‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 123 sur 135 · LIVRE XX (806-8 13). 26S · texte numérisé non relu

LIVRE XX (806-8 13). 26S

Elle n'en eut point de plus favorables : à peine venue, elle jeta l'ancre; à peine arrêtée, les troupes qu'elle portait descendirent; à peine formées, ces tmapes durent aller au combat. Car les Sardes se souvenaient d'avoir vaincu, et ils accoumient, ne voulant pas relarder l'heure de vaincre. Qu'attendraient*îls, et pourcpioi, pouvant attaquer, en laisseraient-ils à lennemi l'avantage? Ils se précipitent, provoquent, devancent; ils frappent, ils choquent^ Os pressent, pressent encore et ne se laissent plus an'êier. Les Ai^abes s'étonnent, leurs desseins se confondent, leurs lignes se rompent, le désordre el le carnage deviennent affreux. On combat encore, et le succès n'est déjà plus incertain ; aux cris de fureur se mêlent déjà les cris de victoire : les Sardes remportent ; tout a cédé devant eux, et s'est dissipé,

XXIIL Toutefois, même au pins fort de leurs agressions et de leurs baines, les Arabes, toujours divisés, ne laissaient pas d'éprouver d'impérieux besoins de repos. Des négociations d'espèces diverses s'étaient engagées, tantôt avec le calife de Cordoue, tantôt avec ses émirs, quelquefois pour une paix régulière et commune, d'autres fois pour des traités partiels et mystérieux. Dès avant la dernière

^^ntatîve contre la Sardaigne, une convention avait

Hté

té solennellement arrêtée entre AHIaccan et Temreur Charles ; on eût dit la guerre finie, elle n*éît pas même suspendue. Dès avant cette conven-

tion, Témir de Sarragosse avait secoue le joug du

calife, et sollicité les secours des Francs.

Auréolus, homme vaillant, commandait, au nom du roi d'Aquitaine, dans le pays qui s'étend des Pyrénées aux villes de Sarragosse et de Huesca. Il gardait à la fois les montagnes, et défendait h frontière ; c'était un poste important , et un office qui demandait de l'habileté. Auréolus, vieilli dans la guerre , contenait avec une égale vigilance les sujets et les ennemis ; on obéissait des deux côtés» ou l'on demeurait dans l'inaction. Mais la mort,

Iu'il n'attendait pas, le surprit; et cette perte im- 3vue en amena d'autres qui ne le fiirent pas moins. Dans Sarragosse et dans Huesca, commandait, au nom des Arabes, l'émir Amoros, chef ambitieux, entreprenant et de peu de foi. A peine outil su la mort d' Auréolus, il courut; les Aquitains, privés de leur chef, hésitèrent ; les habitans , effrayés ou indifFérens, les servirent mal; lui, poursuivit, et en quelques jours il eut achevé : les viUes, les forts, les défilés étaient en sa main.

XXIV. Que ferait-il cependant de cette conquête? Amoros ne s'était point proposé d'en faire hommage au calife ; d'autres desseins préoccupaient son esprit. En même temps qn'il enlevait ces riches contrées à Louis, il se promettait d'arracher à Al-Haccan ses deux villes de Huesca et de Sarragosse. Il méditait, conjme Zaddon, de se séparer de Cordoue, et n'avait usurpé sur les Aquitains que pour

UVR1:XX(&06-«13), s'élever luî-mème , et donner plus d'étendue et dl force à sa propre souveraineté.

Mais Tenireprise était hasardeuse, le but périlleux, les moyens bizarres, et il semblait peu naturel et peu sage de prétendre désarmer à la fois Al- Haccan et Charles, en les offensant et les dépouillant tous les deux. Amoros néanmoins en eut Tes* pérance; pendant qu'il laissait douter au calife, si ce n'était pas pour lui qu'il avait vaincu, il envoyait secrètement à Tempereur quelques-uns de ses plus fidèles confidens, chaigés d'offrir à ce prince de feintes excuses et d'artitîcieuses soumissions, ^fc

€ Il n'avait rien envahi que pour en éloigner AI- » Haccan: d'autres émirs y fussent venus, s'il eût m différé; ces pays ne cesseraient point d'obéir à leur M ancien maître; Sarragosse même et Huesca lui » obéiraient; la souveraineté de ces deux villes se- » rait donnée pour le seul commandement des can- * tons, si mal défendus par les Aquitains; rechange m était-il si défavorable? Que le glorieux empereur 9 reçût et protégeât son vassal ; il n^avait d'autre p espérance que de réunir sous son autorité suze- > raine tous les territoires où il commandait- »

XW, Charles écouta, sans les repousser, les équivoques propositions de Témir. Il les avait pesées sans doute, et les jugeait peu sincères ; mais il lui était utile de les accueillir, et il y trouvait au moins Tavantage d'entretenir la division chez ses ennemis. Bientôt, non content de recevoir les dé-

atfi HISTOIRE DES FfiÀNCS.

pûtes de l'émir, il voulut à son tour lui en envoyer. Car les conditions étaient acceptées, et c'était peu gi ronîi' assurait rexécuiion. Mais Amoroz n'avait pas tant de célérité ni d'impatience : il ne refusait et ne désavouait rien ; loin de là, il eût ajouté plu* tôt à ses promesses. « il ne devait pas cependant

> précipiter ses mesures : une si délicate entre* 1 prise exigeait des ménagemens; on le jugerait » excusable de vouloir garantir sa sécurité. Ses de- 1 mandes d^ailleurs ne seraient ni suspectes ni » excessives ; il ne voulait qu'une chose légitime et 1 simple^ que tous les comtes de cette frontière fusi sent assemblés^ que les changemens proposés

> fussent concertés avec eux, qu'il reçût d^enx-

> mêmes la pleine assurance de leur assentimem

> et de leur appui. »'0n eût pu s'étonner et s'irriter déjà de ce langage; mais le temps^réloignement, les habitudes de fraude et de guerre, la crainte do calife, la caractère même des événemens qui su préparaient, pi-étaient apparemment quelque couleur de sincérité aux réclamaiions de l'émir; on j accéda*

XXVr, Ce fut inutilement ; le premier subterfuge épuisé^ il en substitua audaeieusement de nou^ veaux. Le temps se perdait; on vit clairement qu'Amoroz^ trompant des deux parts, n'avait d*aotrê pensée que d'imposer au caUfe^ et de l'engager i reconnaître lui-même son indépendance^ de crtiali qu'il ii*êité€uiât sas menaces , at ne se jetât en eill

dans ralliance des Francs. Qu'attendre déplus? m se sépara plus ennemis qu'on n'était, plus impatients de vengeance qu'avant ces frauduleuses promesses de conciliatian.

Les espérances des Francs s'évanouissaient, mais celles de l'émir ne furent pas moins abusées. La justice vint, le châtîmeni tarda peu. Le calife inquiet faisait à Charles de moins arrogantes propositions dans ce même temps. Charles s*applaudit; et, jugeant Toceasion heureuse, il ne la voulut point négliger. On se mit d'accord^ et tout aussitôt lihrc d'embarras et de crainte, par ce traité qui le réconciliait avec son plus puissant ennemi, Al-Haccan envoya son fils Abderame contre Témir révolio. Abdérame vint, pressa Sarragosse, en fbrça les portes, réduisit Amoroz à prendre la fuite, et quelques jours encore écoulés, il ne restait plus à Té*

ir que la seule ciié d'Huesca,

Car, de son côté , l'empereur n'était pas demeuré noû plus dans rinaclion, il avait fait marcher Hé* bert avec rarmée du roi d'Aquitaine, Héribert se bâta, força les montagnes, entra dans la plaine, poussa tout ce qu'il rencontra d'ennemis, reprit tout le territoire qu'xAuréolus avait occupé, arriva enfin devant Huesca et y mit le siège* La chute de celte ville manquait pour achever la ruine et le châtiment d'Amoroz. Héribert et les siens n'y épargnait pas leurs efforts; malheureusement la saî* son 5 qui devenait rigoureuse, les vivres qui étaient |rresqu*épuisés, les machines dont on était dépour-

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vu, quelques succès obtenus dans une sarde par

les soldats do rémîr, la nécessité, la prévoyance,

la crainte persuadèrent aux Aquitains de laisser la

ville, et de se borner sagiernent à leurs premiers

avantages.

XXVIL Mais avec ces événemens, provoqués au-delà des Pyrénées par Tambition de Témir, concouraient en-deçà, peut-être à son instigation et par ses promesses, d'autres mouvemens qui lui faisaient espérer une secourable diversion. La Gascogne, M mie des changemens, s*agitail ; Tesprit de révolte, à peine assoupi, s'y était subitement rallumé; on y aspirait^ comme à Sarragosse^ à TindéS pendauce; on était las d'obéir anx Francs et aux Aquitains,

Louis , ses leudes étant convoqués , leur révéla ces périls, et leur proposa de marcher prompte- , méat pour les prévenir. Us ne refusèrent point, Tarmée fiit précipitamment réunie, le jeune roi se mit lui-même à s^ tête, on partit. Arrivés à Dax, Louis CQQqimaada aux Gascons qu'ils livrassent à Tinstant les principaux chefs de la révolte. Ils se récrièrent et demeurèrent incertains ; comme ils n'obéissaiefit pas, on entra en guerre. Leurs terres aussitôt furent envahies, leurs troupeaux , leurs bois, leurs grains, leurs habitations, tout fut dévasté. Ils se soumirent alors, et leur faute étant déjà expiée, Louis désarmé, ne refusa plus le pardon qu'ils sollicitaient.

$î pr^çl^e des Pyrénées, il fut tenté de poursui-

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vi'e et de les tVaiichîr. La saison, Toecasion, rinlérêt des provinces de TEbre l'y excitaient. Il alla donc, et descendit jusqu'à Pampelune. L'expédition terminée, on prépara le retour, et nul danger n'étant plus probable , Louis prescrivit de suivre le même chemin. Il s'en rencontra cependant, car les Gascons, fidèles à leurs habitudes, encore plus fidèles à leurs haines, leur tendaient de menaçantes embûches. Us s'assemblaient en grand nombre dans leè sinueuses cavités des montagnes, dans les hautes forêts de ces défilés. Mais on connut leUrs desseins, et on les déconcerta. L'armée avançait avec tant èe précautions et de diligence, que les Gaiscons ne purent trouver l'occasion qu'ils cherchaient. Leur entreprise avorla. Quelques-uns, tombés, pour leur malheur, au pouvoir des Aquitains, fiirent pendus sans pitié; d'autres, qu'on ne put atteindre, perdirent leurs enfans et leurs femmes , punis au lieu d eux, et condamnés pour le crime des leurs, à la servitude.

XXVIIL Qu'étaient ces travaux toutefois, et ces luttes? A peine un embarras, presque des jeux. La guerre des Arabes pouvait avoir de la durée et non des périls ; leur territoire en était presque le seul théâtre; la flotte italienne et l'armée des Aquitains suffisaient. La guerre des Grecs ne pouvait plus devenir sérieuse qu'autant qu'il plairait à l'empereur franc. A moins qu'il ne reprît ses anciens projets d'agression, il n'avait guère à appréhender les

>79 HiàTQIhi; DE£ PR4NCS.

timides resseiiiimens àe Constantinople; tant qu'il n'iraii lu dans la Sicile, ni dans les Calabâ^es, Nicéphore» heureux de son inaction, ne robligerait point d'eu sortir. On ne peut compter les Gascons, faibles ennemis, à peine assez forts pour une courte révolte* Le seul danger de ce temps éiait au nord de leniptre ; les sêuls adversaires étaient les Nord* nians< De jour en jour croissaient la puissance et la témérité de ce peuple; de jour en jour son orgueil et son ambition. Au moindre succès, ils ft^anchi-^ raient TEIbe; la Saxe à peine obtenue serait de naa* [yeau disputée; le christianisme à peine établi s*y abolirait; treote-ti*ois ans de guerre et de gloire IV auraient produit que guerres et malheurs; celte grande conquête, cette conversion si laborieuse, ixlle oeuvi*e si vaste et qui remplit toute la vie d^ Charles I ne seraient peut-être qu'un triste ^t vain souvenir (1)*

XXIX, Ce prince en avait le pressentiment, et en anticipait la douleur. Un jour, pendant qull pa^ courait les provinces maritimes de son empire, il arriva inopinémeni dans un port voisin de Na^ bonne , mais dont le nom ne nous a pas été conserve. C'était rheure du repas de Charles; î! se k

(I) < Leur f«i ûoJfrîed se taÎBsa tellement çiiHer par û*&t-

* gueilteuseB espérances^ qu'il se promeUaii rempire de la^^i*' » manie tout entière* ta Frise et la Saxe, il les regardait cobiibp

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