‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 24 sur 135 · LIVRE XiV (7-iS.t38)* IIS · texte numérisé non relu

LIVRE XiV (7-iS.t38)* IIS

là; maintenant ils changent de manœuvre, et attaquent Une espérance hardie leur était venue; ils avaient cru reconnaître qu'à force de courage et d'adresse, quelques-uns des leurs pourraient, pendant la chaleur du combat, pénétrer, par les escarpemens des rochers , derrière la dernière ligne des Lombards. Ils l'osèrent, et le succès justifia leur témérité. Déjà ébranlés par la principale attaque des Francs, les Lombards le fiirent bien plus de cette attaque imprévue qui redoublait leurs périls , et les surprenait sur un point où rien n'était préparé contre un ennemi qu'on n'attendait pas.

Ne sachant plus où combattre et à quels assaillans faire tète, l'incertitude d'abord, et après elle la peur les saisirent. Plus de discernement nulle part, ni de courage; partout l'irrésolution, le découragement, le désordre; chacun commandait, aucun n'était obéi. Ce fut un horrible et rapide moment de confusion. On en sortit bientôt; mais pour de honteuses et inutiles tentatives de fuite; la fuite en ce lieu n'avait point d'issue : sur les flancs, d'inaccessibles rochers, devant et derrière soi, les Francs infatigables et victorieux. On ne combattait plus, on tombait; quelque part qu'on se réfugiât, on trouvait la mort. Le carnage fut effroyable, et l'épouvante si grande qu'elle alla se répandre, en croissant encore, jusque dans les rangs de l'armée d'Âstolphe, qui rompue de lassitude, atteignait en ce moment même le périlleux défilé.

Le bruit s'y propagea aussitôt ^ et avec une rapi^

i \(i HÎSTOÎUE DES FRANCS,

dite merveilleuse, que c'était Pépin, que son armée était toute entière avec lui , qu'il n'y avait de salUt que dans une prompte retraite. Les efforts des chefs furent inutiles; ces soldats, qui n'avançaient plus tout à l'heure qu'avec tant de lenteur et de peine, retrouvent tout à coup leurs forces perdues, mais pour s'éloigner. Ils fuyent déjà, n'ayant pas encore vu d'ennemis. Mais ils en virent bientôt; car Pepîn, s'il n'arriva pas assez promptement pour déterminer en effet la victoire , vint toutefois en temps opportun pour en profiter et pour l'étendre. Trouvant le passage déjà gagné par les siens, il le franchit précipitamment sans vouloir un seul instant de repos, et, à mesure qu'il le franchissait, donnant» d'une impétuosité furieuse , sur cette armée de Lombards, qui se retirait tumultueusement épuisée de ses marches , et certaine à l'avance de sa défaite^ il la rompit presque sans combattre, ou plutôt il l'anéantit. Astolphe,à peine accompagné de quelques soldats , ne put s'arrêter qu'à Pavie.

XXIU. Pépin était sur ses traces, ne trouvant plus rien devant lui pour le retarder. A peine avait* on su sa victoire, Pavie le voyait déjà à ses portes; m'enveloppa à l'instant, et fit commencer les travaux du siège. En même temps des détachemens de ses troupes se répandaient dans les autres provinces de la Lombardie, prenaient les châteaux, saccageaient les villes, tuaient, brûlaient, ravageaient, et emportaient avec eux d'inestimables dé-

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pouilles. Astolphe détruit , et ne sachant plus quelle autre espérance embrasser, s'humilia devant son malheur, et entreprit de le désarmer par des soumissions. Il sollicita les évoques francs , afin qu'à leur tour ils sollicitassent la générosité de Pépin et la prudence d'Etienne. « Pépin voudrait-il l'entière

> ruine de ses anciens alliés? Etienne serait-il ja-

> loux que ce prince assît sa domination en Ita- 3 lie , et rétendît jusque sous les murailles de 3 Rome ?>.... Le pape consentit à intercéder, et Pépin lui-même se laissa fléchir.

Mais si Ton réussit à lui persuader d'accorder la j)aix, on ne le trouva pas, en échange, aussi facile sur les conditions. Ce qu'il avait prescrit avant la guerre, il s'en contentait encore, et ne prétendait :nen de plus. Mais il le voulait à l'instant, tout entier, sans restriction : le salut de Pavie était à ce prix; â ce prix , le trône d' Astolphe et la liberté des Lombards. Que Rome fût indépendante, et que l'exar- €îhat fût abandonné, il levait le siège aussitôt, et l'armée des Francs repassait les Alpes. Que si l'on Infusait, point de merci : Pavie, Astolphe, le peuple lombard ne seraient plus. Astolphe ne contesta point; le traité se conclut; on fît des sermons; quarante otages furent livrés à Pépin, pour lui garantir la fidélité des vaincus; on commença même l'exécution des engagemens relatifs à l'Exarchat. Narni n'eut plus de soldats lombards dans ses murs.

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