‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 129 sur 135 · LIVRE XXI (8 B^e · texte numérisé non relu

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dessains, de ces ingénieuses transactions, de ces alliances qui devaient enchaîner le sort et le temps? Un souffle de la fortune a passé sur cette pons* sière, et il a tout effacé, La paix elle^mêdie est deyenue douteuse, et sa plus ferme assurance ne sera désormais que dans la faiblesse de Léon, L'amitié de Michel n'est plus quun reproche, les traités faits ne sont qu'un obstacle aux Nouveaux traités*

XVI* Mais il TÎKt d'autres obslacle^s bientôt, et de plus fâeheus, La grande œuvre de Charles était accomplie, son jour approchait. Ce règtie si beau, si loïig^ si prodigieux, était toutefois le règne d'un bomme, et ne pouvait être sarts terme* D l'eût fallu plus durable encore, il est vraî^ pour l'empire, plus durable pour la race de son fondateur; mais Tincomparable gloire de ce prince devait être que la grandeur des siens s'achevât eu lui, et s y épuisât, D avait élevé si haut ce monument de ptiîssance, qu'aucun autre bras que le sien n'eût pu rédifier^ fil le soutenir. Il l'avait fait à sa mesure et à son image; mesure de grandeur, mesure aussi de durée*

Dès Tannée précédente , de vives douleurs IV vaieut subitement saisi, pendant qu'il chassait, selon sa coutume, dans la forêt des Ardennes. Oo Favait rapporté, souffrant et sans forces, dans son palais d'Aix-la-Chapelle ; cependant, après quelques jours, le mal s*était ralenti. L'été passa, l'hiver vint; Charles solennisa sans trop dé fatigue les i^aintes

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fêtes de la Nativité du Sei{i;neur, Mais le vingt janvier, coniïiu* il sortait du bain, la fièvre le prit. Dès le Jendeniain, une pleurésie s'était déclai^.

Charles, peu docile aux conseils de ses médecins, n'acceptait de tous leurs remèdes que la diète; il la voulut absolue, et n'en fut que plus proniptement abattu. Le septième jour, le mal empirant^ il Yit le danger, et aussitôt , sans hésitation et sans trouble, lui-même il appela son chapelain Hîldebald (I)^ et demanda, avec de religieuses instances, les dernières consolations des chrétiens. Le reste du jour, il demeura calme, mais sa faiblesse crois* Sait; la nuit, raccablement augmenta: enfin, au lever de Taube, on le vit tout à coup étendre la main, marquer lentement sur son front le signe sacré du salut, rapprocher ses pieds, abaisser ses bras, fermer les yeux, murmurer ; jl murmuraiti en s'é teignant, les saintes paroles du psaume t je re* mets, seigneur, mon âme en tes mains. »

Charles avait vécu ; ce terrible roi n'était plus que cendre, ce maître poissant n'occupait plus, de la terre, que le peu qu'il faut à un cercueil.

XVn. On purifia ces glorieux restes, on les tjt de pourpre et de soie, on leur ceignit la couronne d'or ; folles splendeurs de la mort, plus folles même

(1) Hildebaldus, archiepîseopus eoloniensîs, et sacri patafii ea* pellaDus. — SouscripUoD de la précepiion donnée pour leccioilfi ïrutmaBâ^ chargé de radmmlâtratioo de la Saxe. Anii.7S9.

que les splendeurs delà vie. Ensuite on mit !e corps au sépulcre, et ce ftit un jour d'universelle douleur; car le peuple, que cet heureux prince avait accoutumé à la sécurité et à la gloire , s^effrayait instinclivement de sa perte, et pleurait comme pleurent les peuples , ouvertement et sincèrement. La balisique d'Aix-la-Chapelle fut le lieu choisi pour la garde du pieux dépôt. Un arc orné d'or, et bien mieux orné par la grande image duprince fi*<ilevait en la recouvrant, sur la tombe, et dans rétroit intervalle de ses ciselures , se lisait cette Inscription simple et sans faste:

k» Sous cette pierre repose le corps de (Charles ^

V grand et orthodoxe empereur^ qui étendit glorieu-

* sentent le royaimie des Francs , et le gouverna :» quarante-sept ans avec nuccès et bonheur. Il est > mort septuagénaire r Van de rincarnalion du Selj> gneur Hiâ:^ indiction septième^ le vingt-huitième

* jour de janvier » (1)-

XVIIL Charles mourait dans sa soixante-treiisième année, après un règne de quarante-sept ans gur les Francs, de trente^lrois ans sui* les Italiens,

(i) Sub bac condilorio, sUum est corpus Karoli magEÏ atquc jorlhodoxi imperatoris , qui regnum rràDcorum oobibler ampikvU# per aunoâ xtvii féliciter rexîl. Decessît siptuagenarius, auna ab ÏDcaruatione Doimûî dqgcxiV; iodiclione vu ^ V caleud. Te-

If.

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de onze ans avec la dignité d'empereur. La ns^* ture, par un accord merveilleux', avait réuni en ce prince les avantages extérieurs et les dons plus précieux de l'intelligence ; il avait reçu la beauté , la force, le génie. Il était de haute (1) et gracieuse stature, de complexion saine, de conformation large et robuste; sa tête était vaste, ses yeux grands, son regard vif, sa démarche ferme , son aspect grave ^ ses mouvemens nobles et mâles ; sa voix seule , quoique sonore, n'avait pas l'éclat vibrant et profond qu'on eût attendu en un corps si ample. Il était sobre à l'excès (2) , et toujours vêtu avec modestie (5); mais il aimait passionnément le cheval , la

(1) Cinq pieds neuf pouces , à ce qae Ton croit|, quoiqu'on ait donné souveot à ce prince une taille beaucoup plus élevée.

(2) « A son repas de tous les jours on ne servait jamais que » quatre plats, outre le rôti, que les chasseurs apportaient sur 9 la broche , et dont il mangeait plus volontiers que des autres

> met8.> (Eginhard, vie de Ch.) «Quand Charles était à table, les » dues et chefs des diverses nations le servaient. Son repas uni, » ceux-ci prenaient le leur , servis par les comtes , les préfets et » les grands, revêtus de différentes dignités. Sitôt qu'ils quil- » talent la table, les comtes s'y asseyaient. Après les comtes , » venaient les chefs de service ; après ces derniers les servi- » teurs. » (Le moine de Saint-Gai I, liv. l.) — « Charles obser- » vait rigoureusement la règle du jeûne pendant le carême. Il * ne faisait qu'un seul repas en vingt-quatre heures. > (Idem , eodem.)

(3) • Le costume ordinaire du roi était celui de ses pères, l'ha-

> bit des Francs. Il avait sur la peau une chemise et des hauts- » de-chausse de toile de lin ; par dessus était une tunique ser- » rée avec une ceinture de soie; des bandelettes entouraient ses

> jambes, des sandales enfermaient ses pieds; l'hiver, un juste^ » au-corps de peau de loutre lui gs^rantissait les épanles et la

ehassa, ie hain, et recherchait plus passionément eucûre l'aiaour des femmes ; ce fut peut-être sa seule faiblesse , mais elle était grande- Les plus l'egrettables et plus dangereuses fautes de sa vie eurent leur source dans sa funeste condescendancô pour FasU^acJe*

XIX. Il aimait impétueusement et avec le plus imprudent abandon. L'opinion qu'on en avait de son temps, était si étrange et si générale^ qu'il devint facile d'accréditer une absurde fable qu'on dédaignerait de redire si la peinture des mœurs s'accommodait de ces omissions. On contait <jueChai'les , épris d'une femme à Aix-la-Chapelle , s'en laissait charmer et enivrer tellement qu'il n'avait plus d'autï'e affection ni d'autre pensée ; la gloire

poitrlàé coDtre Le froid « Il était toujours vètade !a saie des We-

> net es, et porUiil habitaellement uqg épéc dont la poignée et le » baudrier étaient d'or ou d'argent. Quelquefois il en pariaitaue eu**

■ rJM:hJe de pler renés, mais seule ui en tle^ jours de grande fèterOu r quand il d o tm a i l aud i eiice au % ain basaad e u rs é [ ra n gers . Dajis les

■ israudes suleonitésJlaB monlrailavec uu jiisle-au-corps brodé » d'or, des fianrlai^s ornéeg depicrr€$ précieusesi tinesate rete-

■ j^iue par uoe agrafe d'or, el un diadème tout brillant d'or et da pierrerieFiMafile réfute du temps sesvèlfîuiens différaient peu deceux du \ulgaire. * (Fginhard, Vie de CharlJ — (Voyez de

bplus la ciiroui^ue du moiue de Saizil-Gallp liv J» ad fmem.) — < At^ lonB cbassert dit Le prince < La journée était froide et pluvieuse,

> Cbarles portait uu habit de peau de brebis qui n'avait pas plus

• de valeur que le rochet dont la sagesse divine approuva que ' Saint-Mariio se couvrit la poitrine , pour offrir , les bras nu^f

* jk HMki »acriûc« ik ia méfie. > (JidffQ^ lit > S )

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[même se taisait en lui . il oubliait de régner. Ses l familier» s'en aflligeaient; mais la mort, opportune P6t favorable une fois, les tira de peine: celte femme, si éperduemcnt aimée^ mourut. On en louait Dieu, et Ton croyait Charles enfin délivTé de Taniour insensée et prestigieuse qui le fascinait ; il n'en fut jamais plus honlcusemeni possède : au lieu du leuil que Ton attendait, et des pieux honneurs qu'obtiennent les moits, il demeurait, et on l'eût dit enchaîné au lit funéraire, ignorant de la triste 1 frappaient assiduement ses regards. Il embrassait fin dont les signes tendrement et avec transport ce ^poursuivait au sein corps livide, il parlait d'amour fà ce cadavre, il de la mort les voluptés de la vie* La mort cependant achevait son œuvre de cor- [ruption, et les vers déjà disputaient ces restes in- 'fects aux embrassemens du grand roi. On délibérait , ne sachant qu'oser et que faire; un évêque enîn (1), soupçonnant quelque cause secrète et sur*

(1) L'évËque TiLpiDi LeB moderoed ne l6 eonnaîâsânt plus que iou3 le nom de Turpin* Il reçut du pape Adrien , le Palliiim , et le titre de primai de la province de Rheiins- U était déjà évè^ que sous le règne de Carloman , frère de Chârlemagne , et ii mournl, comme ou l'apprend de Frodoard, à r^ge de quarantesepi-ans. Or, on place ravenlure du cadavre eu un temps yoIjih de la vieillesse de Cbarlemagne, TJIpin eût été mort alors uè^ cessai renicnl , et depuis longues aDoées, Mais les conleursde fables ne se piquent pas de tant d'eitaditude; les aDachronismes les inquiètent peu* (Voye^ïroduard, liist.de l'église de llbeimâ^ liv< 2, chap, !7,)

CeBi ce même évêque oa archevêque Tilpjn nu Turpio, s«D3lô Bom duquel a été mis fau^emenl le roman si longtemps facD^us

naturelle, cliercha le moment favorable, et pendant que Charles, cédant à sa lassitude, dormait , il tîsiia curieusement cette étrange femme , puissante encore et maîtresse jusque dans la laideur de la mort. Ce ne fut pas inutilement : un anneau se trouva cache sons sa langue ^ mystérieux talisman qui attirait raffection du prince et subjuguait sa raison. L'évoque déroba l'anneau, et au même moment Charles , désabusé , sentit s'évanouir son amour.

Mais un antre attachement en prenait la place : servi par l'anneau dont il était maintenant le maître, révêque en exerçait à son tour l'irrésistible in-* fluence ; il charmait et égarait malgré lui le malheureux Charles, et se voyait avec confusion obsédé de ses grâces et de ses faveurs. L'évêque alors comprit encore mieux de (luelle cause venait la première séduction de ce prince ; et ne voulant ni profiter de l'anneau , ni que d'autres après lui pussent en user, ilfalla jeter dans un lac qui baignait les murs de la ville- Comme il le jetait, Charles perdait déjà son indiscrète affection; mais, toujours appelé , toujours retenu par l'anneau magique, il ne pouvait plus se résoudre à quitter le lieu où le sage évoque l'avait enfoui (1).

de Teitpédilioa de Cliarlemagoe en Espagne. L'aaleur véntabÎQ était espagnol , et chanoÎDe régalier Btloa les conjectures de t'âbbë Lebeuf' Le romaD d'ailleurs est du onzième siècle, et non du huitième^ (1) Voyez Fasquier, Recberches delà Frauce, liv» 6, chap*32,)i

M6 nistoM DÈS nh»c&.

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