‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 51 sur 135 · LIVRE XVI (774-788). SSf · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (774-788). SSf

Irénées et l'Ebre, après rinvasion des Arabes, se-^ nit plus libre et mieux protégé ; Charles d'ailleurs, imitateur des Romains, ainsi qu'il a eu son imita* leur, se souvenait que l'Espagne avait obéi à ce peuple, dont il méditait de renouveler la domînatioii. Mais la prudence était -elle d'accord avec Fimbition, pour cette entreprise? Âdalgise, les Grecs, les Lombards; l'Italie à peine vaincue, eneore agitée; et plus que tout cela, les Saxons menaflBS et fiers dans leur chute, défaits et non pas èunptés , si prompts au paijure et à la vengeance, dftarmésun instant parla peur, armés de nouveau M an même instant par la haine ; n'étaient-ee donc fOQ de faibles et méprisables périls? Lorsque les Fbncs auraient traversé les Gaules, et les Pyrénées, et FEbre lui-même peut-être, et qu'arrêtés èom ces pays lointains par la guerre, ils y seraient flUigés de vaincre, pour leur sûreté, si non pour Inr gloire, quelle défense auraient-ils au-delà des 41^ et du Rhin ? On consentit cependant, et l'on «nhrassa l'aventureux dessein des émirs : l'exemijk de Pépin l'emporta; ces Leudes , nourris de la pttre, pe pouvaient se résoudre, non plus que leur frinee, à laisser languir leur courage dans Foisî- Wé; la haine des Sarrazins, le zèle de la foi chré<« inme, un dédaigneux oubli des Lombards, un or- IMâleux et téméraire mépris des Saxons les excituent et les entraînaient* Ces Saxons, il est vrai, if étiient ni fidèles ni timides ; mais quelque fi'agiles que fiassent leurs promesses, celles qu'ils juraient

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en ce moment même auraient bien au moins assez de durée pour une expédition qui s'achèverait si rapidement; et si, contre toute raison et toute espérance, leurs habitudes fimestes triomphaient encore cette fois de leur intérêt et de leur sagesse, il n'y aurait pas si grand sujet de le regretter; le retour serait prompt, et rien n'empêcherait plus de consonouner leur ruine.

XXVIL On se prépara donc , mais avec lenteur; car Fimpatience de Charles n'était pas aveugle, et il savait la soumettre à tous les conseils de la prudence. L'année finit, et l'hiver passa; mais alors la saison propice arrivant , le prince alla s'établir à Chasseneuil, dans le centre même de l'Aquitaine; et de ce heu, assigné déjà pour le rassemblement de son armée, il en régla l'organisation et les mouvemens. Deux corps séparés se formèrent, qui durent suivre aussi deux directions différentes : le premier, où était le roi , entra par la Gascogne, et descendit en Navarre ; le second marcha par Narbonne, et pénétra dans le Roussillon. Les succès , quoique disputés, furent rapides pourtant, comme l'avaient promis les émirs : Pampclune , assaillie la première, résista quelques jours, et bientôt céda; Sarragosse, où se réunirent les deux armées de Charles, obéissant aux conseils de son ancien maître, retourna à lui, ouvrit ses portes aux Francs, et accepta toutes les conditions qu on lui prescrivit; Uuesca, JRcca,Barcelonnc, tomes les places et tout

le pays en deçà de l'Èbre subirent ou reçurent la loi qu'on leur apportait; les Sarrasins en gardaient, il est vrai , la possession, mais sous la protection et la dépendance d'un prince chrétien; le roi des Francs devenait leur roi.

XXYin. Rien ne manquait plus au dessein que Charles s'était proposé; car de prolonger cette guerre, et d'entreprendre Teniier renversement de la puissance arabe en Espagne , ni ses forces présentes , ni les résolutions de ses leudes, ni Fincertitude de ses anciennes conquêtes ne le permet* taient. Il s'arrêtait encore cependant, pour affermir son autorité dans la Catalogne, dans TÂrragon, dans la Navarre , et pour détruire les fortifications de Pampelune, ville mal soumise, qui fut devenue, après son retour, un dangereux foyer de rébellion. Mais, pendant ce temps , d'autres craintes trop méprisées se réalisaient; d'autres dangers qu'on avait prévus, mais bravés, éclataient, et devenaient de jour en jour plus pressans. Wilikind, l'irréconciliable Witikind était revenu ; quand il eut appris Charles hors des Gaules, ses meilleures troupes le suivant, la guerre, toujours incertaine^ engagée aux rives lointaines de l'Èbre, sortant aussitôt de sa retraite , et se monti*ant aux Saxons , il les exhorte, les prie, les presse; rappelle leur gloire flétrie, leur indépendance perdue, leurs dieux offen-^ ses; leur représente l'occasion heureuse, îrrépara-' We , infaillible ; leur promet lu vengeance, la liberté ,

soa msiomE des hiancs.

de ridiM dëpouilles^ de ùlcUbs et nombreux triompkes. Bs le eriirmt, h cette fois, et reprirait lenn woMS â?ee emi^^esseinent et foreur. La Saxe entièpe M lèye, s'ébraBle, dâ>orde: ils eourent; Eh* resboui^ succombe , Siegboarg est forcé, le fort de la Lippe est détruit, Paderborn obéit de nouveau à see {HWBiers mahres; ila continuent, passent la WMl|>baHe, traversent la Hesse, rompent et acca- Uent tout ce qui s'oppose à leur irruption ; ruinent, masaacreiit, désolent ; se rassasient de pro&nations et de rapkies, étendent et renouvellent sans fin leurs impitoyables représailles; de leur fi^ntière à Cologne, et de Cologne jusqu'à rembouchure de la Moselle, ce n'était plus qu'un désert et un champ de mort.

XXK.Ils s'arrôtèrmt pourtant sur le Rhin : que ce fot prudence ou faiblesse, impuissance, irrésolution, lassitude, ils n'aDèrent point au-delà du fleuve, et y marquèrent le terme de leurs déplorables succès. En ee même moment, marquant aussi le terme des siens , Charles, plein de sa gloire et de la confiance qu'elle autorisait, quittait enfin Pampelune, et, prenant sa route par Roncevaux, s^avançait rapidement, mais négligemment, vers ce passage fiuneux, dans les Pyrénées, dont Saint- Jean-Pied-de-Port indique et garde Fissue. Retournant en Firance à présent, et ne laissant derrière lui que des peuples amis ou sujets , il avait dédaigné les prérautions prises au commencement de

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^expédition, et menait par le même dhiemin toute mn armée. Craignant d'ailleurs d^être retardé par «en butin et par ses bagages , au lieu de les placer «a tète eu au centre, fl les confia aux demièree troupes, chargées à la fois de les protégw et de couvrir sa retraite. A la vérité, RoUan était de cette amère-^arde, Anselme, Eggiard, d'aubi^ chefe vaâkns : Eggiard, maître de la maison du roi; Ansefane,eomte du palais ; Rollan, fils de Berthe, neveu de Charles, commandant des marches de la Bretagne ; si renommé, malgré les oublis de Thislofre; si magmfiquement célâ>ré par la poésie et par les romans ; si connu et si bien loué des soldats; si longtemps invoqué dans leurs chants de fuerre {!).

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