‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 5 sur 135 · LIVRE XIH · texte numérisé non relu

LIVRE XIH

loi8; tantôt ennemis des Romains, tantôt leurs auxiliaires et leurs amis; mêlés à leurs guerres, admis dans leurs légions^ appelés et choisis pour la garde de leurs empereurs (1); conduits tant de fois jusqu'au cœur des Gaules par leur Chlogion, leur Mërovée et leur Childéric, que n'avaient-ils point appris, dans le long temps que dura cette situation transitoire et presque commune, des arts, de la politique, de la discipline de l'Italie? Ils avaient bien encore cette impétuosité, cette humeur mobile, cette ardeur du jeu, ces habitudes d'ivresse (2), ces appétits de vengeance, cette férocité de courage qui étaient de leur race, et qu'ils avaient apportés des forêts de la Germanie; ils avaient cette effi*énée avidité de pillage d'un peuple nouveau, pauvre et guer^ rier; cette ambition de conquêtes, qu'irritaient

(Saint Jérftnie^ eité par le P. Germon J « Ils s'étendaient depais » le Mein jusqu'à TOcéap, et depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe. * (Fréret, CNi)s. sur fe nom des Mérovingieus.)

(1) Mellobandes avait été comte des domestiques et consul sons l'empereur GraUen ; Recimer/ comte des domestiques et consul spus Théodose; Mérovée, ainsi qu'il a été dil autre part» avait été adopté par Aétius : « Hune etiam Aetius in filium adoptaverat , et plurimis donis ornatum , ad imperatorem , trr ▲McmAii BT soGiRTATEM PAGEB£T, misorat. (Priscus ) — Les éerivains romains nous apprennent que les Francs étaient efi trtt" grani nombre à la cour et dans les armées d'Orient et d'Occident , et nous voyons dans Claudien que les Suèves et les Allemands ne pouvaient obtenir le même privilège, et qu'il ne leur était pas permis de joindre leurs troupes à celles de l'empereur. (Fréret, Observ^ sur le nom de Mérovingiens.)

(2) Sîcal mo» FriAMT^m 0Bt. (Grégoire de Tours, liv. 1$ chap.26.)

l'exemple des Goths et le rapide déclin de la puis* sance romaine : mais ce n'étaient déjà plus des hordes sauvages combattant tumultueusement et sans règle, se précipitant, d'une témérité forcenée, dans le péril et la mort. Leurs pères ^.yaîent appris la guerre sous Arminius ; ils rayaient apprise euxmêmes de Maximien, de Constantin, d'Ândragathe, de Castinus, de Stilicon, d'Arbogaste, d'Aëtius ; ils l'avaient apprise contre Odoacre et contre Attila. Ce n'étaient plus ces peuplades vagabondes et désordonnées, ne s'arrêtant nulle pai*t, ne reconnaissant qu'à peine leur patrie, ne possédant ni champ ni foyer. Ils avaient, et depuis longtemps, un pays, un établissement fixe , des terres assidûment cultivées, des domaines certains et auxquels im maître avait été assigné (1). Ce n'était plus cette ancienne ligue, prompte à se former, plus prompte à se rompre, où s'engageaient capricieusement de faibles tribus, puissantes en apparence par leur nombre, méprisables en efifet par ce nombre même, et par leurs rivalités (2). La ligue s'était affermie et constituée; les divisions s'étaient confondues ; les tribus étaient devenues un grand peuple; au lieu de vingt chefis égaux et jaloux, ils avaient un roi. Même ce peuple^ que plusieurs écrivains, confondant les temps, persistent à représenter encore, au moment de sa

(\) Voir la note 1, page 64, tome I de cette histoire.

(2) Vacai externe metu , genhs absuetudinb» et tum emiila«lione glori», arma in se yerterant.(Tadtei Annal. ^ lir* II » n.44.)

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dernière invasion dans les Gaules, inculte et grossier comme aux jours qu'il ëtait sorti des limites les plus reculées de la Germanie, ce peuple savait pourtant et suivait tous les usages de la vie civile, telle qu'elle était réglée au-delà des Alpes, et sur Fautre rive du Rhin (1).

VnL La guerre, il est vrai, et la politique avaient

(l)|FTanei non Gampestres ut fere pleiiqaftbarbaroraniy sed et raDaoornm politia et aliis institalis et maitîs utuntur ; his deni- 4«e l^gibns vivant, et cœteris item^ ut in conventibus faciendis,

etnuptus, medelisque eadem statuunt Et sane hi mihi, etsi

cœtora barbarie mobibus tamen yidentitr quam optimis prjediti BT MAXIMUM IN MODUM CIVILES ; mc quicquam habere quod a nobis hos faciat aliénai, praeter vestitus barbariem et vocis insatae sonum linguae. (Agathias, De bell. Goth», lib. I, cap. 4, trnd. latine.)

« Si nous considérons nos vieux Français • lesquels tons frais

> esmolas passèrent de la Germanie en la Gaule , bien qu'ils

> n'eussent occasion d'estre de telle trempe que leurs succès* «seurs, au moyen des perpétuelles guerres esquelles ils estoient •seulement nourris^ si est-ce qu'un Procope, et après luy Àga«

> tbie , qui touchèrent presque à leur aage , leur donnent » sur

> toutes aultres nations qui passèrent d'oultre Rhin » louange de » dvilité et justice. A laquelle mesmement l'un d'entre eux at- > tribne autant la cause de leurs grandes victoires, comme â

> Ums propres forces et armes , en quoi toutesfois ils furent de »lear temps uniques. Et me souvient, entr'autres lieux, qu'Aga- »thie déplorant , etc .. , est en fin finale contraint confesser... •que les François n'estoient gens agrestes, comme plusieurs na-

> tions barbares , ains civilisés et polis selon les coustumes ro - *malnes, auxquelles ils se conformoient non-seulement es nop-

^\ >ce8, festins et aultres grandes assemblées^ mais aussi en Uj > tè^e de médecine, pour la conservation et recouvrement de ' \m sauté. > (Pasquier, Recherches, Uy. I| ch« %) u.. 2

m msTomE dks francs.

précédé la religion. Plus flairés sur cd ^ int^ leBBait leur pui^aaiice , hs Francs ne Télaient pas encore sur le grand intérêt de Dieu. On eût dit que le chriBiiamsine^ arrêté à la barrière du Kbiiif hé^U î taii è 0e rép^dre au-delà. Les dieuK dêa Franes étaient toujours , comme autrelQiflT les foi*éts, let fleuves, les bêtes sauvages (1), Ils s'en faisaient de faql^stiquGs simulacres , auxquels étfiiçnt adx'^^és leurs invocations et leurs sacrifices. La vérité cependant commençait à pénéti'er parmi eu^. L'exemple de rilâlie et des Gaules les ébranlait et les en^ traînait; il ne faudraU plus que bien peu d'efforts et de temps ; ils étaient à peine eqcore à demi-baiij^r res, ils étaient déjà à demi-cluétiettSi

IX. Mais voici que la conquête s'achève ; Chlo» vis a franchi comme d'un seul bond tout Tespace qui sépare la Loire et le Hhin. P na rétrogi'adera point, cette foii^, eommeont failles mis venus avant lui; ses Francs s'aiTêient et se font place dans ce riche pays desGaiiles (^, pùsebrise^e^up^e seule journée ^ la vieille domination des Romains. Quel sera l'effet de oe nouveau mélange de peuples? quelle est maintenant la condition des Qsl^qIs?

(1) • Ils 36 firent des images des forêts , dei tiaax, des oi- * seaux, des bMet* sauvages et d'autres objets , et s'accoutu- » mèrent à tes adorer, en leur offraut des sacrifices. * (Grégoire de Tours, Uv. L)

^) Rallias Hispaaiasque valîâisaîmiiam terrartim partem^ (ï^^

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qo*cmt"iLi aequis ou perdu à ce rapide et dangereux dmngOTttentT Qs ont perdu d'abord, au moins pour un temps et en apparence, cette sorte de participa-tion qu'Us avaient aux affaires générales de leurs provinces. On ne reverra plus parmi eux ces antiques convocations qu'avaient renouvelées ThéodoseleJeiine et Honorius (1). Il leur a fallu délaisser des terre» ; sacrifiée médiocre peut-^tre dans des con« trées si vastes, où les forêts surabondent, où d'im« mea(^es étendues sont encore incultes. On leur nn pose on cens personnel et distinct dont le vainqueur re$i/d exempt, et qui durera près de deux siècles, jusqu'à la glorieuse régence de Bathilde {^). Ils ne gai^ dent plus cet équivoque privilège ou d'exemption ou d'exdusion, qui écartait de Farmée les familles des sénateurs et des curialea, et n'y appelait que les fils des cohortes et des vétérans (5). Enfin, dans

(i) Maxiqois cinMirliuHn «t candacibUe jodicamasi al

iwrvfta po4(|ii^c, i^nis «iognlis, çoosuetadîne, congUtato tempOTttia nMitropoliUiM r M Mt ii Arelateosl arbe, iacipiaot sepfem pr^iriiiei» b^ib^Q coadlium.M^. Id per ^ptem proviociaa io pvpetanqci |aci«t cuatodiri ot., in AreUten» urbe novermt«M aimis siasvlte oonciUwiii «ste «erYandoin.,. ita at de Novempo* polania lAl^ci&ad^ AquiMnia... Si eorum jiidîces corta occupatia teonqrU, i^ol lf»g^9 juxto canauetudmom» «s&â miUQndoa... Qaqà îatarpolatiini ^ vel incuria temporum , vol desidia tyranoo*» mm reparari solita prudentiae nostrae aactoritate deceraimaji* (Edict, Bon. •! Tbto. Aufg^) ^ Qo \oU que lot £tatg provinciaQi^ aoat if^ ^i^ille origine eo France.

(2) Vita atnctffi Balttulde, eap« 7.

(8) Lib. XXVIII et XXX Ged. Theod. de OehoH^biis.r-Chi toit «a Uyts y de Gr6gelM 4e l^oitit qatrdto t» t«vp» ^ €bll-

20 HISTOiHE DES FKANCS.

le ehâtim(3nt de ces crimes, dont !a eomposition] s'estime et se tarifie en sous d'or, le prix est moindre pour eux, s'ils ont souffert les violences du] Franc ; plus élevé, si le Franc a souffert leurs vîo* lenoes {!).

Ce sont des désavantages sans doute> et d'humi* lians témoignages de dépendance- Mais, avant les Francs, ils dépendaient desPlomains^et dans Tinouïe j confusion où tombait Tem pire, cette sujétion, que ne ' compensait plus une protection efficace, était devenue plus honteuse encore et plus accablante. Les Francs leur laissaient leurs lois; ces lois subtiles^ nombreuses, diverses, quelquefois confuses, souvent profondes , qui avaient de l'attrait pour leur esprit réfléchi, et que leurs anciens oppresseurs avaient eu grand soin de leur enseigner. Ils Tgai^

pèric TtT| le ban de guerre appelait tndîflinctement tous les ha-^ lïttans des vides désignées, et de leur terriloire,

(i) Ce tarif est plus élendii daos U loî rlpuatre que daas là lai saliqae* Si le Hipuaire a tué ud FranCi deux cents sous dt composition; s'il a tué uu Bourguignou^ un Allemand , un Frison, unBavarofs, un Saxon ^ cent soixante sous ; s'il a*a tué qu'un Romaiu , cent sous seulement. Pour la mort d'un évfequej neuf e^tits lous; pour nette d'un prêtre » six cents; d*un diacre ^ cinq cinte ; d'un souB^diacre , quatre cents ; d'un clerc , de condittua Ubre, deux cents. (L. Rip., cli. .%^ art. 1, 2, 3, 4,5,6,7,

Les compositions, chose remarquable, étaïeut doubles pour les Yioltnces commises envers une famine» et simples pour 1^ vio^ leacts commises envers une vierge. (L. Âllam;» cap. ^8.) C'est qu'il y avait de plus raduHëre, daas les premî^rvsi et l'impuistaacd di répof «r le ertgie par le mariage.

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