LIVRE XIII
Ghilpëric entreprendre lui-même la convei^sion de Priscus , et disputer dogmatiquement avec lui sur les vérités de la foi chrétienne (!)• Il n'était pas sans exemple que les rois eussent tenu de leur main les convertis aux fonts baptismaux (2). Mais le christianisme allait s'étendant , et le zèle religieux étouffa bientôt l'esprit de concorde et de tolérance. Les disciples de Jésus-Christ ne voulurent plus souffrir les temples de ses ennemis » ni leur présence. La multitude se précipitait tumultueusement sur les synagogues et les renversait (5). Il fallait cesser d'être juif, ou sortir des royaumes francs. La violence avait commencé par le peuples; les rois h continuèrent (4).
XXI. n n'y avait pour eux que deux intérêts et deux affections : la religion et la guerre. La vie d'ailleurs était simple et sans aucune mollesse ; mênie Aez les Gaulois , à qui les austérités du christianisme et l'appauvrissement où les réduisait la conquête faisaient perdre insensiblement jusqu'au souvenir des luxueuses voluptés de leurs premiers maîtres; chez les Francs , qui passant tout à coup
(1) Idem, eodem.
(2) Idem, liv. VI et VII.
(3) Idem, liv. VI.
(4) Le pape Grégoire-le-Grand condamna , sans hésiter^ ces penéeations. Veyez ses lettres aux évêques d'Arles , de Mar- Mil&e, de Terrackie et de CagliaH.
et presque sans intervalle , de Tignorance et du dénûment de leur barbarie à la modestie commandée de leur nouveau culte , n'avaient guère besoin d'oublier des raffinemens à peine connus. *
Pour^ leur boisson oi*dinaire, rien que la cervoise (1) , comme au temps qu'ils erraient encore dans les froides terres de la Geimanie (2) ; quelquefois le poiré; quelquefois le cidre (5); quelquefois , chez les riches, et dans leurs jours de débauche, des vins parAimés (4) , ou des vins de Palestine et de Campanie (5j ; ou bien encore une liqueur composée où se mêlaient l'absinthe, le miel et le vin (6). Aux plus somptueux festins, la chair bouillie, sans autre assaisonnement (7); celle de porc surtout, dont ils faisaient un ample et fréquent usage. La faim satisfaite, on enlevait les viandes et les tables ; mais les convives demeuraient conti^ nuant de boire et n'achevant pas de longtemps (8). Â la table des rois, quelques volailles, rares en« core, et recherchées dans les premiers temps; et, pour comble de réjouissance et de faste, le chant
(1) Disgert. de Tabbé Lebeaf sar les usages observés par les Français^ etc.
(2] Polui humor ex hordeo aat frumeoto, [in qDamdam simili* (udinem yinî corruplus. (Tacite^ Mor. Ger., cap. 23.)
(3) L'abbé Lebeaf, loc. ciL
{l) Idem, eodem.
(5) Grég. de Toars, liv. VIL
(6) Idem, liv. III.
(7) L'abbé Lébenf, loc. cîL
(8) Grég. de Toars, liv. X.