‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 14 sur 135 · LIVRE XUI. W · texte numérisé non relu

LIVRE XUI. W

taire (1). Dans leurs forêts de la Germanie^ ces dons des rois Payaient été cpie des chevaux et des armes (S), des choses qui pussent servir à la guerre, et que les possesseurs pussent conserver dans leurs pttpétuelles migrations. Les champs, dont ils chan^* I^BiDent alors chaque année, n'eussent point exprimé ridée d'une possession profitable et vraie. Mainte liant qu'on s'est arrêté et que l'on conserve, ce sont Svatres intérêts, d'autres signes de richesse, une mire ambition. On reçut ces terres d'abord, parce fse Ton était allé à la guerre; le temps vint où Âes ftirent données pour qu'on y allât ^) ; ce n'élût, au commencement, qu'une récompense (4), on en fit bientôt un marché.

De même, à peine engagés dans le christianistne, les Francs, non moins fervens que. ne l'étaient les Gaulois, multiplièrent, à leur exemple, les monastères (5) et les abbayes; heureux établissemens

(i) Capit. Caroli Calvi» ann. 877, tit. LUI, art. 9 et 10.

le |irie qo'an veuille bien remarquer ceci : la date de l'acte, le sera da prince; car an critiqae s'est plaint de ne pas trouver éans les deux premiers tomes de cet ouvrage l'indication de répoqoe ak Jes bénéGces devinrent héréditaires. J'écrivais alors rUrtoire de la première race ; je n'avais rien â dire de Charlesle-Chaave, qui est de la seconde.

(2) Tacite, lier, germ-, cap. 14.— Montesquieu^ Esp. deslois^ br. XXXIII, ehap. 3.

(S) avUiiL, aaD.aU7, art. 1.

(4) IIU beneficium dare, qui nobis benè servierit. ( Capitol^, ft.Y,«i4d77.)

i^ Les ma étaient sous l'autorité du roi » d'autres sous Tautdlitè de révèque. fConstal monaeterioruai regni frandœialia fusse

m illSTOlBE DES ril4N€S.

en ce siècle^ et où s'entretenait i'esprit lelîgîeux, qui entretenait Im-niêmc, et peut-être seul, Tesprit aocial* Ils protégeaient et propageaient le christianisme, unique lien de cette société, si confuse encore, et si divisée* On s'y réfugiait, dans Tardeur de sa piété , poui* y mener une vie sainte; dans l'inquiète sincérilé de son repentir^ pour y laver les ' crimes commis; par crainte et faiblesse, pour tromper la vengeance de ceux que Ton avait offensés ; par amour même de la liberté , pour se dérober à la servitude (1)* Les reines^ quand le temps du veuvage arrivait pour elles ^ allaient y ensevelir les regrets ou le souvenir de leur puissance (2); les filles de rois , quand elles ne devenaient pas femmes de rois , allaient y expier l'orgueil de leur condition , qui leur avait interdit les mariages vulgaires (3)»

I ïegalia, alia episcôpalta. Fost Carolum Magnum omoia Pranco-

ruiB moDasterb fuorutil prorsus în pote^^tate regtim, (S(eph« , Baluzii aota& ad CâpituI ) — Monastena vel modo innumerabiîia

per omne regnuni FraDCorum videDlur coDsislere (M arc u If, [Hb^ I, formuU ^0 — i'ot^r ce qui esi ûm privilèges des monastères,

voyez encore Marealfe, an lieu qui vient d'être ciléi et Sappea- I dice de Marculfe, Tormule 4-1.

(i) ProiDdë Isdio servitutîs muUi moDasUcam vîtam profiteliantur* (Beatus Bhenaiîiis, cité par£ti6DDe Baluze^ ad libros I capitularbâ.)

i2) Radegoude, femme de Cblotaire I , Ingoberge et Teulé- ^ childe , femmes de Charibert * A udovère ^ femme de Chilpérie ;

Baihilde, femme de Chio^is II ■ Aipaïde, mère de Charles Martel ;

Sunnéchildej mèredeGrifroo, etc,

i^) fierlheflède et Cbrodiclde, HIIës de Cbârî&ert ; Basine, 611e 'de Chilpérie; Goidrade et Tbéograde. Biles de Charles-Martel ;

BolbaXs etGisile, filles do Pepia-le-Bref, etc.

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Les princes eux-mêmes , quand ils déposaient la couronne , ou qu'ils en étaient dépouillés (1) , allaient à leur tour dans ces silencieuses retirai tes prendre et nourrir l'espérance de ce royaume à Tenir, d'où ne seront plus rejetés ceux qui l'auront obtenu.

XIX. Malheureusement, dans ce mélange soudain et désordonné des races, des caractères , des habitudes, des traditions; dans ce brusque passage tfun culte sensuel et grossier à des doctrines de spiritualité et de sacrifice ; dans cet afiaiblissement ^pie les intelligences mêmes subirent, par l'indiscrète et universelle aversion que le zèle immodéré des chrétiens leur fit concevoir pour les lettres et les sciences païennes (2) , il se fit des deux parts

(1) Thèodoric III, Carloman, Childéric II, Hunoald, etc.

(2) Au sixième siècle eDcore, ODsaÎDt et hatiile pape condamnait rétode des lettres mondaines. Qttàm grave nefandumgue iU qnMcopU eanere quod nec laIco rrligioso conveniat-. Si po$thae eptdenter ea quœ ad nosperlata sunt, falsa esse claruerint, née vos nugis et sjecularibus litteb»s siudere consti^ krU, Deo nostro grattas agimus. Voyez la lettre de Grégoîreto-Grand à l'ardievèqae de Vienne, Didier. — Ce n'est pas pour- . taoi qo'îl faille croire, sar la foi de Jean de Sarisbéry et de Montaigne, qae Grégoire ait poussé le zèle jusqu'à faire brûler h tnbliothèqoe Palatine. Cette bibliothèque, fondée par Auguste, M brûlée dans Tincendie qu'alluma Néron ; rétablie par Domitîen, elle fut brûlée une seconde fois, sous le règne de Commode. Le moyen de croire d'ailleurs qu'elle eût échappée au pillage de Itmne, si eUe eût encore existé du temps d'Alaric, de Genseric et deTolila!

quelque échange d'erreurs et d'opinions téméraires^ quelque enseignement réciproque de vaines et inh sensées superstitions. H avait été plus fkdle aiix Francs de se livrer subitement et d'enthousiasme à la foi du Christ, que d'en comprendi*e du même temps la sublimité. Les Gaulois eux-mêmes ^ bien mieux préparés à cet exercice et à cette étude, avaient cependant l'esprit tout pénétré d'anciennes notions qui nesepouvaient pas dépouiller et renouveler en un jour. Déserteurs récens de l'idolâtrie ^ qu'ils reniaient d'une horrem* sincère , ils en gardaient toutefois , malgré eux et à leur insu, de profondes et ineffaçables impressions. Les Francs avaient trop contracté , dans leur Germanie , l'habitude d'interroger l'avenir (1): les Gaulois y avaient été trop longtemps instruits parles prêtres de Rome et par leurs Druides; l'instinct de l'homme, d'ailleurs , et sa naturelle faiblesse, l'inclinent trop facilement à cette folle curiosité : ils renonçaient bien aux idoles , mais non à la divinisation et aux sortilèges. L'idée même qui leur était inspirée de la toute puissance du Dieu étemel eût fortifié en eui, plutôt qu'affaibli, cette aveugle et pernicieuse confiance. Qui leur eût persuadé l'inanité de leurs vieuic présages, et d'attendre moins du Dieu vrai qu'ils n'avaient reçu des faux dieux î

Us avaient des enchantemens, des philtres et des

(1) Anspicia sortesqae, ut qui maiimè observant (Tidto» Mores Germ., cap. 10.)

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maléfices (1); ils avaient des femmes inspirées de l'ancien esprit des pythonisses (2); ou initiées aux redoutables mystères de la magie (5). Chilpéric craignait leur puissance (4); Frédegonde leur donnait asile dans son palais (5) ; Dagobert ne repoussait point les révélations de Tastrologie; il s'élevait de ÉBiux Christs (6) et de faux apôtres (7), qui tentaient les peuples et les entraînaient. H se répandait des écrits de forme mystérieuse et surnaturelle, des lettres tombées du ciel, des admonitions portées à la terre par des anges (8). On consultait sa fortune {MUT le sort des saints; on provoquait la justice de Dieu par les épreuves ; on prophétisait les temps à venir par les visions et les songes; on avait foi aux ingnes célestes qui promettaient ou faisaient redouter la mort des rois (9). Soixante ans après la conversion de Chlovis , Childebert poursuivait encore des restes de Tidolâtrie (10) ; Garloman, après deux

(!) Grégoire de Tonrs, liv. V, VI et VII.

(S) Eodeni*

0)Bod6iii.

(4) Eodem.

(5) Eodem.

(6) < II s'en éleva plusiears dans les Gaules. > ("Grég. de Tours, Bt.X.)

(7) Didier. < Il s'égalait aux apôtres. (Idem, liv. IX.)

(8) Ut episCola pessima et falsissitna , quam Iransaclo anno iieebènt, aliqai errantes et alios in errorem mittentes , quod de cœlo cecidisset. (CapituL, ann. 789, art. 76.)

(9) Grég. de Tours, liv. IV, V, VU, IX. — Egtnhard, Vie de QMyrlemagne.

(10) Gliildeberti régis eonstitutio, circa annura 554«

cent quarante-huit ans (1) , après deux cent soixante-cinq ans, Charlemagne (2), portaient à leur tour de sévères lois contre les cérémonies païennes et les sortilèges. Il y avait eu dans Tidolàtrie, à son dernier temps, des germes abondans de christianisme; il demeura, dans les premiero siècles du christianisme, de vivaceset dangereuses racines de Fidolâtrie.

XX. Entre ces deux peuples, destinés à s'unir et à se confondre, s'agitaient, mais en s'isolant, d'assez nombreux débris delà nation juive. Venus dans les Gaules avec les armées de Rome, ils y exerçaient leur industrie de prédilection, faisant le trafic de l'argent, des joyaux et des pierreries (3). Leur culte, longtemps épargné, florissait. Ils avaient bâti des synagogues, et s'il arrivait au peuple de s'en offenser et de les détruire, ils ne craignaient point d'exiger des rois qu'elles fussent relevées aux dépens du fisc (4). Quelques-uns, à la faveur de leur industrie, s'introduisaient dans les palais de ces princes, et presque dans leur familiarité (5). On avait vu

(1) Carlomaonî priucipis. Capital. Il, anno 743, art. 4.

(2) Capital. I, Carol. MagD.^ aon. 743, art. 4.

(3) Grég de Tours, liv. VI et VU. — Exemples de Priscu» et d'Armenlaire.

(4; Idem, liv. VII in Princip.

(5) « Il yiot UD certain juif , familier avec le roi, > (Idem» IW. VI )

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