‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 122 sur 135 · LIVRE XX (R0n-î^l · texte numérisé non relu

LIVRE XX (R0n-î^l

tre la Jalouse hémsia des Grecs, et contre le pi'osélylisme sanglant des raroudies disciples de Mahômet^ quel heureux et glorieux fruit de sa gloire!

Abdalhh apportait selon rhabitude, de somptueux et nombreux présens ; les plus rares parfums , le baume le plus précieux , d'inestimables robes de soie , de vastes et riches tentures de lin chargées d'ingénieuses et éclatantes peiniures, des candélabres moins remarquables encore par la matière que par Télégance des formes et la perfection du travail, et avec cela , chose plus surprenante et plus admirable, une horloge de bronze doré où se faisait voir toute la magnificence d'Haroun^ toutes les merveilles de l'art des Arabes. C'eût été peu de marquer pour les yeux la marche des heures, elle Tétait aussi pour Foreille; au moment précis où finissait l'heure, une boule d'airain retombait sur une cymbale creuse et sonore; un bruit harmonieux mesurait la course du temps. Douze cavaliers » qui se succédaient aux douze points du cadran, sortaient et rentraient tour à tour pour annoncer, tant qu'elle durait, Theure commencée. Ces inventions, aujourd'hui vulgaires , ne nous étonnent plus que par leur âge ; elles confondaient l'intelligence des Francs, en ce siècle, et les enivraient d'admiration.

XIV* F^accueil que fit l'empereur aux Persans eut toutefois de plus sérieuses causes que îa courtoisie et la libéralité du calife. S'il importait à Haro un d'éloigner Charles des Grecs ^ il importait à

234 HISTOIRE DES FHÂKCS.

Charles à son tour d'entretenir en Orient les inquiéludes des Grecs par Haroim. Kîcéphore» en* Demi tiinide, étail cependant ennemi ; il ne m fiait qu'impar&itement à Fapparente inaetioa d» Cb»«les, et ne demeurait pas luinodèine ésm^ (IpaçtÙMi. Ch^l^s , empereur d'Occident , allié dlrène, iniconciliable adTar^aire des leonpclastes, n'agit pas aux ye^x de l'empereur Gréa, rallié aÎDpàw ^ protecteur des Iconoclastes, du spoli^tmr ffh^9h du prince qui lui disputait à lui-mèqe 1^ aifprâvie dignité où il prétendait.

A déËiut de guerre ayouéeetuniverse|^}|igiifin» couvierte, déjà essayée en Dalmatie et dâQa le fvj» de Venise, se fomentait sourdement et m piHirsiiivait. Les deux factions , plus animées de jour sa jour, et plus téméraires, recevaient tour à tQW é» rives du Bosphore et du Rhin, des cpn^eiU , 4(>f exhortations , des secours. La lutte toutefins devih nait par degrés inégale, et les effets ne répondaient plus aux espérances de Tempereur grec. Les Dalmates s'affranchissaient successivemeot 4e sa domination ; encore quelque t^mps, et elle était qqvertement rejetée. Ce prince lassé , et ne pouvant plus dissimuler sans dommage , résolut enfin, dussent les Francs éclater, de maintenir par une démonstration menaçante, le traité conclu naguère avec lui. 11 arme donc une flotte, en donne au patrice Kicétas le commandement, jet lui prescrit d'aller saus r^etard rétablir son autorité dans la Dalmatie.

UVÏlKXX(60Ç-8!3).

XV, Ni les Francs m les Italiens ne s'opposèrent Qfiiensiblement à celle première tentative ; ii ne fut pas difficile aux Grecs de recouvrer ou de conserver rétroit ifïiais inaportani territoire qn'on leur dérobaiitLe temps, avait passé néanmoins , et Fannée avait à peine suffi pour celte médiocre conquête- Venise demeurait encore, et ne résistait guère moins que la Dalmatie ; on n'aurait rien fait si Ton négligeait d'aclievei'- Il fallut donc renouveler rexpédilion, et en effet, Tannée suivante, Nlcétas parut inopinément dans le port de Venise avec ses vaisseaux.

Charles cette fois jugea dangereux de laisser aux Grecs tant de liberié, et préféra la guerre à Tinconvénient grave d'abandonner à leur ressentiment ceux qui s'étaient confiés à sa puissance. Il ordonna que Pépin protégeât Venise et y mepât son armée. Pépin obéit, et Nicetas, se jugeant trop faible, n'osa plus rien tenter que la paix. Ne pouvant combattre, il eut recours à la plainte , aux propositions, aux menaces mêlées de promesses et de prières. On négocia; Chaiies permit cette fausse et passagère conciliation qui diQ^^rait les . événemens sans les détourner^ et suspendait ses desseins sans en ga* ranlir labandon. On s'arrêta des deux parts, o'ayant point commencé ni cessé la guerre, et quand le mois d*avril arriva, Nicétas sortait du port de Venise, et tournait de nouveau ses voiles Ters Constantinople.

XVL De quel côté fut la bonne foi? Y en avait-

HlSïOlHKrCSr RANGS.

Il eu de quelque coté? l/liiver passa, le printemps revint ; avec le printi^tnps revinreni les prétentions de l'empereur grec, et avec les préientïoos, la flotte et l'armée. Nicétas seul demeura ; le patrîce Paul venait à sa place. Parcourant et menaçant tour à tour le littot^al de la Dalmatîe et de Venise, comme s'il n'eût eu d'autres desseins que ceux d'autrefois, tout à coup il change de roule et se jette non loin de Ravenne, sur l'île de Comaccliio. L'insulte était éclatante ; la guerre changeait d'objet et de caractère; il ne s'agissait plus des limites confusément réglées à Aix-la-Chapelle; les Grecs de* déchiraient audacieusemeni le traité.

Mais il se trouva de vaillantes troupes à Comacchio; respérance qu'avaient eue les Grecs de prévenir et de tromper les trompa- Au lîeu de fuir, les Italiens combattirent; au lieu de céderjls persévérèrent; loin d'être vaincus, ils furent vainqueurs. Quel parti choisir, quelle résolution embrasser? La proie convoitée eût dévoré ceux qui se promettaient de la dévorer; ils la délivrèrent, heureux eux-mêmes d'avoir pu se déUvrer d'elle. Repousses, chassés, menacés, les Grecs précipitèrent leui* retraite périlleuse et désordonnée. Remontés enfin sur leur flotte, ils repassèrent les bouches du Pu, et rentrèrent aflaîblis et méprisés, au port de Venise,

XVII. Pepiu y était déjà avec son armée. Qu'essaierait maintenant et qu'exécuterait le patric43 Paul? Battu à Comacchio par des troupes surprises

LivhL:xît(tiOt;»«OK

tt sans chefe, surmonteraiUl plus heureusemeniîj rarmée et le roi qui l'attendaient et le déflaientf Imiter Nicétas, c était la seule ressource ; négocier* j pour s'épargner la honte de fuir, il n'y avait poind d*antre expédient. Les ressentimens de Tempereui grec n'étaient pas d'ailleurs si ardens qu'ils Teni^ péchassent de craindre. Il eût voulu effrayer, qui s'effrayait, et qu'on le crût prêt à la guene, lui qui n'en avait ni le pouvoir ni la volonté. Envoyé pour menacer plutôt que pour vaincre, Pau), ëga^ lement impuissant pour Tun et pour l'autre, affecta néanmoins quelques semblans de confiance et do dignité, li accordait la paix en la demandant, et condescendait magnanimement à des conditions désavantageuses, qu'il se fût félicité d'obtenir- Pe* pin, de son côté, accueillait , écoulait, ne contestait qu'avec discrétion, ne refusait qu*en laissant espérer le consentement; il devenait probable qu'on s'accorderait* Car Nicéphorey était contraint, et nul intérêt n'en détournait Charles. Il n'avait pas besoin de la guerre; le temps suffisait, et promettait tout. Mais les chefs des Vénitiens n'avaient pas de si conciliantes pensées ; les ducs Willaire et Beat poursuivaient, à l'ombre des négociât ions, d'odieux projets de surprise et de violence. Le pairice con^ çut des soupçon s j se crut menacé, se plaignit aigrement qu'on lui eût tendu des embûches» et tout à coup rompant les négociations, non pour le combat qu'il n'osait tenter, mais pour la retraite qu'il croyait déjà tardive et peu sûre, il leva 1 ancre, et

2W îusToiRE vm hwîfes,

v^pv'w à âûti tùut' Le eheiiiiii de Canstântinople. Vu faible sucées, tkcUe et sans impuHance, fut le seul (iedDHimagement quViblîorent les Grecs; ik assail- UreDt inopinément, en Toscane, la viUe de Piom'bîno et y pënéirèrenL La gloire et ravantage étaient médiocres; quelques meurtres et de chétives dépouilles furent les plus précieux résultats de cette eourte et inutile occupatiou.

XVIIL On s'était donc séparé, mais sans transaction, et dans un assez menaçant état d^inimitié et de guerre. L'année suivante, il étiiit survenu de grands changemens; letenipsqut semblait secoo* der les desseins de Charles, dans ces provinces, leur avait nui au contraire et les avait reculés. Ces mémes chefs des Vénitiens, qui naguère, irréconciliables ennemis des Grecs, rejetaient leurs propoii* lions avec violence, et par aversion de la paix» Be laissaient engager à la trahison, ces mêmes chefs, ébranlés maintenant ou séduits, non contens de renoncer à la guerre, renonçaient aussi à FalUanoe des Francs. Traîtres à la fois à Charles et à Moéphore, après avoir sou s tirait leur pays à l'obéiâ* sance de ce dernier, ils se préparaient à le lui rea* dre, après l'avoir soumis au premier, ils le lui étaient,

Charles averti, donna des ordres sévères^ eiPepm s'empressa pour que la prompiîtude de Ye%é* culion satisilt à la prévoyante impatience de Icmpereur. Car les jours se comptaient, l'union des Vc^

UYRE XX (806^ ni tiens et des Grecs était iniinînente, on les déconcerierait en les prévenanL Un même jour donc, pai^ tirent à la fois, Tarnitle déterre et la flotte. Onaï> riva, on se répandit, la province fut envahie, Ve^ nise s'émut, les Iialiens njenaçans la pressaient et renveioppaienL Quel autre moyen de salut, qu une prompte et absolne soiiaiission t Les Grec^ éloignés, n'arriveraient pas ; lep Vénitiens divisé§, craignaient de conibaftrê, et n'étaient d'accord que pour se racheter du périh Ils s*en rachetèrent^ Venise rouvrit ses portes à Pépin, et les ducs c>on" sternes, se remirent à ^a foi et h sa merci.

XIX* La conquête avait été prompte; le jeon^ roi, croyant encore devancer les Grecs, en os^ espérer une nouvelle. Sa flotte, inutile alors à Venise, sortit de ca port, et vint se monti-er sur les côtes de la Dahnatie, Mais Tappui de l'armée de terre lui manquait, ses progrès étaient difficiles et lents, Nicéphore d'ailleurs, au hruit de l'expédition de Venise, s'était éveillé ei avait armé ses vaisseaux; Paul revenait, trop tard pour la province déjà subjuguée, assez tôt encore pour celle que les Itahens menaçaient. Il pourrait avoir l'occasion de combattre, et trouver des sujets dont la résistance n'aurait pas cessé.

Les Italiens cependant surent sou déjiai t et la supériorité de sa flotte; Us hésitiVcnt à leui* tour et doutèrent du combat qu'il faudrait livrer, Paul était proche; le temps toutefois permettait encore

l'aa HtsTOihE ws francs,

de diuîsîr; ils piétërèiHUl ji Irt lemériM la prildêilce, aux hasards de leur douteuse entreprise» le salut de leurs viii^seaux ei le leur. Renonçant donc à la Dalmatie, ils s'éloîgnèrenl de celte province, évitèrent avec habileté la rencontre de la flotte grecque, et rentrèrent au port, sans gloire, il est vrai^ mais sans peiie* Toutes ces expéditions et toutes ces trames n avaient eu d'effet jusques-là, que de rafler mir la domination des Grecs dans la Dalmatie, et d'étendre, à Venise^ celle des Francs. L'échange n'était pas désavantageux, Charles n'avait pas sujet de le regi'etter. Que la guerre se perpé* luàt* il en serait apparemment de la Dalmatie comme de Venise; Nicéphore le préviti et craignant rie perdre, espérant peu d'acquérir, il consentit à confirmer par la paix, Tinégale compensation que les armes avaient établie. A son tour. Charles accepta, etcette lutte qui pouvait devenir si considérable^ finit, comme elle avait été soutenue, sans éclat et sans résultats décisifs.

XX. D'autres embarras plus fâcheux occupaient à la vérité Tattention de Fempereur Franc, d'autres guerres plus vives, le dégoûtaient elle détournaieut de cette guerre- 11 était trop gi*and pour manquer jamais d'ennemis; d*un côté, les Nordmans, ses derniers et plus dangereux adversaires; de l'auUT, les Arabes que tant de défaites n'avaient pu lasser, Ceux-ci recommençaient même leurs invasions manumes ; Us oubliaient ou se flattaient de venger letirs

J JVIIE XX (80G-81 3), !■■■ 201 funestes essais contre Burchard et contre les Sardes. L'événement ne démentît pas toujours leurs espérances : une de leurs flottes sortit ries ports les plus reculés deTEspagne, déroba sa marche, trompa la vigilance des Italiens, et vînt de nouveau assaillir la Corse. C'était le samedi de la Pâque ; ils des* cendirent, aucune force ennemie ne s'opposa à leur tentative; ils continuèrent» tout ce qui eut pu les arrêter s'enfuyait. Aleria (1) était proche» ils l'enveloppèrent; sa résistance fut timide, en un instant ils l'eurent vaincue- Tout ce qu'elle avait de richesses lui fui enlevé; tout ce qui s'y trouva de vivant fut rais à répée. 1/évôquc seul et quelques vieillards demeurèrent : dédaignés, ou respectés, on les épargna ; ruines humaines abandonnées {mrmi des mines,

XXI, Une année passa ; de nouvelles incursioDs fuirent tentées. La flotte arabe, plus nombreuse celle fois et plus téméraire, osa venir en Sardaigne et annonça la A^olonté de s'y maintenir. Il y fallut renoncer cependant, après des succès disputés et rares, et qui n^en faisaient pas espérer de meilleurs.

(1) Cétait [à colonie deSylla* — < EtcoloDias^MàrîanamaCaio Mario de^uclanip ÀUriam^ a dictature âyita^' (riine, NaU hist ^ Itb. 3, rap i^,}

Aleria es.i l'^ttcienue Atalia, fondée par les Phocéens , quand il«s*enfuirenl ii*î Phôréf, qu'aftsiégeâil Tarmée ée C>riii. (Hérodote, llY. I fJi. 165')

Mais en quittant la Sardaigne, ils méditaient des^en dédommager sur la Corse, et, par un étrange malheur, tant d ayertissemens si récens encore et si douloureux, avaient été néj^igés. Il né se trouva point de soldats dans cette île, point de chef expérimenté, point de résistance {Préparée. Les habitant réduits à leurs seules forces , ne désespérèrent pas cependant; ils se défendirent, mais avec plus de courage que d^habileté. Quelques cantons, plus populeux ou moins accessibles, réussirent seuls & rebuter l'impatiente ardeur des Arabes ; le nsste obéit ou périt

X)LlL L'année suivante ne les revit point dans ces mers; mais à la seconde, un bruit menaçant annonça tout à coup des entreprises semblables et plus étendues. Deux flottes s'armaient à la fois, chez les Maures, l'une en Espagne et l'autre en Afrique. Le moment approchait qu'elles lèveraient Tancre, et quand elles se seraient réunies, le dessein était, disait-on, de venir en Italie et d'y jeter une armée. Les flottes vinrent en effet, mais au lieu de se réunir et de concerter leurs attaques, elles restèrent séparées, et pour diviser leur péril divisèrent imprudemment celui de leur ennemi. L'une retourna dans la Corse, déjà désolée, et qu'elle désola de nouveau. L'autre, plus forte, alla eu Sardaigne, voulant achever ce qui avait été commencé avant elle inutilement et avec de si funestes succès.

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