‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 4 sur 135 · LIVRE XIII. rt · texte numérisé non relu

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reculer dans une autre contrée ^ pour les Francs , dans un autre temps, pour les anciens maîtres des Gaules ; et avec cela on eût peut-être donné quelque image des vieux Gaulois et des Francs de la Germanie; on n'eût pas reproduit les Gallo-Francs.

V. Maintenant tout change ; l'empire a duré, les races se sont unies, les inclinations et les croyances se sont combinées et renouvelées; les Francs n'ont plus seulement les habitudes de la guerre , et les Gaulois qui les avaient perdues, les ont reprises; il n'y a plus de barbares dans l'empire , ni de vaincus; la différence des lois civiles est sinon la seule, au moins la plus importante qui divise encore les habitons de la Gaule. On peut jeter un regard, même prolongé, en arrière, sans craindre qu'il enveloppe des dioses qui n'appartiennent pas à la domination des Francs. On le peut aussi, entre ces deux races de rois^ dont lune tombe, et l'autre s'élève, sans qu'on ait à craindre de rompre l'étroit enchaînement des événemens politiques ; sans qu'une interruption courte et rapide efface l'impression d'une catastrophe si mémorable.

yi. Le Jour que Chlovis triompha de Syagrius, il y avait déjà cinq cent trente-huit ans que Jules Césai-, assiégé lui-même devant Alesia, qu'il assiég^çdt, avait achevé par une merveilleuse victoire (1)

(1) Sous le troisième coosalat de Pooo^ée» Tan 53 avant Jéaos-

la ruine et l'asservissement des Gaulois. Quels progrès, mais aussi quelle dégénéralion, dans ce long espace de temps ! Les druides, premières victimes, avaient perdu tout d'abord leur juridiction civile et leur autorité politique (1). Leur culte même n'avait pas tardé à souffrir d'heureuses et profondes altérations. Auguste, Tibère , Claude tour à tour leur avaient prescrit l'abolition de ces sacrifices humains, efifroyable échange offert à leur fai'ouche Dieu Taranis, pour se racheter de sa colère (2). Le sénat de Rome s'était ouvert pour les plus illustres d'entre les Gaulois (3). D'autres, et des villes mêmes, avaient obtenu des vainqueurs le droit de cité (4).

Christ. — IIlos quorum avi , proavique... Divum Julium apod Alesiam obsederint. (Tacite, Annales, liv. II, n. 23.)

(1) Fréret, Mém. de l'Acad. des Inscript., ia-i2, t. XLI» pages 25, 26. — Uli (les Druides), rébus divinis intersunt, sacrifîcîa pu-

blica ac privata procurant, reiigiones interpretantur Ferè de

omnibus controversiispublicis privatisque conslituunt... Prsmia pœnasqueconslituunt... Si qui, aut privatus autpublicus, eorum decrelo non stetit, sacrificiis interdicunt... Quibus ita estinterdictum, ii numéro impiorum ac sceleratorùm habentur ; iis omnés decedunt; aditum eorum sermonemque defugiunt... Neqae iis pctenlibus jus redditur, nequehonos uUus communicatur.... His autem omnibus druidibus praeest unus qui summam inter eos babet aucloritatem. (César. De bell. GalL, lib. VI, n. 13.)

(2) Druidarum religionem apud Galles dîrœ immanitalis » et tanlùm civibus sub Auguste interdictam, penitus abolevit. (Saélone, Vie de Claude, 25. — Pline, liv. XXX, chap. 1.)

(3) Num pœnitet.... insignes viros a Gallia Narbonensi transivisse? Primi OEdui senatorum in urbe jus adepti sunl. (Tacite, Ann., liv. Il, n. 24, 25J

(i) Mém. de TAoad. des Inscrip., tom. XLI, p. 27. —Histoire de TAcad. des Inscrip., tom. II, p. 282.

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Des colonies latines 9 en échange, s'étaient répandues et arrêtées dans les Gaules. La langue (1), les arts (2), le luxe, les raffinemens, les lois de Rome s'y étaient rapidement établis. Ce peuple ingénieux, porté à rimitation, ardent aux choses nouvelles, curieux de Fart de bien dire, s'était aisément plié aux sciences, aux doctrines, aux mœurs polies de ses maîtres (3). Il avait tout pris ou reçu d'eux à la longue, aussi bien le caractère et l'esprit, que les lois de famille , de cité, de gouvernement. L'ardeur de la guerre s'était insensiblement perdue dans cette vieille et absolue dépendance (4). Ce n'étaient plus

(1) Qain etiam , per interprelem loquî cogebant , non in urbe tantam nostra, sed etiam in Gracia et Asia , quo scilicet latinœ Tocis honos per omnes gentes venerabiliter diffuuderetur. (Val. Max, lib. If.) Ut imperiosa civitas non solam jagum , verum eUam lingaam saam^domitis gentibus imperaret. (Saint Augus- On, De Civit., liv. XIX, ch. 7.)

C2) Pline ne connaissait point , de son temps » d'artistes supérieurs à ceux des Gaulois pour la sculpture , et les Romains les employèrent pour la fabrication du célèbre colosse qui , destiné d'abordé représenter Néron, fut consacré depuis au soleil. (Pline, Wsi. nat.» liv. III, cbap. 4. >- Acad. des Inscript. , Hist. , tom. n, p. 283.)

(3) Ingénia Britannorum studiU Gallorum anteferre. (tacite, Vicd'Agricola, 21.)

(i^Gannosco, qui... levibus navigiis prsdabundus Gallum ommiVastabat, non ignarus dites et imbelles esse. Tacit. , Ann., lÎY. II, n. 18.) Treveriet Neverii a similitudine et inertia Gallorum separentur. (Tacit., M. G. 28.) Quos nondum pax emollierit; Bam Gallo8^t|aoquelin bellis flornisse accepimus. Mox segniUa €um>tio intravit, amissa virtute pariter ac liberlate, quodBritannoram];olim yietis evenit. Gaeteri manent quales Galli fuetmU (Tacil., Yied'Agric, il.)

ces Gaulois dont Crassus estimait tant le courage (1) ; ni ceux de Vercingétorix, de Civilis, de Vfaidex; mais les Romains, changés eux-mêmes, et plus qu'eux, n'étaient plus ceux de César. Enfin, d'une obscure bourgade de la Pannonîe (2) ét^t sorti tout à coup l'éloquent et courageux apôtre des Gaules. Martin était venu, il avait prêché; la foi du Christ, jusque-là timide et cachée (5), s'était dévoilée avec éclat et avec succès. La Gaule était à la fois romaine et chrétienne (4) ; un siècle et plus avait passé depuis cette dernière transformation (5).

VIL A leur tour les Francs, toujours Germains, presque Romains, pas encore chrétiens, bien qu'il leur restât d'abondantes marques de leur première barbarie, en avaient cependant dépouillé déjà une bonne part. Etabhs entre les Saxons et les Allemands, entre l'Elbe et le Mein, entre le bas Rhin et la mer (6) ; voisins des Bataves, voisins des Gau-

(i) Plutarque,(vie de Grassas, 48.

(2) Sarvar sar le Raab.

(3) Grégoire de Toars, livres I et X.

f4) Ce n'étaient plus que des Homaiûs. Aussi les Francs ne leur donnaient-ils point d'autre nom. La loi salique les appelle tous Romains, indistinctement.

(5) Saint-Martin mourut en 4l 2, à Tâge de quatre» vingt-no ans^ et dans la vingt-septième année de son épiscopai. (Grégoire de Tours, Uv. I et X.)

(6) Inter Saxeaes et Alamannos gens non lam lata faam valida, apad historicos , Germanie, nime Yero Rranda fpcaUnr.

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