‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 53 sur 135 · LIVRE XVI (774-78B · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (774-78B

Bientôt il reprit sa marche, parvint au Weser, et mît son camp à Medfidl. Il put s'arrêter sans désavantage en ce lieu, et n'eut pas besoin de pénétrer au-delà. La terreur de son nom remplissait la Saxe; ce nom ibrmidable reproduisait Tarmée partout, et la suppléait. Sans délibérer, sans balancer, sans attendre, les Angrivariens, et même les Ostphaliens accoururent. Désarmési désespérés, supplians, ils venaient sans rien disputer, et sans rien prétendre, demander seulement, ainsi qu'avaient fait les Westphaliens, que Charles, épargnant leur vie, décidât du reste à sa volonté. Elle en décida, et à la façon dont ils l'écoutèrent, on les eût crus non-seulement dociles, mais reconnaissans.

XXXVIIL Le temps manquait pour achever immédiatement tout ce qu'eût conseillé la prudence, tout ce qu'exigeait l'humeur téméraire et dissimulée de ces peuples , si souvent et si douloureusement éprouvée. D'autres travaux attendaient et rappelaient Charles ; il interrompit jusqu'à l'année suivante , ceux de la Saxe , et revint à Worms , où il s'arrêta tout l'hiver, pourvoyant, de ce lieu intermédiaire, à tous les besoins de son vaste empire; toujours prêt à repasser le Rhin, et à reparaître parmi les Saxons, au moindre signe de rébellion qu'ils eussent donné. Mais tout aussitôt que la saison, devenue moins rigoureuse, eût rouvert l'accès de ces âpres et difficiles contrées, assemblant ses troupes

et reprenant son dessein, il retourna, égalemen préparé à commander ou à combattre» maître oi ennemi selon le choix des Saxons. Il se porta d'abord sur Paderborn et sur Ehresbourg, remonta la Lippe jusqu'à sa source, assit son camp en ce liea, et y demeura le temps nécessaire pour mieux coiifirmer Tobéissance de la Westphalie. Descendant ensuite et changeant de direction, il alla chercher les passages du Weser, le franchit, poursuivit encore, marcha vers TOcker, et ne s'arrêta plus qu'aux bords de ce fleuve. C'était le lieu qu'il avait assigné d'avance aux Saxons le plus reculés dans le nord, pour lui apporter à leur tour leurs soumissions. Ds y vinrent tous, et subjugués par la crainte, persuadés par l'exemple, voulant fermement et queDe qu'en fût la condition, détourner d'eux la colère et la méfiance de Charles, ce prince leur ordonnant d'être chrétiens , ils étouffèrent discrètement leur indignation, et l'on eut d'eux, en témoignage de sincérité, une nouvelle et plus odieuse imposture. Ce fut à Horhcim que se célébrèrent , solennellement mais en vain, ces multitudes, non de baptêmes, mais de sacrilèges.

XXXIX. Les choses ainsi réglées sur l'Oker, les Francs partirent de nouveau, et suivirent le cours de ce fleuve , jusqu'au lieu où il se perd dans les eaux de l'Elbe. Là furent appelés les Slavons, peuple inquiet et encore puissant, dont l'Elbe bornait, de ce côté, le territoire, et que ses prétentions tou-

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jours plus hautaines, mettaient en perpétuelle dissension avec ses voisins. Charles, suzerain maintenant des Saxons, interposa sa puissance; et cette médiation, partiale pourtant et intéressée, apaisa, comme d'un mot, tous les différends. Aucune résistance n'avait inquiété les Francs dans cette longue incursion, aucun ennemi, aucune image d'armée; la Saxe se taisait, on l'eût dite accoutumée et presque dévouée à sa servitude. Witikind seul était libre ; mais il avait fui.

XL. Que pouvait de plus, le roi franc, pour la conservation de sa conquête , et quelles assurances nouvelles, l'abaissement et la patience de ce peuple lui permettaient-ils de chercher? Les prétextes manquaient à la force; les refus et les retards mêmes, au zèle de la foi religieuse : il semblait qu'il ne restât plus rien à prévoir, rien à prévenir. Libre alors, et pesant dans son esprit d'autres intérêts. Chaînes jugea le moment venu d'obvier aux sourdes agitations qui remuaient l'Italie. Adalgise à Constantinople; le duc Tassillon, en Bavière ; le duc Aragise, à Bénévent; les Grecs, en Sicile, à Naples, en Calabre, se concertaient et se préparaient. Léon IV, timide et artificieux empereur, n'était déjà plus; Irène , femme audacieuse , génie étendu , grande reine, gouvernait alors l'Orient. Ses regards se portaient avec une légitime sollicitude sur les faibles restes de l'ancienne puissance des Grecs en Italie : elle avait compris qu'ils ne pourraient être conser-

vés qu'en les étendant, et néanmoins elle balançai! entre ces deux desseins opposés , ou de désarmer Chartes par des traités équivoques, ou de rarréter, en le réduisant sans cesse à défendre ce qu'il avait déjà envahi. Adalgise n'avait eu que peu de pdne à lui persuader l'avantage qu'elle y trouverait, A elle aidait à son rétablissement , et il avait bieot^ recouvré sous l'active administration de cette princesse, toute la faveur dont il jouissait avec Constantin. Tassillon , de son côté , que sa femme Luiîberge, fidèle sœur d' Adalgise, fidèle et implacable fille de Didier, excitait; Adalgise à son totir, glie^ rier généreux, qu'excitaient à la fois sa propre »■ fcction , et Adelberge sa femme , autre sœur d| prince lombard , ne pouvaient ni lun , ni Tatitrè manquer d'accepter et de favoriser ces espérancefc Déjà même, de premiers germes de mésintelligeôci avaient éclaté entre Naples et Rome. Le pape pôésédait d'assez importans revenus dans le territoire de Naples; le gouverneur grec avait tout-à-ccraj refusé de les lui laisser recueillir. Adrien offensif chercha des compensations et des gages. Thàracine était de la dépendance des Grecs; il la fitsur^ prendre par quelques soldats, et annonça la volontfl de s'y maintenir. On négocia alors; les Grecs insistant pour la restitution de leur ville, et proposant des otages en échange pour la garantie des revenus détournés. Le pape acceptait ; mais au mo ment qu'il croyait l'afiFaire conclue, elle se concluai en effet, et tout autrement qu'il ne l'avait cru» Le

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