IX. Ceux-ci marchaient sans autre bagage, que
leurs bateaux et leurs armes, s'enfonçant le jour, dans les boîs^ avançant la nuit, avec une in&ttigable célérité. La quatrième nuit arrivée, ils passèrent TEbre, eux sur leurs barques, les mules et les chevaux à la nage. Tout leur succédait, et rien jusques-là n'avait trahi leur mystérieuse excursion; un incident singulier vint]troubler enfin la sécurité des Arabes. Abaïd, Emir de Tortose, était sorti de sa ville avec une armée, et avait mis son camp sur la rive droite de FEbre, se promettant de suivre tout les mouvemens des Aquitains, et de les accabler quand ils tenteraient le passage. Mais il n'observait qulngobert; Adhémar s'était dérobé à sa surveillance, et franchissait TEbre en un lieu éloigné et supérieur. Un soldat du camp d'Abaïd se baignait; des excrémens de cheval entraînés vers lui par le courant de l'eau, frappèrent son attention; il s'étonna de leur nombre, et voulant examiner, il reconnut l'orge dont ces animaux se repaissent.
Qu'était-il besoin d'stutre indication ? « Des troupes » de cavaliers occupaient infailliblement les par »» ties supérieures du fleuve ; d'innombrables trou- » pes de fantassins étaient certainement avec elles; » les Francs préparaient d'inévitables embûches .> on allait être pressé entre deux armées ; on al- » lait périr. » L'alarme courut et devint profonde quelques soldats envoyés à la découverte survinrent bientôt, confirmant et exagérant les premiers récits; alors le mal fut au comble; c'était un dé-
sordre, un lumulie, une épouvante qui ne sepouraient exprimer, une effrénée révolte que nulle exhortation n'eût put contenir- Abaïd entraîné, fut contraint de laisser son camp, et d'aller au loin chercher une position forte, où son armée pût se rallier et prendre courage. Le bruit en vint jusqu'à Adhémar qui, saisissant Toccasion, tourna aussitôt vers le camp désert des Arabes. On n'en avait rien emporté; vide de soldats, il était plein de riches dépouilles. Les Aquitains s'applaudissaient; ils avaient le prix du combat avant d'avoir combattu; ils en avaient même la gloire, car leur nom avait vaincu, si ce n'est leurs armes.
X, Abaïd cependant sut leur petit nombre, et plus affligé de sa fuite, il n'en fut que plus impatient de la venger. Dès le lendemain, retournant, il atteignît Adbémar, et sans lui laisser de repos, le contraignit au combat. Si Ton eût compté les deux troupes, celle d' Adbémar n'eût dû attendre que honte et malheur. Les Aquitains ne comptèrent pas, et quel que fut le péril, ils le méprisèrent.
L'événement ne démentit point cette généreuse confiance ; il alla plutôt au-delà. Mal revenus de leur terreur de la veille, les Arabes ne résistèrent que mollement et avec peu de ténacité. Rompus du premier choc, ce fut à grand' peine s'ils se rallièrent, et si l'on eut encore besoin de les rompre. Bientôt ils s'enfuirent, et à ce combat de quelques înstans succédèrent de longs et insaùa-
fîSO HISTOIRE DES FïlANCS.
blés massacres. Ils durèi enl autant que le jour : la plaine où Ton s*élait rencontré, les chemins qu'a* valent suivis les vaincus furenl couverts au loin, de cadavres; la nuit seule put protéger Abaïd.
XL Cen était assez, d*une si éclatante victoire; l'efFet en devait égaler au moins celui du combat dTbana, Adhémar pouvait aUer librement déso^
^mais; il n'était pas vraisemblable qu'on répétât de longtemps une attaque si durement repoussée. D
I avait assez tué d'ennemis, assez amassé de dépouilles^ assez fidèlement rempli les ordres reçus;
, il en était quitte, et pouvait sans danger, ni blâme»
I retourner maintenant au camp d'Ingobert, Il y pe-
I vint en effet, et n*en fut empêché par aucun obsta-
I cle, ainsi qu'il l'avait espéré.
Mais ces avantages, quoique fructueux^ ne dëdom*
, mageaient qu^à demi l'armée d'Aquitaine de ses aulres travaux, toujours impuîssans. Elle se consumait inutilement devant les murs de Tortose, combattant valeureusement quand l'occasion de combattre lui était donnée, mais trouvant néaomoÎES dans la vigilante persévérance des Arabes, d'invincibles difficultés qui défiaient perpétuelleoient ses efforts. Le temps passait, et ne changeait rien* D*une part en ne faisait point de progrès; de l'autre on s'affermissait bien loin de se relâcher. On sentait déjà décliner et défalHir Tentr éprise; les craiûtei passaient de la ville au camp, les espérances passaient du camp dans la ville. L'hiver revint, fidèit
LIVUE XX (306-8<3)l^ auxiliaire des assiégés, et les Aquitains, vaincus par lui, non par eux, iïirent une seconde fois obligés de lever tristement leurs tentes, et de regagner non sans regret,m même sans ijërilBarceloneetles Pyrénées-
XII- Charles cependant changeait difficilement de conseil, et il achevait quand il avait entrepris. Le jeune roi, formé par ses leçons et par ses exemples, avait deTardeur aussi pour la gloire, et de la constance à la guerre. Ils voulaient Tortose, place nécessaire à la sûreté de leurs possessions en décade TÈbre, et le mauvais succès des deux premières épreuves les engageait encore plus à s'y obstiner- il y allait de leur renommée autant que de leur puissance, de leurs progrès à venir comme de leur succès aciueL Tortose devait succomber, ne fût-ce que parce qu'ils l'avaient attaquée, ne fût-ce que parce qu'ils avaient succombé devant elle.
Louis donc reçut et donna des ordres nouveaux; tout se prépara, et quand le printemps lui eut rouveH les montagnes, il pattit lui-même pour cette eon quête. Un utile secours de soldats francs lui avait été accordé pour aider à ceux d^\q^lita!ne, des chefs expérimentés, pour diriger plus habilement les travaux, de nombreuses machines de sîëge, pour ôler tout espoir et toute ressource à la résistance. Qui eût pu maintenant préserver la ville, si ce n'est une armée, ime bataille, une victoire? Mais le calife hésita, et Louis, infatigable et
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impatient ne s'arrêlait point Les Francs ballireËT avec fureur ces murailles, que défendirent les Maures avec une égale fureui% Quarante jours sécoulèrent, jours héroïques, jours de combat, de mort, de ruine. Les portes et les tours chancelaient, les courages ne s'ébranlaient point. Mais au bout de ce temps, le nombre et la force manquèrent tout à coup aux Arabes. Les pertes déjà essuyées ni^ leur permettaient plus même de reculer la dernière. Épuisés pIutAt que vaincus, perdant ia facullé de combattre plutôt (pje la volonté, la nécessité les pressant, ils se résigntTenl, Tortose tomba^ et sa chute retentit douloureusement dans tous les pays de la domination des Aj^abes.
XIIL Mais pendant que s'achevaient sur TÈbi'e ces exploits de i^uerre, les Francs applaudissaient sur le Rhin de plus rares et plus étonnans spectae clés de paix. Toujours ennemi des empereuiis grecs, toujours ami de l'empereur d'Occident, leur autre ennemi, le caliic Haroun envoyait de nouveaus et en grande pompe, à ce prince, une imposante et solennelle ambassade. Abdallah, Tun de ses lieutenans, en était le chef, et avec lui Tenaieot encore les moines Georges et Félix ^ enToyés du patriarche de Jérusalom, Jérusalem et Bagdad cher chant des appuis à Aix-la-Chapelle, quelle joie pour les Francs, et quel témoignage de la grandeur de leur prince! Charles, des extrémités de la GoMle» protégeant à la fois les chrétiens de Jérusalem cou*