‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 125 sur 135 · IV · texte numérisé non relu

IV

274 HISTOIRE DES FRAJVCS.

pilait sa retraite» Il Tint au port de Rérich , place îscAée et irtrp menacée , qui lui appainenaît et qu*il ruina* Après quoi, ces démolitions aclieTées^ il remonta sur sa floue, et ramena ses troupes à Lichtshon Embrassant bientôt un dessein vaste et pourtant timide, il résolut de construire^ sur sa frontière, une profonde muraille^ qui, suîrant le bord septentrional de l'Eyder, s'étendît de la Baltique jusqu^à la mer d'Ocridenl, Étrange pensée en un roi guerrier, et chez une nation de soldats.

Ce dessein, ainsi qu'il amve souvent, commença et ne fut point achevé ; le temps n'en fut pas laissé à Godliïed, Ce prince, embarrassé cbez les sieoSt regretta un moment Tin opportune précipitation de son entreprise; et il voulut essayer d'endormir la prudence et les ressentimens du vieux Charles* D envoya vers lai, prétendant qu'il n'était point Fagresseur, qu'il avait agi justement, qu'il avait soufr fert des offenses^ qu*on ne pouvait s'étonner qu'il les eût vengées- Il n'aspirait qu'à en persuader l'empereur, et pour preuve i! proposait de former, sur les bords de rElbe, une assemblée de chefs nordmans et de leudes francs , où se discuteraient ses griefs, où se concilierait ce grave litige. Charies consentit, mais avec moins d'abandon et depronipti* tude que neTespéraient les Nordmans ; H ne refusail point de délibérer, mais il n'interrompait, ni ne découvrait ses résolutions- On s'assembla donc, et ce fiit à Badensteîn , sur la rive gauche de l'Elbe : on contesta, on disputa^ on fit un inutile échange de

protestations et de subterfuges; le temps §p peï*4**' o» ne eonclui rien-

XUXIIL Thrasicon seul, dëlibéi*apt peu, mais agissîint sans relâche, poul^suiyait sérieusement d'utiles résultats» et les obtenait. Ambî^eux^ mais avec les vertus qui servent et justifient cette passion , il s'était glorieusement relevé dan^ son ex^ , et s'y était créé une armée. Beaucqup de Saxons 1&^. suivaient, beaucoup d'Obotriies demeurés fidèles à son droit et à soii malheur. Devenu puissant, sa première teniaiive fiit chez les Wladavejs ; il les attaqua, les vainquit, dévasta leurs terres, et leuç 0t payer chèrement leiirs triomphes aidés çt p^^ta^s par Godfried-

Des Wladaves, il courut aux Smeldin^iei^s^ ^uui^ leurs champs, assiégea leurs villes^ vengea et compensa largenient les pênes au'ilç lu^ avaient fait essuyer. Satisfait alors et yîctoneux, î\ rentra, sans plus redouter Godfrîed, chez ses Ohatriies, et y rétablit audacîeusement sa dominatîom Mais ce ne fut que pour peu de temps, 11 n*éiaît ^ gîtrde que contre la force, et il eût fallu se mé%r de la ruse*Godftied, contenu par la menace 4es Francssuspendail la guerre, mais sans renf^icer à sa haine» Amené bieniôt, on ne sait prir que^ intérêt, au port de Rérich, Thrasicon fut trahi, ïivré aox soldats du prince nordman et tué* Fin rçgrçttable ^pi-çs 4e ai mémorables trayaiix.!

HlSTOmE DKS FnAT^CS,

XXXIV. Clmrles CL'poi idaul méditait et préparait raveiûr ; il chei'chait quelles précautions il devait prescrire pour embarrasser les projets toujours menaçans de Godfricd. Il s'arrêta à Finsutïisaiite,

jmais pourtant utile pensée» de fonder une ville étendue et forte^ en un lieu favorable, et qui dominât le cours de l'Elbe- L'assiette» les plans, la population elle-même en seraient choisis avec soin, Ce serait une colonie guerrière» une armée dans une cité, un camp inexpugnable et perpétuel» une

I bajTÎère fixe à la fois et mobile contre la gîgan^ tesque barrière que haussaient les Nordmans-

L'em placement désigné était au delà de TElbe, au bord de la Sture, au lieu d'Esselfeld. On y fil de grands amas d'armes; on y amena de la Germanie et de la Gaule un nombre considérable d'hommes robustes et exercés à la guerre. Les travaux sagement conçus, habilement dii4gés, s'achevaient presque aussitôt qu'ils avaient été entrepris; la ville sortît en im instant et tout armée» du sein de la terra. C^était une possession précieuse, mais qui menaçait trop les Nordmans pour n'en être pas toujours menacée; elle appelait la guerre, qu'elle devait prévenir, Charles, qui en savait l'impoilance^ ne jugea point le comte Egbert trop habile et trop élevé pour un commandement si périlleux et si diÛîciie.

XXXV. Ses desseins d'ailleurs ne se bornaient pas à ce faible établissement; il embrassait de plus vastes et plus complètes peasées. Une résistance

LÏVREXX (806-813). 2Tf

douteuse eût-elle suffi à sa gi^andeur et à son génie ? Mais, de son côté, le prince nordman combinait aussi des plans d'agn^ession, et n'entendait point que les Francs eussent la gloire de le prévenir. On le jugeait oisif; on le menaçait dans les provinces de TElbe, il partit. Tout a coup, de sinistres bruits se répandent; un nombre prodigieux de vaisseaux a été TU sur le littoral de la Frise ; quels seraientils s'ils n'étaient nordmansî Les Iles de celte mer sont envahies et saccagées; le continent « à son tour, reçoit les dévastateurs. Les Frisons résistent, combattent, succombent, subissent le joug. Quel* (pies jours ont suffi; ils sont vaincus, sujets, tributaires; ils ont donné cent livres d'argent A peine iraincus, l'œuvre est achevée, Godfried lève l'ancre, il laisse celte proie en lambeaux , il rentre déjà dans ses ports.

XXXVK Charies, abusé, frémit de colère et de confu:>îan» De tous côtés, courent ses commandemens pour appeler les troupes el hâter le rassem» blemeat de l'armée, Luî-mêtne, sortant d'Aix-k- Chapelle, il va à sa flotte, en presse le départ, et lui prescrit de l'aller attendre aux bouches de l'Elbe* Bieatôt il revient, met en mouvement ses premiers corps de soldats, passe le Rhin avec eux > et va mettre son camp à Lîppenhcim, pour laissée aux Iroupes éloignées le temps de t atteindre. Elles ar' rivent, il repart; déjà il est aux bords de TADer il campe au confluent du Weser il choisit un

8?8 mSTOÎRE BES PRÏNCS.

ehamp favorable, il se prépare pour la bataille prorflaîne dotit Fosent menacer les NoMmans. Car ïeu^a^tri^e a rtiârché nussi, et comtiiè elle s'est vue nïîmbrease, elle s'est crue foripîdabté.

XXX Vli, Dn allaîl donc combattre ; le Jour tfen vint pa3* Godfried quittait en ce même temps une femme gu'jl aVait aimée, et il dotïnait son amoyr à une autre ffenime* La femme répudiée était mère; elle avait un Sl^ qui atteignait l'âge des guerriers, jeune princ*^ farouche , impétueux, prompt à la vengeance. Ce fils ressenlît amèrement les dédains soufferts p^j- ga mère. Va affreux désir de les venger le gabît ; U l'osa » le meurtre de son père et de ^on rpi liO Teffraya point.

Un jour que Godfried, étant à la chasse, s*appt quait à détourner son faucon d'une cigogne qu'il dédaignait etsouhaittiit d'épargner, le jeune prince approcbant lira ri^pi dément son épée et la lui enfonça dans le sein (1). yétonncment^ rhQtTemv la consternation furent au eomble parmi les Nordmans ; ^e profondes et subites discordes éclatèreïiu t*lus anitbés contre eux-mêmes que centre les Fr&DCS, d*autres desseins, iTioins ambitieux, quoiqu'aussi peu ps^citiques, remplacèrent dans leur esprit les présomptueux desseins de Godfried. l|s ne songeaient plus à défier Charles, naaia à se dérober plutôt à 3a vijiîilance ; iU réuogradaient, et se

(!) Le moine de Saial-Gall, ïiv- 2,

!fl

détournaient^ et s'éloignaient par degrés des rives de l'Elbe- Us avaient téméraii^ement franchi la frontière; ils la repassaient maintenant avec précipitation et inquiétude, vaincus saos combat par la seule mort de leur roi*

XXXVnï. Godfried laissait plusieurs fils, qui aspirèrent , comme il était naturel , à lui succéder. Mais ils étaient jeunes, et ils échouèrent; les dédains, l'abandon, la fuite, étaient leur partage. €e ftit Hemming, neveu de Godfried, qui triompha d*eux et qui devint roi, Hemming, à qui la guerre étrangère eût été fâcheuse en ces premiers temps, proposa une trêve à Charles, et promit d'entrer aussitôt en de plus décisives négociations. L'empe- I reur, quoiqu'il n'y eût eu qu'une menace de guerre , f avait cependant éprouvé des perles qui Texcitaient à abréger son expédition. Une afifreuse épizootie I avait fait périr, en quelques jours, tous les bœufs amenés pour les transports et pour rapprovision- I Bement de l'armée. On savait d'ailleurs les discor- I des qui désolaient les Nordmans, et Ton eût craint

tde les laire cesser par la guerre. La trêve donc se isonclut , et Tarmée des Francs, laissant le Wéser, retourna lentement dans les provinces du Rhin. XXXIX. Hemming, cependant, demeurait fidèle fr ses desseins et à ses promesses. Il voulait achever la paix déjà commencée, et cherehait sincèrement les moyens de Tasseoir sur de fermes el boni

Sea HTSTOIBE DES FRANCS*

['fondemens. Le printemps ayant rouvert les cTie- MminSf on renotnela les communications et les con- 'férences* Douze cliefs nordmans vinrent en un lieu convenu, au bord de TEyder; douze leudes des Francs y allèrent à leur loiuv et se réunirent à eus. On délibéra , on s'accorda , tous les différends se concilièrenl ; la paix s'établit^ et on la jura des deux parts solennellement. Hebbe et Awin , envoyés du roi nordman, partirent pour Aix-la-Chapelle, portant à rempereur les présens , les soumissions , h foi de leur prince.

XL. Mais le règne d'Hemming dura peu; deux ans à peine passés, ce prince mourut. Deux rivaux se disputèrent sa douteuse succession. L'un, Siegfried, était neveu du roi précédent; l'autre, Anul» était neveu d'Hemming, Les transactions se font avec peine, en de si hautes et si contraires prétenftions; on prit pour arbitre la force. Deux puissantes armées de Nordmans se rencontrèrent sur le même champ de bataille, deux princes vaillans qu'enflammait le désir de vaincre, qu'enivrait respoir de régner.

Ils combattirent, on ne peut redire de quoUe fureur; il y eut une sanglante défaite, une éclatante victoire , une couronne recueillie dans ces flots de sang, et dans ces tas de cadavres; mais de cette honte et de celte gloire, rien n'en échut ni à Arnul» ni à Siegtried, Aucun ne vit le succès; le seul prix de leur ambition fut la mort. Ils succombèrent tous

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deux» se faisant toit à YenYï dignes du trAne» au moins par leur générosité ei par leur courage. Au lieu d'eux, régnèrent Herrio! et Rainfroî; car ils étaient frères d'Anul, et c'était Tarniée de ce prince qui avait vaincu-

XLI. Ces jeunes rois suivirent les exemples d'Hemming» et sacrifièrent comme lui la guerre extérieure au besoin plus impérieux de s'afTennir chez les leurs* Ils voulurent la paix avec Charles* et la lui firent demander par des envoyés. Ils priaient aussi que ce prince consentît à leur renvoyer un de Icui's frères, otage important que lui avait livré le roi mort, Charles, persistant lui-même dans ses résolutions antérieures, ne refusa point de confirmer ses engagemensÉ II accorda qu'une troisième assemblée se réunît comme autrefois, aux derniers temps de Godfriedj et aux commencemens du règne d'Hemming. Seize chefs de chaque nation furent convoqués en un lieu choisi sur la rive droite de l'Elbe, La délibération fut courte et fiicile; on en hâtait des deux parts , et d'une égale sincérité , la conclusion. Ils renouvelèrent le traité dllemming, ils répétèrent les mêmes sermens; Charles, satisfait, rendit son otage; on eût dit une alUance inviolable et perpétuelle*

XLiLMais ce traité, tant souhaité des Nord* mans, ne les affraochissaitpas de toutes leurs guei^ res. Celle qu*ils se faisaient à eux-mêmes, au lieu

383 HISTOIBE DES FEANCS.

de s'éteindre^ se muliipliait. L'armée d'Anul aTSUt biomphé inutilement; beaucoup s'étmeot soumis aux frères de ce prince, après la victoire; plusieurs s'obstSnaient et répudiaieût leur domination» La Westerfiilde^ province éloigoée^ s'était mise ouvertement en révolte» et ne s'eSrayait ni ne se lassait 11 fallait bien la réduire, et Ton n'en avait d* autre moyen que les armes; les jeunes rois y allèrent, me* nant de nombreuses troupes arec eux- Le succès attesta leur droit; ils vainquirent, et victo]?ieux, où les avoua maîtres et rois.

Toutefois, pendant qu'ils subjugaient ces rehéles, d'autres rebelles^ plus autorisés et plus redeih tables, se levaient contre eux. Les Uh de GchI* fried, dépossédés par Hemming, revenaient; ils avaient rompu leur exil, et se faisaient suifie d'une Ibrte iroope de guerriers, proscrits comipe eux et vaillans. Ils allaient, et leur nombre grossbsanL toujours, ce fut bientôt une armée. Enhardis alors, ils osèrent tout, el cberchèrent, pleins de courage, une occasion pour une action décisive. Les jeunes rois, sorlani d'une victoire qui les aûermissait, à ce qu'on devait croire, et les enivrait, ne soupçonnaient pas qu'ils marchaient à une défaite peut-être, et à leur ruine.

Ils précipitaient leur retour, quand tout à coup survinrent les fils de Godfried, déterminés, menaçans, montrant la volonté de leur disputer le passage* Il fallut combattre, il fallut fuir ; car lafortuo^ ks trahissait, et [passait à leurs ennemis. U se fai-

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