XX. Charles, cet assentiment obtenu, reprit aus
^tôt ses habitudes de guerre, et plus rapide encore parce qu'il avait plus attendu, il franchit d'un seul mouvement, le Rhin, la Hesse et la partie anté^ rieure de la Wesphalie. U se répandit comme lefi tente ftirieux, renversant, brisant, ruinant, et ne laissant derrière lui que la terre nue. Bientôt il eut remonté [usques aux sources de la Lippe; mais il a^elait et dia'chait inutilement Farmée Saxonne t cette armée s'était dissipée, au souffle de sa colère, plus promptement que dans les batailles, sous l'effort victorieux de ses combattans. Au lieu d'enne- Hiis, il ne vit venir que des supplians; an lieu de soldats menaçans, brandissant leurs armes, d^ant les dangers et les semant autour d'eux, il qo rencontra que des multitudes de peuple désarmées, invoquant la paix, maudissant les téméraires qui l'avaient violée, s'abalidonnant à la miséricorde des Francs. Charles fut ému, et il s'arrêta ; il ne croyait point à la sincérité de leurs paroles, et ne put toutefois se résoudre à prolonger cette vengeance sans gloire, qu'ils subissaient sans lui résister, c Qu'ils soient donc chrétiens, criart-il, s'ils ne veulent plus être ennemis ; qu'ils embrassent la loi de pardon, s'ils souhaitent que je leur pardonne; qu'ils servent le Dieu garant et vengeur des sermens, s'ils prétendent que je me fie à ceux qu'ils proposant. 3 Us s'y résignèrent : consternés et désespérés; n'ayant plus d'abri, que l'obéissance ; aucun autre moyen de tromper, que Tabjuration, ils renièrent frauduleusement leurs idoles, et, par un parjure plus 111. 19
grand, couvrant et favorisant leurs autres parjui*es, ils se soumirent tristement au glorieux nom de chrétiens. On en baptisa un grand nombre; après quoi^ et ces commencemens de conversion lui fiûsant espérer de meilleurs et plus faciles progrès, Charles satisfait, releva le fort d'Ehresbourg, eu bâtit un second aux bords de la Lippe, laissa dans ces places de nombreuses troupes pour les défen« dre, et ramena le reste au-delà du Rhin.
XXL L'hiver passa, sans événement, selon llia« bitude, et sans changemens; mais le printemps revenu à peine, Charles partit de sa maison d'Héristal, vint à Nimègue, y solennisa les saintes fêtes de Pâques, et bientôt laissa pressentir ses nouvelles résolutions, c Quelles garanties avait-il des conventions faites aux bords de la Lippe? Quelle valeur plus grande avaient les otages et les sermens actuels, que ceux d'autrefois? quels engagemens imposaient aux autres Saxons, les engagemens arrachés à ceux de la Westphalie? qu'importait à sa sûreté, le baptême, peut-être menteur, de quelques milliers d'ennemis, si le reste s'obstinait dans l'idolâtrie? quel fruit en retirerait-il, pour sa religion et pour sa gloire, s'il interrompaitl'œuvre commencée, et n'achevait pas de faire entrer cette farouche nation dans le christianisme? Le temps était opportun; il Mait poursuivre : aucun autre soin ne le détournait; il en fallait profiter : l'épouvante était encore
profonde chez ce peuple; il la fallait redoubler, et ne pas attendre qu elle s'apaisât. >
Charles donc, suivant ces pensées, réunit des troupes nombreuses, et les envoya contre la Saxe» donnant, cette fois, de peur qu'elle ne violât ses engagemens , Fexemple, pourtant excusable, de les violer. Mais non content de la guerre, il y joignit encore d'autres actes, étranges, hardis, apparemment décîsife. Cherchant les moyens d'inspirer à ces peuples, une plus juste et plus efficace opinion de sa volonté et de sa puissance, ce fut sur leurs terres mêmes et dans une de leurs villes, qu'il convoqua, cette année, l'assemblée générale des évoques et des leudes Francs; ce fiit à Paderbom, qu'il vint établir le siège momentané de sa double souveraineté sur la France et sur l'Italie, de la souveraineté nouvelle qu'il affectait déjà sur la Saxe. Voulant d'ailleurs hâter l'événement, comme ses inclinations l'y portaient, et ne laisser, ni à ses Francs aucun doute, ni aux Saxons aucune espérance, en même temps que son armée marchait et pénétrait toujours plus avant, il fit envoyer à tous les chefs ennemis, non la proposition seulement, mais l'ordre formel de venir à lui sans retard, de se réunir tous et avec empressement à Paderborn, pour y voir régler le sort à venir de leur pays, et les conditions définitives de sa dépendance. Au lieu des traités antérieurs, tous partiels et divers, c'était un traité collectif, solidaire, uniforme que prétendait leur dicter ce prince. Il n'avait que parcouru à
V» msTomE bfis francs.
peine, et non conquis leurs provinces; il en ttïait néanmoins comme d'une vraie et irrévocable conquête, refusant dédaigneusement d'excepter celles qu'il n'avait môme pas parcourues.
XXII; Depuis l'expédition de l'Oeker, et la fatale défection des Ostphaliens, de nouvelles causes de division s'étairat révélées chez ce peuple, plus profondes encore et plus dangereuses que les rivaÛtés habituelles de ses chefs : c'était, dans les contrées plus voisines des Francs, une plus grande crainte de leur oppression, mais aussi une plus grande lassitude de la guerre, dont elles portaient tout le poids; vers le nord, et dans les contrées mieux garanties par l'éloignement, c'était moins de découragement et de faiblesse, mais aussi une moindre haine des Francs, une moindre ardeur à vengerdes offenses qu'on n'y avait pas éprouvées; partout, plus d'étonnement et d'effroi de la fortune toujours croissante de Charles, un sentiment plus profond de son irrésistible supériorité, moins de confiance et d'audace, moins d'espérance de vaincre si on le tentait. On ne s'accordait plus pour la résistance même; à plus forte raison pour le lieu et pour les moyens : une seule pensée se trouva assez favorable et assez conforme à l'inclination dominante; on ne sut se concilier que pour se soumettre, on ne fut uni que pour céder.