‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 30 sur 135 · XLII. Ainsi repoussé, Waifre vit enfin jusqu'où · texte numérisé non relu

XLII. Ainsi repoussé, Waifre vit enfin jusqu'où

allaient les vues de son implacable ennemi, et qu'il

n'y avait plus désormais pour lui que l'épée , le

^«iups qui change, la fortune qui relève ou abat

$msi qu'il lui plaît. U prit aussitôt une résolution

Imsardeuse et désespérée : ses villes fortifiées étaient

eo grand nombre; il y fallait disperser beaucoup

de soldats, et son armée, asse^ faible, en était en*

pore affaiblie. Pépin, d'ailleurs, à qui le nombre et

la supériorité de ses machines donnsdentun infailli-

Ue avantage dans les sièges qu'il enti'cprenait, avait

fait voir , en conservant Bourges , après l'avoir ré*

(1) Voyez la charte d'Aaloa , donnée par Gharles-le-Chauve , éb Tannée 845, et rapportée par don Yaissette^ dans son Histoire èa Ltageedoct

duite à se rendre, de quel danger il serait qu'on lui tint ainsi des places toutes munies et toutes prôtes, qui , tombant successivement dans ses mains , lui serviraient à la fois d'appui et d'asile pour pénétrer et se maintenir au cœur du pays.

Waifre donc, quelque regret qu'il y eût^e déter» mina à ruiner de ses mains les fortifications de ses plus impoitantes cités. Périgueux, Poitiers, Saintes, Limoges,et plusieurs encore virent avec étonnement crouler leurs remparts. Mais cefiitune combinaison malheureuse, et qui trompa doublement la prévoyance du duc d'Aquitaine ; car, bien loin de rien empêcher, elle rendit toute chose, au contraire, plus facile et même plus prompte. Pépin, en effet, fit tout autrement qu'on ne l'avait espéré : il marcha contre ces villes ouvertes, et y entra sans combattre, puisqu'on renonçait à lui en disputer^la possession; mais, au lieu de s'en éloigner après, comme on l'avait cru, persistant en ses premières pensées, il se maintint dans ces positions qui lui étaient nécessaires , et n'eut d'autre peine que de relever les remparts détruits. On lui avait épargné les pertes d'hommes et de temps qu'il eût fallu pour les sièges; ces dépenses de construction qu'on lui imposait en échange, ne lui parurent point un défavorable marché.

Qu'essayer maintenant et à quel expédient re^ courir? qu'attendre du sort, en cette lutte fatale, où chaque détermination devenait une faute , et chaque faute un malheur? Une bataille peut-être , si le succès en était heureux, pouvait encore, et pouvait

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seule, ranimer cette fortune accablée, qui se sentait défaillir. Mais ce serait une ressource extrême et dernière, on était perdu sans retour, si Ton succombait. On le serait, il est vrai, et tout aussi infailliblement, si Ton ne combattait pas. Au moins aurait-on eu quelque espoir de vaincre, et Ton tomberait , s'il fidlait tomber, glorieusement. Waifre ne balança plus, il fit venir de par delà la Garonne de nombreuses troupes de Gascons, soldats mal disciplinés, mais impétueux et pleins de courage. Mettant ensuite sa vie et sa fortune au hasard, il alla résolument affronter la puissance et l'habileté de son ennemi. Pépin ne lui refosa point l'occasion qu'il sollicitait; on se prépara, on se rapprocha, ces deux immenses armées se mêlèrent. Les Gascons, d'à* bord immobiles à ce premier choc, le soutinrent vertueusement, et les grandes pertes qu'ils y souffrirent forent d'irrécusables témoignages de leur constance. Mais, rompus enfin et mal exercés à se rallier, quand le succès ne répondait pas tout d'abord à leur confiance, ils s'éloignèrent du champ de bataille et bientôt se mirent en fuite. La nuit , qui protégea leur retraite, favorisa aussi le malheureux duc d'Aquitaine, et lui aida à tromper la poursuite de ceux que Pépin avait envoyés sûr ses traces. Mandin, ce comte d'Auvergne, prisonnier des Francs, depuis l'infinctueuse défense de Clermont, s'était audacieusement dérobé à eux avant la bataille; il y allait pour la liberté et la gloire; il y trouva la gloire et la mort.

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Comme lui^ Rémisian, chose qu'on eût plus difficilement soupçonnée^ éclairé maintenant sur les projets de Pépin, et ne doutant plus qu'il ne méditât la ruine de toute sa race, honteux et désespéra de sa trahison» ne trouva pas de plus efficace moyen de la réparer, qu'une trahison nouvelle et contraire. Chargé, et pour parler plus exaclemeol, Ûétri de la confiance et des faveurs du roi franc, ainsi qu'il avait déserté le parti de son neveu, il déserta celui de son protecteur. Ce ne fut pas un médiocre se-* cours pour Waifre en cette extrémité misérable où tombaient alors ses afilnres^et rien ne contribua davantage à ranimer chez les Aquitains, dans ces. derniers temps, quelques restes de fidélité et ^ confiance* Profitant des faciUtés qu'il s'y était ménagées à la faveur du commandement exercé au nom de Pépin» Remis tan fit duBerry même le principal théâtre de ses diversions, Bourges et Limoges h virent tour à tour défier les fortes garnisons qui lei protégeaient, étendre ses courses hardies jusqu6S au pied de leurs murailles* Aucune partie du vasta territoire de ces deux villes ne réussit à se préscp ver; aucun dos châteaux dont les Francs lui avaieût naguères remis la garde- La terreur de son nom était devenue si grande, qu'assurés de ne recueillir que pour lui, les lahoureurs ne labouraient plui^ les vignerons laissaient leur vigne sans culture.

Il se passa ainsi plus d'une année, sans qtiQ son activité se lassât « ni que son industrieuse té^ mérité se démentit^ ni que le succès manquai à

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