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> dût craindre; son gouvernement serait doux et in- 1 dulgent aux Romains; il n'augmenterait point les; 1 tributs; il n'exigerait point de trésors; il n'abuse-
> rait pas du droit de la guerre; une seule chose lui
> serait accordée , qui importait au salut de tous 1 comme au sien même: on remettrait le Pape en ses
> mains, de peur qu'il ne rappelât l'étranger et ne » livrât de nouveau l'Italie à ses ennemis. »
Mais les Romains, plus fidèles à Etienne que ne Tespérait le roi des Lombards, intimidés d'ailleurs tour à tour et encouragés parles soldats francs, qui les protégeaient à la fois et les commandaient, les Romains repoussèrent assez dédaigneusement ces propositions , et se préparèrent pour le siège dont ils étaient menacés.
Il fallut donc laisser l'espérance de triompher par la séduction et la peur ; l'habileté seule et la force pouvaient donner à Astolphe le succès qu'il 8 était promis. Ce prince n'y épargna pas les eflforts ; mais les Romains ne manquaient pas non plus de constance, et les Francs, qui étaient avec eux, faisaient des prodiges.
Le temps se perdait, et les Lombards avaient déjà passé de beaucoup le terme qu'ils s'étaient assigné à eux-mêmes pour cette conquête. De leur côté, les Romains calculaient avec une anxiété toujours plus vive le long délai écoulé depuis les premières attaques, et ils s'étonnaient qu'aucun message de France ne leur vint annoncer les secours promis par Pépin.
n y avait cinquante-cinq jours déjà que durait le siège; le Pape troublé, et ne sachant plus ce qu'il devait espérer ou craindre, ignorant quel succès avait eu Fulrad , incertain même s'il avait pu parvenir à la frontière de France, le Pape cherchait quelqu'autre moyen de faire savoir à son protfeo-' teur dans quelle extrémité il était. On lui vint dire que dans un havre voisin un vaisseau marchand était sur le point de faire voile. L'occasion semblait favorable; mais il fallait passer au travers des postes Lombards, et l'entreprise était hasardeuse* Un évêque franc et deux autres chefs de la même nation l'essayèrent et la menèrent à fin. Ils emportaient avec eux des lettres suppliantes du Pape : les unes qu'il adressait à Pépin ; les autres , chose digne d'attention, qu'il adressait aux évêques, aux leudes, aux ducs, aux comtes, à l'Église entière et à l'armée. Etienne n'implorait pas le roi seul : îf appelait et priait le peuple ; il sollicitait la générosité et l'esprit religieux des Francs, comme la politique et la fidélité de leur chef.
XXVI. Les Grecs cependant, étrangers jusqueslà à cette querelle, étaient sortis tout à coup de leuf inaction. Quand la nouvelle leur avait été apportée à Constantinople de l'invasion de Pépin et de ses succès, leur joie avait été grande, et la pensée leur était venue d'agir, non pour se mêler à la guerre, mais pour en réclamer et avoir les fruits. Les Francs, à leur avis , n'avaient vaincu que pour etix, et
l'exarcliat, arraché des mains des Lombards, ne pouvait être retenu ni donné par ceux qui avaient eu la peine de le conquérir. Occupé deux fois, et par deux ennemis différens, il n'en devait pas moins, d'une nécessité manifeste et impérieuse, retourner à ses anciens possesseurs, qui, n'ayant pas su le défendre, n'avaient su rien tenter non plus pour le découvrir. Quelques présens pour Pépin , des oflfres d'amitié et des flatteries, la reconnaissance, encore diffërée, du titre dont il se parait chez les Francs , n'était-ce point un assez beau prix de ses travaux et de sa victoire ?
Ils firent donc partir des ambassadeurs ; mais quand ceux-ci arrivèrent, la face des choses avait changé encore une fois : ce n'était plus Pépin, mais Astolphe qui dominait en Italie; et Rome, quoique persistant toujours dans sa résistance, semblait épuisée et près de tomber. N'y pouvant entrer que par la volonté des Lombards, ils se résignèrent à leur demander de le soufiTrir; et eux, se flattant que la présence des Grecs inspirerait de la méfiance aux Francs renfermés dans la ville , et susciterait où des embarras ou de nouvelles îrréiâolutiohs du moins à Etienne, jugèrent peu dangereux et même utile de leur laisser cette liberté.
Voilà donc que les ambassadeurs grecs sont eri présence du pape; qu'ont-ils à lui dire? De se soumettre aux Lombards ? ils n'ont garde ; de demeurer dans l'alliance des Francs? telle n'est point leur pensée. Ce qu'ils ont à lui proposer est
bien loin de là : lout ce réduit pour eux à invoquer le passé, à rappeler les droits que le droit des armes à détruits, à faire acceplcr, non les secours, mais la domination de leur empereur. Quelle espérance en pouvaient-ils concevoir? Quel appui trouverait Etienne dans celte dérisoire souveraineté? De quelle influence serait-elle sur la détermination des L(>mbards? Qui pourrait, mieux que cette imprudente infidélité, arrêter Pépin, et empêcher la délivrance de Rome? Etienne n'était pas si imprévoyant, qu'il pût se laisser aller à des conseils où était sa perte.
XXVII. Repoussés de Rome, les ambassadeurs grecs tournèrent leurs regards vers la France. Ils y voulurent aller, et partirent. Mais , pendant qu'ils naviguaient vers Marseille , le printemps était revenu; Pépin, instruit par Fulrad, avait assemblé son armée; les Francs indignés couraient vers les Alpes, et se promettaient une éclatante vengeance de l'infidélité des Lombards. Doublement trompé dans ses espérances; encore arrêté devant Rome, qui ne cédait point; encore menacé des Francs, qu'il avait cru plus lents à se résoudre et à entreprendre, Astolphe, dans cette situation périlleuse, embrassa deux résolutions : l'une de défendre avec vigueur le difficile passage des montagnes; l'autre de ne point abandonner le siège qui lui avait coûté tant de travaux; d'obliger Pépin, s'il triomphait sur les Alpes, à le venir chercher jusques aux confins
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de rilalie; de le lasser, de l'épuiser; de se ménager plus de temps et d'occasions pour le surprendre et poui* le vaincre. Les Lombards donc eurent deux armées : la première , moins forte , qui s'établit au pied des montagnes; la seconde, redoutable au moins par le nombre, et qui continua de menacer Rome.
Les Francs suivaient le même chemin que dans la précédente invasion; mais, cette fois, sachant les mesures d'Astolphe, et n'ayant point l'espérance de pénétrer avant lui au pas de Suse, au lieu d'un détachement, qui eût été accablé, ils y portèrent, du même temps , toute leur armée. Le combat fut ^de et longuement disputé; enfin, cependant, l'avantage du nombre surmontant celui de la position, fes Francs poussèrent successivement devant eux tout ce qui essaya de les arrêter, et s'ouvrirent un ^fifreux passage sur des monceaux de cadavres. Arrivés ainsi dans la Lombardie, quelle direction Vendraient-ils? Pépin avait aisément compris les desseins d'Astolphe, et il n'avait aucun désir de s'y engager. Quelle nécessité si grande pour lui d'accepter le champ qu'il plaisait à l'ennemi de choisir? Quel besoin de traverser toute l'Italie, au hasard des difficultés que pourrait rencontrer le retour? Astolphe le voulait attendre, il attendrait Astolphe lui-même; ce prince l'appelait à Rome, il l'appellerait à Pavie ; ce serait dans la capitale de son ennemi , qu'il délivrerait celle de son allié. Pépin donc , se détournant du chemin de Rome ^ prit rapide-
ment celui de Pavie, et vint mettre le siège devant cette ville.
XXYin. n commençait à peine lorsque arrivèrent, dans son camp, les ambassadeurs de Tempereur grec; car, informés à Marseille de sa noih velle entreprise sur la Lombardie, ils avaient été fort empressés de le suivre : < Roi, lui dirent-fls, nous t'apportons Famitié d'une puissante nation, et les félicitations dues à ta victoire. Constantin t'ao» corde son alliance et accepte la tienne. Il te sait gré d'avoir délivré l'Exarchat : quand as-tu résolu de le lui rendre? Tu ne le veux point retenir, trop de distance t'en sépare : tu ne le peux refiiser aux Grecs ; ce refiis te ferait encourir leur vengeance* » Mais Pépin aussi peu touché de ces flatteries que de ces menaces : < Ëtes-vous si mal avertis des choses passées, leur demanda-t*il? les Francs ooi vaincu; est-ce pour les Grecs? Us ont fait des traités ; est-ce pour les rompre ? ils ont prononcé des set* mens; est-ce pour les violer? Us ont fait don de leur conquête à saint Pierre; est-ce pour la reprendre? Les croiriez-vous moins épouvantés des légitimes ressentimens de ce saint, que des injustes reproches de votre empereur? Us n'ont disposé de rien qui ne fût à eux; ce que les Francs ont promis sera maintenu. > Pépin était trop habile pour ruiner ainsi, de ses mains, l'édifice dont les j^emiera fondemeas avaient été jetés avant lui par Chariee- Iburtsl; il arait à la £»§ trop d'ambitioa et de fté^
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Voysmce pour relever Fautorité des Grecs eu Italie ^ €t se dépouiller de celle qu'il y exerçait.
XXIX. Pavie était forte » et cependant on jugeait qu'elle serait bientôt réduite à céder. Rome, au contraire, dont la diversion de Pépin avait relevé les espérances , se défendait avec plus d'avantage encore et d'obstination. Tout concoui>ait à déconcerter les combinaisons du prince lombard : il n'obtiendrait pas la ville qu'il assiégeait; et pour peu qu'il délibérât et tardât encore, celle qu'assiégeaient les en* nemis serait dans leurs mains. 11 fallait changer; 4Buivre un plan nouveau ; agir autrement, et ne; pas perdre un seul jour. Lever le siège de Rome, mapdier vers Pavie, assaillir le camp de Pépin, tenter ime action décisive et désespérée, c'était le conseil du courage, ce n'était pas celui de la prudence. Quand les Lombards, épuisés de leurs longues marches, viendraient attaquer les positions fortifiées de leur ennemi , quel en serait le succès ? et s'ils échouaient, comme il était sage de le prévoir, fielles ne seraient pas les conséquences de cette défiàte ? Plus d'armée alors, plus de ressoiB*ces, plus d'espâi^ances, plus de royaume; Pavie tombait; la IxMQobardie était subjuguée; Astolphe n'était plus m; ritalie entière obéissait à Pépin. Les périls actuels étaient trop pressans et trop irrésistibles pour les aflBronter. Le seul conseil que ne désavouât poiat la raison était de les détourner, si lesdnfidélités anténeiires jm laissaient encore les mojom^
128 llISJOiRE DES FRANCS.
L'avenir, moins défavorable que le temps présent, ferait retrouver infailliblement des occasions qu'il serait insensé de ne pas attendre.
Astolphe donc eut recours de nouveau aux négociations et à la prière. Il en avait jugé sainement, et le moment, qui allait peutrêtre se perdre, était encore à quelques égards favorable.
Les Lombards défaits n'étaient pourtant pas entièi^ement abattus : Pavie luttait toujours, quoiqu'en cha^jncelant ; l'armée de Rome, qui n'avait rien hasardé^ n'avait éprouvé aucune perte; chaque jour pou.vaient être remis en doute les succès des Francs. Les événemens d'ailleurs n'avaient pas acq uis le degi*é de maturité nécessaire pour que Pep in aspirât à de plus importantes choses que celle ;s qu'il avait déjà étabhes. L'Italie et Rome eÙemên le n'étaient pas préparées pour la domination dû*e cte des Francs. Aussi Pépin n'opposa-t-il aux solli citations des Lombards ni trop d'inflexibilité ni trop d'exigeance : ils imploraient la paix , il l'aocord erait; ils demandaient la délivrance de la Lombard ie, il renverrait son armée au-delà des Alpes. Mais ils avaient manqué à leur foi, il la fallait repren« dre et tenir; ils avaient violé leurs promesses, il les fa liait remplir sans retardement; ils l'avaient contraint à tenter de nouveau le sort des armes, il fallait qu'ils le dédommageassent de ses sacrifices, et qu'il porta ssent la peine de leur orgueilleuse témérité.
Ail isi le traité de Pavie s'exécuterait ; Rome serait lil ire ; Ravenne et l'Exarchat seraient à Etienne;