‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 46 sur 135 · LIVRE XVI (70â-T · texte numérisé non relu

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loire des pertes sans nombre qu'ils avaient tait essuyer à leur ennemi; les Francs demeurèrent, presque consolés dans ce désastre, par Thonneur triste et pourtant réel, d'avoir recouvré et gardé leiii' camp.

^ VIL Charles , pendant ce temps , était parvenu I sur rOcker sans embarras, sans combats sérieux, sans autre événement que celui de sa marche ^ème. C'en était un grave toutefois, aux yeux de *ces peuples, qu'une attaque si audacieuse, et poussée si avant au cœur d'un état si vaste. Plusieurs fc de leurs chefs, jaloux de hâter le retour des Francs, ■le déterminèrent à tenter de nouveau leur crédu- ~ Hté avec ces v<aines promesses de soumission , ^guils accordaient et rétractaient d'ordinaire avec ne égale promptitude. De ce nombre fut Flesson, Jïii commandait aux Ostphaliens; il vint lui-même Qs le camp de Charles, et offrit le tribut , le servent de fidélîté, des otages, La guerre n'avait pas tu encore assez de durée; les pertes des Saxons avaient été trop peu importantes ; le moment n'é- Wt pas venu d'avouer d'autres exigences. L*année, tl'ailleurs, avançait; la prudence ne permettait pas de sWêter plus longtemps dans ces provinces si décidées 1 et ce n'élait pas un médiocre avantage four Charles de réduire les Ostphaliens àrînaction, ' ÛB s'assurer qu*Us n'inquiéteraient pas sa retraite. On accepta donc, et le traité fait , renonçant pour

eette fois à pénétrer plus loin dans la Saxe, on ré^ |t 18

2li mstOmEDESPRANCS.

trogi'adà des bords de lX)cker. Arrivés àBuch,d*fttt«tres soumissions , telles que Hesson venait de les &ire, furent proposées par quelques chefs des Angrivariens. Charles en fit comme des premières: il s'en 'contenta , se réjouissant, quoiqu'il en sût bien la faiblesse, d'un succès qui mettait, au moins pour un temps, de la division chez ses ennemis.

Vni. Ce fiit le moment où la nouvelle pamnt jusqu'à lu^ du malheureux combat de HudbecL Tout aussitôt il lève son camp, se remet en marche', redouble de célérité , cherche le Weser, et ne se repose qu'après avoir recueilli les glorieux restes de l'armée qui le lui gardait. Une consolation lui était pourtant réservée : quelques troupes de ces Saxons, vainqueurs des siens à Hudbeck, se rencontrèrent sur son passage, et ne voulurent ou ne purent pas Fëviter; il prit sur eux une inexorable revanche, et la faite n'en préserva qu'un bien petit nombre. Charles alors, l'hiver menaçant, reprit, sans rien essayer de plus , les chemins de la France. D revenait, chargé de butin , plus chargé de gloire, mais n'ayant fait toutefois que peu de progrès dails son dessein principal, et ne pouvant guère compter, pour tout avantage , que la possession mal assurée du fort d'Ehresbourg. Plusieurs Westphaliens cependant , plus voisins de la frontière d'Austrasie , avaient imité à la fin l'exemple donné par Hesson; mais quelle valeur avaient ces engagemens, et de quelle importance étaient-ils pour la sûneté descon«

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r^es ouvertes aux incursions d^an si irréconcilia* lie ennemi?

IX. Charles donc, quelque éclatante que fût son expédition, n'y pouvait voir qu'un commencement imparfait, que devraient suivre encore bien d'autres travaux, n est vrai que la nécessité des affaires ne kd eût pas permis d'aller au-delà, et que s'il n'obtînt pas davantage, le temps et les soins généraux ie ses royaumes y mettaient obstacle. D'autres int^ts plus pressans encore, et même plus graves, Bollicitaient déjà son activité, et le détournaient, CD dépit de lui , de ses entreprises contre les Stxons. Les conquêtes ne s'achèvent pas le jour Celles se déclarent. On a les cités et les terres , niais il y manque la possession la plus précieuse; 00 n'a pas les peuples. Il se passe souvent un long temps avant qu'on soit réellement maître des pays ^on occupe et qu'on croit tenir. Charles avait tiôncu les Lombards et leur commandait; il était ^ssant, ferme dans ses desseins, redoutable; il était roi , et n'avait pas achevé. Âdalgise , le fils de Didier, après sa retraite, ou plutôt son évasion de Yérone , avait cherché, comme on sait, un asile à Constantinople. Il ne lui avait pas été difficile d'exâer la commisération des Grecs , pour qui son fludheur était un regrettable dommage, ni d'obtenir (Tenx les assurances de coopération qu'il implorait, f La Lombardie, si l'empereur eût eu plus de résohiiioti et de prévoyance, eût pu servir, à la longue,

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el malgré elle peut être, au rétablissement de son ancienne souveraineté sur lltalie; soumise aux Francs , elle ne servait qu'à en consommer Tabolition. Rien donc de plus favorable à la politique des Grecs , que d'entretenir et de seconder les espérances d' Adalgise; ils se rétabliraient eux-mêmes, s'ils réussissaient à le rétablir. Aussi, non contons de l'accueil flatteur qu'ils lui firent, des marques d'honneur qu'ils lui prodiguèrent, du titre envié de Patiîce dont ils se hâtèrent de le revêtir, s'engagèrent-ils à lui donner une flotte , un commencement d'armée, des provisions de guerre, des sommes d'argent. Seulement, ils ne voulaient rien entreprendre, et ne consentaient à agir que pour aider à ce qui serait déjà entrepris. Us combattraient avec les Lombards contre les Francs ; ils n'attaqueraient pas les Francs unis aux Lombards. Qu'Adalgise donc se hâtât, qu'il encourageât ses amis, qu'il provoquât des soulèvemens, que la Lombardie secouât au moins la première ce joug odieux qu'elle ne devait porter qu'avec doulem*, les Grecs iraient aussitôt et ne lui feraient pas attendre les secours promis.

X. Le Frioul, province importante par son étendue, sa population, sa position reculée, était gouvernée en ce temps par le duc Rotgau. Rotgau, homme considérable, guerrier renommé, esprit résolu et ambitieux, avait trompé la pénétration du roi franc, et s'était fait livrer par ce prince le favo-

rable pays qu'il administrait. Charles avait accepté ses sermens, et s'y confiait; Rotgau, moins embarrassé de ses sermens, qu'indigné de servir un maître étranger, n'attendait qu'une occasion opportune pour rendre aux Lombards un roi de leur nation , fôt-ce Adalgise, fût-ce lui-même. Adalgise, trompé pourtant sur l'ambition de Rotgau, avait mieux démêlé que Charles , à quels intérêts il rapportait sa fidélité. Estimant d'ailleurs son activité, et se souvenant du crédit que son expérience, sa valeur, son illustration lui donnaient, ce fut de lui qu'il fit choix pour satisfaire aux exigences des Grecs. Ce prince ne s'était point abusé, et d'assez favorables succès justifièrent promptement sa prévoyance. Rotgau consentit; en peu de temps, il eut enveloppé la Lombardie dans un vaste réseau de conjuration ; les peuples se préparaient, et ne regrettaient que le retard; le gouverneur de Cluse, les ducs de Spoletie et de Bénévent s'engageaient à ce dessein et le secondaient. Le mois de mars était l'époque assignée : on surprendrait Rome , on enlèverait Âdi'ien, on proclamerait Adalgise, la flotte grecque descendrait à Ravenne ; le reste se réglerait ainsi que le conseilleraient les événemens.

XL Mais ce n'était pas le seul changement préparé, ni le seul calcul d'ambition qui menaçât l'imparfaite et récente paix de l'Italie ; d'autres prétentions plus étranges, et non moins actives que celles du prince lombard commençaient déjà à se déclarer;

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Adrien lui-même avait son compétiteur, aus&i biei que Charles, L'archevêque de Ravenne, se préva* lant de sa dignité, de Timportance et de Tapctei état du, pays dont il était le pontife, de l'appui m cret vraisemblablement, ou des Lombards ou de Grecs, prétendait que son territoire Mt, comia autrefois, indépendant de celui de Rome, et qu'u même titre et du même droit qu'Adrien, on lu laissât gouverner temporellement toutes les villes de sa juridiction épiscopale. Charles , interrogé et soUicité par cet archevêque, avait laissé voir queb* que apparence d'hésitation; balançant peut-ôtri dans son esprit prévoyant , les inconvéniens et 1er avantages de la division qu'on lui proposait; satiflfait peut-être intérieurement d'inquiéter Adrien, et ne jugeant point inutile de le rendre plus fidèle encore et plus dépendant, en lui montrant toujoun près de lui des dangers à craindre, et des obstadei à faire applanir. Enhardi bien plus que découragé par l'équivoque réponse du prince, l'archevêque l'interprétant au gré de son ambition, se maintenait fermement l'égal d'Adrien et commandait souve* rainement dans tout le territoire de l'Ëxarchal» Aucun ordre, venu de Rome, n'était reconnu; aucun tribut n'était acquitté; et lorsque le pape, fatigué d'une longue attente, envoyait ses officiers pour remettre les villes dans l'obéissance, Farchevêquô» à qui il ne suffisait pas d'un refus , les faisait oU" trageusement enlever et retenir en prison.

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