‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 47 sur 135 · LIVRE XVI (7T4.T85). «T · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (7T4.T85). «T

mi. On en était à ce point, lorsque le hasard , qui «e découvrent plus de secrets quelquefois fftu par les recherches lès plus attentives, mit inopinément Adrien sur la trace des mystérieuses ma- Httuvres qui se pratiquaient dans la Lomhardie. Hildebrand, qui commandait à Spolette, avait été soumis, comme son duché, à la dépendance du fKpe; mais, associé aux projets du duc de Frioul, Mpar l'impatience naturelle de son esprit, prenant di^à, si l'on peut ainsi dire, de premières avances mp la prochaine révolution qui se préparait, il rffoetait à son tour une inflexibilité dédaigneuse, et ne «e montrait guère plus docile que l'archevêque deRavenne. Adrien s'en inquiétant, et voulant faire tider une résistance dont il ne soupçonnait point neore les secrètes causes, s'était déterminé à faire pofûr un de ses officiers pour Spolette, lequel n'a- ♦iît d autre but et d'autre mission que de vaincre kl répugnances du duc, et de Tobliger à l'exécution de ses promesses. L'officier avait obéi; mais arrivé k%K)letto, il s'y était rencontré avec trois envoyés .bmbards , dont la présence inattendue en ce lieu fifiit surpris et préoccupé. Cet homme, esprit réliohi; pénétrant et calme, dissimula, s'enveloppa, tttendit, et sans éveiller, un seul jour, la méfiance da AnCj ni des envoyés, il prit le temps, et sut trouver les moyens de satisfaire pleinement la sienne. Brfy avait déjà plus de mystère pour lui; il con- «aimit tout : il savait que les trois Lombards

étaient des agens du gouverneur de Cluse, du duc de Bénévent, du duc de Frioul; il savait quelle importante négociation les retenait à Spolette, quelle espérance avait Adalgise, quels préparatifs faisaient les Grecs et Rotgau ; la conjuration tout entière était dans ses mains, le but, le temps, le lieu, les moyens divers, les complices.

Xni. C'était le moment où Charles revenait de son expédition contre la Saxe. Adrien n'avait garde de lui vouloir épargner des avertissemens si utiles à la sûreté de l'un et de l'autre ; sans balancer et sans différer, il lui transmit le récit des précieuses découvertes de son envoyé. Charles, quelques précises que fussent ces révélations , montra cependant moins de confiance et d'empressement que n'espérait Adrien. L'époque choisie par les conjurés lui en laissait le loisir ; le repos qu'attendait son armée, après tant de marches et de combats, l'en sollicitait; la saison, si peu favorable pour le passage des Alpes; quelques incertitudes aussi ^ et quelques soupçons qu'Adrien se troublant dans son autorité nouvelle et mal reconnue, fôt devenu crédule à force de craindre, et se fût laissé abuser par de vaines et téméraires rumeurs. Au lieu donc des rigueurs, des secours, des promptes et décisives mesui*es qu'attendait le pape, Charles ne voulant rien précipiter, et bien sûr de suffire à tous les périls, puisqu'il en était averti, ne prit d'abord d'autre précaution que d'envoyer labbc Rubigaud et

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evêque Possesseur en Italie, comme observateurs la fois, et comme négociateurs; leurs instructions aient même de négliger Rome, et de prendre directement le chemin de Spolette et de Bénévent, Charles se pcrî^uadait, si la conjuration était vérîlâble, qu'ils en détacheraient aisément les ducs de ces deux cités, ou que leur présence du moins, et les dehors bionveillans qu'ils affecteraient inspireraient aux autres chefs de la méfiance, et répandraient parmi eux de favorables germes de divi-

XIV» Les premiers rapports de ces envoyés ne répondirent pas aux doutes de Charles ; la conjuration était sérieuse: mais ils justifièrent ses autres aïeuls; les ducs révoquaient en cflet leurs engageûens, et niaient même qu'ils les eussent jamais omractés. Il est vrai, qu'outre la crainte de Char- 5, qu'ils s'étaient flattés de surprendre et qu'ils Voyaient près d'accourir, un autre événement, funeste poui^ eux et inattendu^ achevait de confondre leurs projets et leurs espérances, La nouvelle venait d'arriver que , pendant qu'il allait porter la guerre aux Bulgares , la mort avait soudainement frappé , itar sa flotte même, l'empereur grec, dont la projtection faisait toute la force d'Adalgise. D'autres af- Aions, d'autres intérêts, d*autres vues allaient [ler à Constant! nople. N'y eût-il que les incer- ^s d'un règne nouveau , il n'était plus possible îii'sà Texécution fidolo et o[>portune des vieil-

atô UlSTOlfiË DES FBAMGS.

leB promesseB; mais le changement de prince d^aik leurs les rompait La mort de Gonstantio ramak «ans retour, et ayant qu'elle commençât, Tentr^riM si laborieusement concertée du fils de IMdiw; il tombait tout à coup et profondément du haut de Mf espérances, comme son père autrefois du haut de sa fortune et de sa grandeur.

XV. Cette défection des ducs de Bénévent et de Spolette n'était donc qu'un acte de résignation et de prévoyance; elle était facile d'ailleurs, et leur coûtait peu. Ces provinces, indépendantes de la Lombardies' n'avaient ni le môme intérêt, ni la même ardeur, ni le même accord; l'esprit de ditiv gement n'y avait fait jusque-là que de timides et rares progrès; il suffisait aux ducs de s'arrêter et de s'abstenir. Mais, en Lombardie,il n'était plus temps : le mouvement , plus fovorable aux mtérets, aux passions et aux habitudes, avait été aussi plus rapide et plus étendu. On n'y avait plus le pouvoir de dissimuler et de s'interrompre ; on avait trop agi déjà, trop ouvertement et trop unanimement; la seule ressource, s'il en demeurait, était d'agir encore plus. On était en armes partout ; le Frioul s était couvert de soldats ; des villes impa» tientes devançaient le signal et se déclaraient i qofê ferait Rotgau? Adalgise allait lui manquer, il est vrai, et même les Grecs; mais manquerait*il, ainsi qu'eux, à ses associés qu'il avait séduits, à ce peik pie qu'il avait mis en péril, à sa propre fortune, à

sa gloire? Il tira Tépée» et mit généreusement au basard de la guerre le sort de la Lombardie et le sien. À défaut du roi qu'il n'attendait plus, il en eréa un; il se fit en même temps général et roi.

XVI. Mais Charles arriva, et ces illusions décevantes d'ambition , de liberté, de courage tardèrent peu à se dissiper. Les forces épuisées de la LomiMudie devaient, une dernière fois, trahir son or-> gB^l; elle ne pouvait plus soulever qu'à peine ce joug accablant qu'elle eût voulu rompre, Charles, Jo bruit de ces rébellions entendu, s'était précipité du commet des Alpes avec les plus éprouvés de Ms soldats francs; on le vit paraître, comme en îm instant, impétueux, irrité, terrible, au cœur de M provinces troublées, qui prétendaient abolir sa dwaioation. Il cherchait Rotgau; Rotgau, digne pmt-étre d'une meilleure fortune , le cherchait. Ce Mfiit plus comme au temps de Didier et d'Astolpha; ce ne fut plus derrière leurs murailles que les lombards combattirent. Une bataille se donna, kngae, à ce qu'il semble, et assez bien disputée, mais qui fut pourtant décisive, et n'en permit plus locone autre. Charles et ses Francs avaient trop (habitude de vaincre, et les Lombards, celle de Qaindre et de fuir. Ils furent vaincus; et, pour mette lô comble à leur misère, Rotgau, fiiyant à re»- (Kt et trop tard, fut enveloppé ^ atteint, renversé, tt resta vivant aux mains des vainqueurs. A ce

^up, tout s'humilia; la révolte se sentit frappée, et

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se tut; les peuples jetèrent leurs armes; les villes^ ouviîrent leurs portes : Trévise seule, où Stabîlieii ^ beau-père de Rotgau, commandait , osa essaye^ quelque résistance; mais livrée aux Francs par le^ artifices d'un prêtre italien, elle ne retarda que âe peu de jours son malheur. Charles , éclairé et autorisé par cette leçon, retira aux Lombards toùtoe qu'il leur avait laissé antérieurement de franchiw et d'autorité. Il n'y eut plus nulle part un seul cW de leur nation; nulle part que des soldats^ des comtes, des gouverneurs francs. Ils avaient voulu plu de liberté, et n'obtinrent, comme il arrive souvait, qu'une plus rigoureuse servitude. Charles , toute!' fois, montra de la modération dans cette victoire: deux exemples, l'un de munificence, l'autre de se* vérité , lui suffirent; le prêtre de Trévise fut réccHApensé par l'épiscopat; et Rotgau qui l'aVaittraU, qui avait violé son serment, qui s'était armé cofr tre lui de ses propres armes , qui n'avait pas craint de se dire roi, Rotgau attendit inutilement son pafl^ don, et paya , non sans justice et sans nécessité, de sa tête, l'inexpiable tort d'être vaincu.

XVII. n n'avait fallu que quatre mois au roi franc pour apaiser ce grand soulèvement de la Lomhardie, remettre l'Italie entière en repos, raffermir la fidélité chancelante des ducs qui l'inquiétaient, concilier les prétentions de l'archevêque de Ravenne, rassurer Adrien, étendre et confirmer sa puissance. Charles revenait, et peut-être se promet^

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