LIVRE XVI (774.7B
tait-il pour lui-même quelque portion de ce repos qu'il venait de rélablir si heureusement au-delà des Alpes; mais il n'y en avait plus que par lui, et en sa: présence : d'autres travaux déjà l'appelaient. Witikind, plus difficile à surmonter que Rotgau, n'avait pas négligé l'avantage que lui donnait son éloignement. Les Saxons, auxiliaires naturels de quiconqueétaitenguerreavecCharles,avaientpromptement ressaisi leurs armes, pour seconder en même temps les efforts de la Lombardie, et en profiter. Rassemblés en grand nombre sur le bord méridional du Weser, ils s'étaient portés d'abord, et avec une merveilleuse célérité, contre le château d'Ehresbourg, monument odieux de leurs précédentes défaites, camp redoutable et perpétuel, qui resserrait à la fois et menaçait leur frontière : ils avaient une impatiente ardeur de le recouvrer, pour leur sûreté ; de le renverser , pour leur gloire. Ceux qui le défendaient, éloignés, isolés, laissés sans secours, étonnés et faibles , s'y maintinrent pourtant quelques jours , d'une ferme et généreuse résolution. Mais que pouvaient-ils, dans leur abandon, contre une si formidable armée, dont aucun autre soin ne divisait les efforts? Ils périrent tous, accablés, disent quelques-uns , dans la dernière attaque qu'ils osèrent attendre; perfidement abusés, disent quelques autres, par les assaillans, qui avaient reçu leur soumission, et leur manquèrent de foi.
m msTomE des puancs.
XVIIL Après Ehresbourg, ce fiit Siegbourg qu'allèrent assaillir les Saxons : leur prudence les incitait à ne laisser derrière eux aucune de ces positions fortifiées d'où f ennemi pouvait si facilement les inquiéter; leur orgueil les sollicitait de ne rien laisser au pouvoir des Francs de ce que ceux-ci leur avaient eux-mêmes enlevé. Mais Siegbourg, plus considérable et plus fort, plus rapproché de FAustrasie et plus certain d'être secouru, ne devait ni se décourager aussi promptement, ni combattre non plus avec la même inégalité. Il se passa quelque temps pendant lequel , malgré la fréquence et la vivacité des attaques, aucun avantage remarquable ne laissait prévoir quel serait l'événement de ce siège. Un jour enfin, comme les Saxons, redoublant d'opiniâtreté, s'acharnaient dans un long assaut, qu'aucune perte n'avait pu leur faire suspendre, le chef des Francs, embrassant tout-à-coup une pensée hardie et désespérée, fit sortir sans bruit et par de secrètes issues, un gros détachement de sa garnison, tandis que, excitant de plus en plus l'ardeur du peu qui lui demeurait, il continuait, sans se ralentir, à repousser tout ce qui approchait des remparts. Le détachement, quittant le château pendant le tumulte de l'une des plus furieuses attaques, roussit, par un favorable hasard, à tromper l'attention des assiégcans. 11 se déroba, prit de longs détours, dépassa la ligne ennemie, revint ensuite, hâta sa marche, ou plutôt sa course, et ne tarda
UVUlîXVlCTTA-TSS); S8t
'^ëte à presser les Saxons entre le fort et lui-même* k cette vae^ au bruit des clameurs qu'ils jetaient, à Tkpproche de ce péril inconnu dont aucun avertis-* Mnent ne leur faisait soupçonner la faiblesse, les Sorons déjà rebutés n eureht qu'une idée , qu'une tarainte, qu'une vive et invincible persuasion; ils se dcfutèrent point que ce ne fût une antire armée len Franc», de nouveaux soldats venus d'Austrasie, fer secours promis et qu'attendaient si impatiemment les assiégés. Un instant suffit pour répandre arconfirmer dans tous les esprits celte funeste opilâon; un instant, pour inspirer avec elle une pro- Imde et insurmontable terreur. Ni conseil, ni autorité, ni menace, rien ne pouvait plus les désabuser, ni les retenir; ils reculèrent loin du rempart, et l'abandonnèrent; ils traversèrent leur camp,et n'eurent pKrmème la prudence de s'y arrêter. La peur, qui Vfi sait ni entendre, ni voir, confondait leur discer^ nnnent et leur pi^voyance. Ils fuyaient devant ce ftntôme d'ennemi, qui prenant courage à son tour 4b teur lâcheté, s'était mis audacieusement à leur Wlte„ comme s'il eût été nombreux en effet, formi- &We, capable de vaincre. Tant qu'il resta de jour, ibs'lBnfiiirent; tant que dura la nuit, ils continuè- Kïttr enfin, et cette aveugle impatience de sécurité (pi laâ entraînait, abrégeant pour erux les distances, Os se retrouvèrent , confus encore et épouvantés , f aux bords de la Lippe, ou Witîkind réussit cependant à les rallier.
288 UJSTOIRE DHS FRANCS.
XIX. On en apportait la nouvelle à Charles, peadant que repassant les gorges des Alpes, il retournait lentement en France, fier et heureux de son expédition et de son triomphe : glorieux triomphe en effet, et favorable surtout par sa promptitude» qui lui permettait, le premier ennemi abattu, d'aller encore et sitôt, chercher le second. Indigné de rinfidélité des Saxons, naturelle pourtant et trop facile à prévoir; mais en même temps rassuré par leur récente retraite et par le succès de la garnison de Siegbourg, il ne pressa point son retour, ni ses dér libérations. Des ordres seulement le devancèrent, pour aller prescrire la formation d'une forte armée, et sa réunion sur la rive gauche du Rhin. Charies, avant que d'agir, voulait interroger, et comme éprouver ses Leudes, afin d'être sûr qu'ils s'assocîassent à ses volontés. Worms, favorablement située pour ses desseins actuels, fut la cité qu'il choisit, où il s'arrêta, et où les grands s'assemblèrent. Quel doute avait-on, et que pouvait-on attendre de ce conseil? Il ne s'y montra ni plus d'hésitation qu'à Duren, ni plus de modération. L'injure était audacieuse et profonde; la haine des Saxons, inflexible; le danger qu'elle perpétuait, toujours redoutable. Il n'y eut qu'un vœu, ardent et terrible, mêlé de fureur et de zèle : l'extermination de ce peuple, ou sa conversion.