‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 126 sur 135 · LIVRE XX {806^8i3n · texte numérisé non relu

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sait un fatal échange, entre ces princes, de rexîl el j de la couronne ; les fils de Godfried n'étaient pluS 1 bannis, etdevenaienl rois; les frères d'Anul eeè+j saient d'être rois ; ils éiaieni bannis.

XLIII. Tout concourait pour détrouner les Nordm ans et pour les attacher de plus en plus à leurs promesses. Charles, néanmoins, quoi qu'il persistât aussi à garder les siennes, n'enlendait pas que cette paix lui dérobât d'autres ennemis, et Tobligeât de remettre aux auxiliaires de Godfried, les offenses frëpétées qu'ils lui avîûent faites. Son fils avait châtié une première fois les Livoniens; Thrasicon^ à son tour, lavait durement vengé des Wladaves : ces représailles n'avaient pas suffi- Les malheui*s des Livoniens leur avaient laissé plus de ressenti*^ inens que de craintes; ils étaient restés ennemis des Francs* Les Wladaves» irrités comme eus^ et non moins fidèles à leurs haines, avaient patiemment cherché l'occasion, et la rencontrant, ils ne favaient point négligée.

Aux bords de rËlbe, était im château qu'on nom-r niait Hobbuc; dans ce château, des troupes saxon-^ Dcs; avec les Saxons, Odon, leude franc, qu'avait envoyé l'empereur pour les commander. Odon ne prévoyant aucune attaque prochaine, laissait languîr ses préparatifs de défense. Les Wladaves vinrent, surprirent ce chef imprudent, et renversèrent le fort Mais Fanoée suivante, lorsque Hen^ ming fut devenu roi, et que la guerre eut cessé contre

inSTOinE DES FR4NCS.

[feg Nordmans, Charles, se ressouvenant de ces tra* [hîsons» craignît d'en encourager le retour, s'il les ''laissait înipunies- Une armée partit, traversa la Saxe, poussa au-delà de TElbe, rebâtît Hobbuc, s'étendît sur les terres des Lîvoniens, et ne les quitta que ruinées. Elle allait à leur tour contre les Wladaves; mais ils se soumirent, payèrent tribut, reçurent la paix, et la confirmèrent par des otages.

XLIV. De leur côté, les Bretons, quelque temps oisifs, toujours inquiets et indociles, ayant jugé

itreprî^e de Godfried, et l'absence de Vempeieurt favorables aux espérances qui sommeillaient en eux sans s'éteindre, étaient revenus témérairement à leurs anciennes habitudes de rébellion. Ils refusaient le tribut, reprenaient les armes, franchissaient les limites de leur province, exerceraient au loin d'insatiables pillages.

Mais le temps de rexpiatîon arriva ; pendant que la première armée allait chez les Livoniens et chez les Wladaves, portant à ces peuples la redoutable justice de son empereur, une seconde armée partait, forçait les passages de la Bretagne, et lui in* fligeaît à son tour la trop juste peine de ses perpétuelles désobéissances. Elle avait ravagé, on la ra^ vagea; tout ce qu'elle avait osé, elle le souffrît. Elle frémissail, mais de ^a faiblesse plus que de sesper* tes; elle se fut résignée à ses maux, sans rimpuÎBsanceoù elle était d'en faire de pareils et de se vea* ger. Quelle espérance en aurait'elle eue? Elle s'ha-

mîlia et reprit le joug Inutilement rejeié. Ces deui expéditions eurent dlïeureux fruits^ niais peu d'é-^ clat et de gloire; il n'y avait eu de périls que pourJ les vamcns.

XLV- Il s'en fit une troisième encore dans le mèn me temps, elle résultat n'en parut ni moins prompt, ni moins favorable. Charles était attentif aux progrès et à la sûreté delà colonie qu'il avait établie dans le pays des Awares, après Fexterminatton de ises anciens possesseurs. Mais les Slaves» qui occupaient la Bohême, étaient attentifs aussi aux occasions d'usurper sur cette population faible etnou- Telle, Ils se souvenaient toujours de leur duc Lechon, et de ses succès plus que de sa mort, Charles ne pouvait permettre ces violences ; il envoya une armée dans la Pannonie, mais l)îen moins pour faire la guerre que pour rétouQer. Cette armée vint, menaça, répandit Tefifroi chez les Slaves^ et bientôt elle envoya à son tour les chefs des deux nations à l'empereur, pour qu'il entendissent leur juge^ ment et sa volonté.

XLYI- Ni ces travaux, cependant, ni ces négociations, ni CCS guerres ne détournaient son esprit des soins domestiques et des intérêts de FEglise, 11 était guerrier, conquérant, fondateur d'empiie, mais religieux et chrétien. Une épineuse controverse s'était engagée autrefois en Orient, sur l'un des dogmes les plus vénérés du christianisme. Elle avait été

â86 HtSTOlUEDES PRÂI^ÇS.

portée de|jLiis, ihuis les (gaules, au temps de Pepio, el le concile asseipblé à Chaniilly dans ce temps, en avait entrepris, mais non achevé Texamen* H n'était question de rien moins que de la commune et uniforme production de l'Esprit saint, ou selon l'expression consacrée, de sa processions çavoir si elle était double ou unique, si le Verbe ne procédait que du père, s'il procédait tout ensemble du père et du fils. Cette question soulevée pour la première fois par Tliéodore de Mopsueste et par Thcodoret, son disciple, venait d'être de nouveau proposée à Jérusalem par le moine Jean. Cétait i^ne importante et dangereuse discussion, car elle touchait aux rapports, à Tégalîté, à Tunité, à fessence mémo de la Trinité.

XLVIÏ. Aux conimencemens du chrîstiË^nisnie, la double procession avait été communément admise et supposée ; le symbole de Nîcée ne l'exprimait point. Le symbole de Constantinople l'exprima plus tard, mais imparfaitement et dans une forme équivoque, aflSrmanique le Saint-Esprit procédait du père en qui est le fds, mais laissant douter s'il procédait pareillement du (Us et d^^ ppre. Celte omission était aux yeux de plusieurs, comme une vraie et décisive exclusion. Cependant rÈgUse romaine tenait hivariablement pour la procession commune; l'Église des Gaules suivait son exemple; rÉglise d'Espagne allant au-delà, corrigeait le symbole de Constantinople, et ajoutait, d'un seul

UVIU: XX (800^313) mot, la procession du fils à celle du père ; cettéj correction tolérée en France, s'étiiit par degrés fkit admettre jusques dans la chapelle de Tempereup,

XLYin* Les esprits toutefois s%^gitant et se divisant, Charles en prit quelque mquîéti|dp, et» pour mieux étouffer ce^ divisions, il eut recours à Tau-' torité d'un Concile, Ce concile, convoqué à Aix-la- Chapelle, délibéra mûrement , et néanmoins hésitait encore , ainsi qu'avait fait le Concile de Chantilly, il éluda et différa la décision* Ce n'était pas qu'on fût incertain sm* la procession elle-même ; on la reconnaissait double unanimement et participant à la fois du père et du fils. L'embarras venait, et il était grave, de Taddition qu'avait osé faire rÉglise d'Espagne, et que tant d'évêques francs ou germains avaient imitée* Fallaît-il condamner ou autoriser cette altération? On l'eût facilement approuvée, mais les canons du Concile dp Chalcédonie arrêtaient: c6 Concile avait rigoureusement interdit de rien changer aux choses de foi et de rien ajouter à leurs formules.

XLIX. Héshant donc et n'osant ni yîoler la prohibition dont on reconnaissait la sagesse, ni rejeter Taddition dont on avouait la nécessité, on se mit d'accord de suspendre, et de demander , avant toute chose, le sentiment du chef de TÉglise* Adelar, abbé de Corble, Bernard et Jessé, évêques de Worms et d'Amiens, furent députés vers le pape*

histoire: i>KS FRAr^CS* Léon répond il qu'il était de foi que le saint esprit procédait du père et du fils; qull séparerait de sa communion quiconque aurait l'imprudence de mé' connaître cette vérité; que c'était un impérieuit devoir pour les évèques de rannonccr et de Texpliquer aux fidèles ; que toutefois rËgMse avait interdit les innovations^ et que l'addition, irrégulièrement introduite dans le symbole, en devait être nécessairement retranchée, non pas précipitamnient à k vérité et sans prudence, mais avec lenteur, el quand serait venu le jour opportun- Uaddition en effet avait été téméraire, et la réponse de Léon ne dut exciter aucune surprise ; mais la suppression, dans le désordre où étaient alors les esprits, aurait eu à son tour de graves |*érils. Elle eût ébranlé les croyances et autorisé, centre les intentions du pontife, des interprétations favorables à la doctrine de Jean, L'Église des Gaules s'abstint, et TaddlitioD demeurait. Deux siècles après, TÉglise romaine Fa V ait adoptée ; au siècle suivant, le Concile de Lyon Tapprouva et la consacra (!},

L. La paix, toujours incertaine et chancelante avec rOrient , se maintenait cependant par la

(1) C'est le deuxième coociie général leau à Lyoa. 11 b^outHI en 1274, sans la présidence de Grégoire X. Les patriarchei d^AnlJoche el de Coiistaiilinople y étaient* Oa y com()ta quin^ cardJDàuXp cioq cents évêques, £oliLaiite«dtK abbés^et tnille doc* teurs* Ëa 1439 , le concile de f Ipreact rûQouvela cette déet*

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modération de Charles, et peut-être par sa lassitude, par les embarras, la faiblesse, les perpétuelles irrésolutions de Tempereur grec. Celui-ci avait envoyé un ambassadeur à Aix-la-Chapelle; Charles, à sou tour, en envoya trois à Constantinople- C'étaient Haîdon, évêque de Bâle, Aïon, duc du Frioul, Hugues, comte de Tours* Charles même, exagé' rant à quelques égards la condescendance, fit amener par eux à Nîcéphore Fancien duc de Venise, Willaire qui, trahissant d'abord les Grecs pour les Francs, avait ensuite trahi et tout à la fois les Francs et les Grecs. Prisonnier de Pépin depuis la dernière expédition de ce prince, il allait maintenant^ pour comble de misère et de confusion, subir la justice de son ancien maître. Mais Constantinople subissait elle-même de nouvelles révolutions en ce temps, et au lieu du bon accueil attendu, les ambassadeurs francs n'y reçurent que d'insolentes humiliations.

LL Nicéphore avait trompé toutes les espérances de ceux qui lui avaient témérairement décerné l'empire. Imprévoyant, ariiQcieux, sordide et sans foi, il ignorait même la guerre, et n'était pas moins méprisé de ses ennemis que de ses sujets. Un prince du nom de Crum gouvernait alors les Bulgares, prince audacieux, heureux et habile* D avait eu la guerre une première fois avec Nicéphore et lui avait fait essuyer de funestes et ignominieuses [ défaites. Deux ans s'étaient écoulés ; ce terme venu,

SSO HiSTOmE DES FRANCS.

Vempopour liuioiU4l comprit entîn la nécessité de répai'er ses pertes et sa hante; il leva deg iribuls, assembla une arméa et marcha de iiouTeau eut la Bulgarie- Ses patrîces p ses conseillers , ses familiers, son fils Siaui^ace étaient avec lui ; l'expédition semblait formidable. Cram, abusé par les habitudes de l'empereur grec, n'était pas préparé pour une attaque si prompte et si menaçante ; il essayt de détourner cet orage, et fit apporter au camp ennemi des ofires de paix^ Encouragé par ces ot^ fres mêmes, Nicéphare les rejeta dédaigneusement et persévéra.

LU« Bientôt on fut aux frontières des Bulgares, et on les franchît. Trois jours de succès vinrent ensuite; on eut l'avantage dans quelq^ues combats partiels, on s'étendit dans le pays ennemi, on força, piUa, naît en cendres un palais du prince bulgare : IVîcéphore ne voulait rien épargner, et rien laisser vivre. Crura abattu , et s'eflfrayant de plus en plus de son impuissance, unplora la paix de nouveau, et se montra résigné aux plus rigoureuses conditions. Mais ce n était i|u'une imprudence inutile; Nicéphore, enivré, n'écouta qu'à peine, et repoussa tout

A qui maintenant animait recours le prince but gareî Au seul désespoîiv II voulut mourir s'il ne devait plus régner, et régner néanmoins jusqu'à ce que la mort le précipitât.

Nîcénhore cherchant, m ees sauvages contrées,

MtVHK XX B06-813),

les nroins âpi-es et moins difficiles chemins, avait engagé Éïoii'-armée dans une plaine profonde, fertile, riante, mais qu'enveloppaient de toutes parts des roches élevées etinaccessibles< On en eût faeîlement occupé les issues au premier moment; mais le piince grec, qu endormait sa s^urité dédaigneuse , ne jugea point ces vulgaires précautions nécessaires. 11 campait négligemment en ce lieu, permettant tm dangci*eux repos à ses troupes , et laissant à l'ennemi tout le temps que demandaient ses desseins.

Ils étaient nouveaux et hardis; mais ce sont ceux qu aime la fortune et qu'elle seconde. Crum, saisissant toutes les gorges de la montagne, n'en laissa qu'une dVmveHe, et réunît dans cet étroit et inabordable passage^ tout ce qu'il avait de soldats. Les autres, quil ne pouvait ni occuper ni défendre, il les fit embarrasser, ou plutôt remplir avec d'énormes amas de pins et de chênes , que ses Bulgares coupaient sans relâche, et rotiïaient, du sommet des roches au creux des ravins. Deux jours et deux nuits suffirent à ces immenses travaux, que n'inlerrompii^ent ni ne soupçonnèrent les Grecs* La troisième nuit aiTÎvée, pendant que dormait Tinhabile et présomptueux empereur, Crum sorttout-à* coup du gimieux défilé qui cachait sa troupe ; il marche, il court, il se précipite sur le camp des Grecs ; un cri formidable annonce sa présence et Tattaque; l'armée smTprise, s'éveiUe dans la confu* I eioa et dans la terreur.

29S HISTOIRE DES FRANCS. v

Lm. En ce même moment, le feu se fait voir el se développe dans ces vastes monceaux de bois et de feuillages qu'ont amassés les Bulgares ; il roidfl^.. s'élève, s'étend ; une profonde ceinture de flammei^entoure et presse toute la vallée; une e£Groyable et inépuisable fournaise en occupe et interdit toutes les issues. Ce fiit une nuit lamentable : il fallait fuir, car la stupeur ôtait la force de vaincre ; il Êillait mourir, car ces barrières brûlantes ôtaient toute espérance de fiiir. Ni combat, ni merci, ni faite; on était tué, on tuait. Tout ce qui s'arrêtait dans le camp, mourait aussitôt; tout ce qui s'éloignait, trouvait les cavaliers bulgares courant dans la plaine, et tombait sous l'infatigable épée de ces barbares ; ceux qui y eussent échappé , le feu les repoussait et les restituait à Tépée. Les chefs de l'armée, les officiers du palais, les conseillers de l'empereur, succombèrent; lui-même, inexcusable auteur de ce désastre, il paya sa faute, et reçut la mort. Sa tête, horrible trophée, fut exposée durant plusieurs jours à la dérision des soldats bulgares ; ensuite, on l'enchassa dans des lames d'or, et Grum en fit sa coupe d'honneur. Staurace seul survécut; atteint d'une blessure grave, et même mortelle, on le perdit dans cette foule de cadavres , et il réussit , comme par un prodige, à se dérober.

LIv. Ce prince mourant, mais ambitieux, atteignit péniblement Andrinople, et sachant les mur«

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