritable, et justement précieuse à la piété des Chrétiens (2), étaient
(1) L'Astronome, Vie de Louis-le-Débonnaire.
(2) « U avait été rapporté à TEmpereur que Tété précédenti le