‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 31 sur 135 · LIVRE XIV (752.768). 45T · texte numérisé non relu

LIVRE XIV (752.768). 45T

aucune de ses entreppises» Pépin qui l^avait long-* temps dédaigné, le ju^ea enfin digne d'attention, et voulut élre délivré de cet ennemi, qiie son nom, son rang, son audace rendaient déjà importun et pouvaient rendre bientôt redoutable. Mais n ne le voulait pas vaincu seulement : il le voulait mort; car Rémistan, deux fois dangereux et deux fois couj)able, avait été traître, et de plus il était aussi de la race rivale de Eudes et de Çharibert. Il envoya contre lui comme une armée de comtes; Béranger, Childerad, Hermenald, Ghislar, Chunibert, une foule d'autres. Leurs instructicms fiirent de l'attirer, de l'attendre, de Fenvelopper, de l'anéantir, qu'il ne restât plus vestige de Itd. On eût mal aisément réussi, par la force ouverte, contre un ennemi si souple, et si prompt; mais par la patience et la ruse, on triompha de cet esprit attentif, mais entreprenant. Surpris à la fin, peutêtre trahi, Rémistan, pour comble de misère, tomba vivant au pouvoir des comtes. Ils ramenèrent tout aussitôt à Pépin, et l'inexorable roi, fié-* trissant cette race pour mieux l'accabler, mêlant jusques dans le choix de ses vengeances d'odieux calculs d'ambition et de politique, ordonna que le fils de Eudes et de Chlovis mourût de l'infôme sup-» plice des esclaves ; il le fit pendre.

XLin. Mais en même temps que ces comtes allaient à la recherche de leur proie. Pépin lui-même, plus attaché que jamais à sa principale entrepiiM^

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se metiait en marelie avec une armée nombreuse, et t'en allait réaliser l'attaque éloignée que prévoyait déjà le duc d'Aquitaine, au temps de Texpédition malheureuse où le comte Mancion succomba» Réunis sous la protection de la forte cité de Narbonne, les Francs passèrent bientôt la frontière, et continuant jusqu'à Toulouse, ils commencèrent aussitôt ce siège important. Il en fut de Toulouse comme il en avait été autrefois de Bourges, et auparavant, de Clermont. Toulouse essaya bien quelque résistance, mais aucun secours ne venant, elle se soumît. Après elle, ce Ait Alby et son territoire; après Âlby, tout le territoire du Gévaudan. Pépin alors s'arrêta, et permit quelques mois de repos à son armée. Reprenant ensuite, et donnant une direction nouvelle à son invasion, au lieu de Narbonne, ce fut par Orléans qu'il s'achemina. Bientôt il eut laissé derrière lui la Loire, et bientôt, la Ga« ronne. C'était Âgen, cette fois, qui devait céder à ses efforts, ou leur résister. Elle n'y résista pas plus heureusement que les autres cités de l'Aquitaine, et l'effroi de sa chute eut une telle influence, que désespérant désormais de la fortune de WaifirOt les peuples de ces contrées accouraient à Tenvi pour jurer fidélité à Pépin.

Ce prince interrompit encore cependant ses travaux de guerre ; car la saison et les habitudes des Francs l'y invitaient. Il revint chercher de nouveau les bords de la Loire, en suivant les chemins d'An* gouléme et de Périgueux. Mais aitôt que le temps

fut devenu moins défavorable, il reprit les armes, et retourna précipitamment vers la Garonne, pour achever d'y recueillir les fruiti^ de ses succès antérieurs, n en arriva en effet, ce qu'il avait espéré, ce qu'il avait déjà obtenu après les derniers combats qui lui livrèrent le territoire d'Agen. Tout s'humiliait à son approche, et se soumettait; les peuples l'appelaient leur maître; les châteaux lui ouvraient leurs portes. Peiruce, Turenne, Scoraille même tombaient. Waifre fuyait cependant, cherchant dans les bois, leurs plus profondes retraites ; méconnu maintenant, abandonné , vagabond. De tant de grandeur et de tant d'espérances, il ne lui restait qu'une misérable et funeste vie. Il erra quelque temps, et se déroba sur le territoire de Périgueux dans l'impénétrable forêt de Ver. Mais bientôt Pépin vint à Saintes, et délivré des longs soucis de la guerre, il n'eut plus qu'à chercher un expédient pour se délivrer à son tour de celui qui lui en avait disputé neuf ans le succès. Le moyen qu'il prit fut la trahison; car eUe est facile contre les princes tombés, et l'adversité invite au paijure. Il acheta quelques-uns des hommes qui ne s'étaient pas encore séparés de leur bienfaiteur, et Warnston, l'un d'eux, ne fut que trop fidèle à l'infâme pacte. Pépin pouvait se faire livrer Waifre vivant; il le fit tuer (1).

(1) On a coDté très diversenentla mort de Waifre. Qael motif loaable peut engager à dissimuler ou à allérer des événemens de ceUe importance. Le troisième continuateur de Fréde-

m HtSTOmE DES FRANCS.

XLIV. Ces derniers ëvénemens n'étaient pas éxt' core accomplis, arrivèrent d'Asie des ambasèâdeurs envoyés par le calife Almanzor (1). Pépin ^ trois ans auparavant, y en avait lui-même envoyé, ils revenaient maintenant suivis de ceux du calife* Quels intérêts, si ce n'est l'ancien différent aveclef Sarrasins d'Espagne, avaient pu provoquer cette étrange négociation (2)?

Préoccupé de sa gi'ande entreprise sur Ykqidf taine. Pépin laissa tout l'hiver à Metz les ambassadeurs d'Âlmanzor. Mais sitôt que le printemps fiit venu, il alla les attendre au château de Selles, el leur fit en ce lieu une réception flatteuse.

Un peu auparavant, d'autres intérêts, d'une nap turebien différente, avaient aussi détourné pendant quelques jours l'attention de Pépin. L'empereur grec, sans se rebuter, sollicitant toujours près de lui contre lajpuissance concédée au pape, et s'obstinant à

gaire dit positivement : t Le prince Waifre fot tné par let i » à f instigation du roi, d'après ce qa'on rapporte. » Or, cel i naliste était contemporain , et il écrivait par le conseil oa p ' tôt par l'ordre de Nibelong, fils de Ghildei>rand, onde de 1 11 mérite assurément pleine créance dans leschoses déCivonblM à ce prince.

(fl) C'était, si Je ne me trompe , le calire Abougiafar^ le fondstcur de Bagdad, l'aïeul d'Aaron-al-Rascbid, lequel portait aosri le nom d' Almanzor.

(-2) Tous les Sarrasins , en quelque contrée qu'ils fussent. re« connaissaient l'autorité supérieure do calife, lequel fat élaU d'abord à Dmias, ensoileé Bagdad.

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