‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 54 sur 135 · LIVRE XVI (774-785). 3l · texte numérisé non relu

LIVRE XVI (774-785). 3l

6rec6 tout-à-coup rendant aux Romains, ruse pour nààt^ 8'étaient glissés, dans la nuit, jusque sous tes marailles de Théracîne , Favaient inopinément as- ÉiaDe, et s'y étaient rétablis. Le pape abusé, eût au nâiiis voulu les otages, au moins les revenus; il

i fiièlenait rien : les Grecs vengés triomphaient , et

'■ fiéoutaient plus.

, XLI. Telle était donc l'incertitude des affiaiires en Ibiiie, et l'inquiète irritation des esprits, lorsque Qiarles rétrogradant enfin des rives de l'Elbe, Ittssant tour-à-tour l'Oker, le Weser, la Lippe et le Mjm lui-même, sans vouloir de repos, sans s'eft»g& des distances, poursuivait vers les Alpes, les gnivissait, les franchissait, et descendait subitement ittft la Lombardie, plutôt arrivé qu'annoncé. L'ef- JkdiQ sa présence fut rapide aussi, et profond; les îl^lHBhards cessaient d'appeler un nouveau maître. :^^les passa l'hiver tout entier à Pavie, voulant rcer de plus près à l'obéissance, et les famiavec sa gloire. Il méditait des desseins qui déjà près de s'accomplir, et qui, sans reiât il est vrai, les liens étroits de leur dépen- , devaient au moins flatter et consoler leur eil.

XLU. Les fêtes de Pâques approchaient ; Charles alors de Pavic, et alla à Rome, n'avouant SDCore pour unique motif de ce voyage qu'un pieux

désir de célébrer dans la ville sainte ces grand&s solennités du christianisme. La reine Hildegard^e Vy accompagnait, et de leurs trois fils, Charles, Carloman et Louis , les deux derniers, bien jraiies encore, étaient également avec lui. Le jour de P^ ques venu, une première cérémonie se fit : le pape Adrien donna à Carloman le baptême, et changeaitt même son nom, lui imposa celui de Pépin. Mais œ n'était qu'un prélude à de plus graves et de pins importantes actions : le baptême achevé, Adrien donna aux deux princes l'onction royale, et Charief après lui, proclama Louis roi d'Aquitaine (l),6l Pépin roi de Lombardie.

L'étonnement fut universel; cet événement rf solennel et si imprévu donnait à la fois au gouv6^ nement de Charles une figure nouvelle; à sescoS" quêtes une sorte d'irrévocabilité mieux arrètéei qu'on n'attendait pas ; à son ambition, un caraetM' plus confiant et plus décidé; à sa famille, une às»^ tination fixe et anticipée, qui révélait des dangm' en les prévenant. Pour quelle cause ce bizarre changement de nom en faveur de l'un des deux princes? Charles avait un autre fils, né d'Himiltrude , plus âgé que ceux d'Hildegarde , et à qm' appartenait déjà le nom révéré de Pépin : ce

(l^ Chlovis, Louis, c'est le même nom. Ernold-le-Noir chercbe rétymologie de ce uom daus deux mots de la lant^ue tudesqae: Hiut » qui siguifie fameux , et Wig , qui veut dire Man. (Chaut 1.)

fils, contrefait à la vérité, mais beau do visage et d'une sagacité peu commune , perdait-il en même (^ps ses droits et son nom ?

L'atné des fils d'HUdegarde, le jeune Charles, 9^on ne sacrait pas (1) , et qui n'obtenait pas sa fut de royaume, était-il exclus comme cet autre Bj|Hn; ou bien n'était-il que mis en réserve pour diueurer sous l'œil de son père et des Francs, et iMecéder seulement à la Neustrie, à l' Austrasie et à » Bourgogne (2)? Lui était-il interdit, quelques mogemens que l'avenir amenât, de rien plus prélimâre jamais sur la Lombardie et sur l'Aquitaine? iWersion de ces deux pays , pour la dépendance 4recte des Francs, était-elle encore si profonde que bar docil ité fût au prix d'un gouvernement propre, et d'une séparation permanente? Charles, avançant dtttB pas, dans l'immense voie qu'il s était ouverte, HHKStituait des rois destinés à commander moins qu'à lllpâr. n imitait avec des vues plus hautes, et malllpreusement pas moins dangereuses, la politique pW rois mérovingiens ; il répétait pour ses fils ce pil»4^s princes faisaient pour les leurs, et renou- Maity pour la Lombardie et pour l'Aquitaine , ce ■HHs accordaient à l' Austrasie et à la Bourgogne.

(I) Ce prince ne fut sacré que douze ans après, dans le même hnps que son père fut proclamé empereur. (Rech. hist. sur la Ile de Charles, fils de CharlemagDe , par Bréquigoy )

(S) Scilicet œqoivoquo cessisset Francia sorte,

Saccessor tandem si valet esse patris.

(Ernoldns Nigellos, cant. l.)

àl6 il)STO)i\iR t)ËS KKANCS.

Certain de dominer sans obstacle sur ceé fais sQ bordonnés qu'il établissait, il ne se persuadait |m qu il en pût être autrement des princes qui oocape raient après lui le trône prééminent de la Fnmee. Les maires ayant disparu, il se rassurait^ et'détetfy nait ses regards de Tautre danger; il perpétndtlH partages qui ne perdaient rien de leurs indnféniens naturels, même en s'étendant; il les<soiai^ crait de nouveau, n'ayant ni la volonté peut-être, ni certainement le pouvoir de les empêcher; scm ffsiài ne devançait pas de si loin celui de son sièdè^M: ne lui imposait pas à ce point; il élevait un mB^ tueux monument de domination et de gloire, mais il ne le fondait que sur des ruines : le temps te II voir.

XLIU. Pépin donc, devenu roi des Lombaid^ alla s'établir parmi eux, avec des conseillers frafiOK une cour nombreuse, tout l'appareil et toute h splendeur de la souveraineté. Louis, à son tour, aé à Chasseneuil, pendant l'expédition de Navarre, à peine âgé de trois ans, roi néanmoins et en devant essayer déjà les devoirs, fut envoyé dans son Aqitf* , tainc, en grand appareil aussi de somptuosité et* puissance , et sous la tutelle d'Arnold , leude renommé pour sa fidélité, son habileté, sa sages» Ce fut un spectacle bizan^e à la fois et touchant^ que la marche de ce jeune prince, et qui marqM bien les naïves et guerrières mœurs de ce tempii Juaqpu'à Orléans, et tant qu'il fut encore dans lei

èlals de son père^ enfant el sujet, on le laissa voyager dans ses langes et dans son berceau; mais sitôt ^L Loire franchie, et la terre d'Aquitaine touchée, Bidut être roi, en prendre les hiihits, le cheval et les armes , et ne se montrer qu'avec les signes du commandement, à ces peuples qui allaient obéir, sinon à lui, du moins à son nom. Ce n'était guère,

k|lest vrai, qu'une représentation et un simulacre, ^ il était naturel qu'on n'en voulût rien retrancher : k plus réel avantage des Lombards et des Aquitains, dans ce changement ^ était de rester séparés ^de leurs maîtres , de former, comme autrefois, un état et un peuple a part, d'avoir encore une admî- DÎsttation et un prince à eux. Maïs rindépendaoce, ils ne l'avaient point recouvrée ; la vraie volonté et lîi sérieuse puissance siégeaient et s'exerçaient tour JOUIS hors de leur pays; Charles n'avait attribué qu'un vain titre; ces gouvernemens simulés n'ét biient que les inslrumeus dociles du sien; il régnait ^ encore, et il régnait seul (1).

(f (i) VoyiîZ 1â lettre de Charlemagne à Pépin, écrite, â ee que l«û croît, en SOT.— Peryenit ad aures nostra^, quod... Idcoqae, pifiesîme IjU^ ïtes litterâs âd iunm diJeclionem dirâïlinus, ot pàc causam iJiUgËnler ac prudeuter Inquirere facîu.^, et»...; meadare et corrîgcre studea^... AudivimoB etJam qaod..... Tu liiLeo] oogli quomodo tecupi locuti fujiniig,..^. Et Ideo admoiie* musr.., ut^.. ea nota facias , et obedrre et adimpiere prtucïpmt etc. Et dans cette teltre , Ctiat Icmagne prenaîl fartuetle^ laeat le titre de roi des Lombards : per misericordiam Dei; tex Ftiocoriim et LangoUrdomm. {Balûze-) Voyei anisi l'article 20 du partage fait en 806 : ^ Urne autem

XLIV. Le temps arrivait, qui avait été marqué par ce prince, pour son retour d'Italie. Le repos de la Lombardie et de Rome lui paraissait , pour ce temps, assez fortement garanti ; sa longue présence à Pavie, son fils donné aux Lombards , la querelle de Naples étouffée et conciliée , qu'était*il besoin de rien accorder ou tenter de plus? Il dissimula même avec Aragise, et feignit d'ignorer ses engagemens; il est vrai qu'Irène, affectant tout à coup de sacrîtier les intérêts du prince lombard, venait d'annoncer le désir d'entrer en alliance avec Charles, et qu'il y eût eu peu d'avantage alors et de prudence à dévoiler, par un éclat offensant, des projets favo-

ila disposuimud.... ut quaodio divios majestati placoerit dos luinc corporalem agere TÎtain, pot estas Dosira sit... Sicui kacie* nusfuii, ÎD regimioeatque ordioalioiie» etomni dominala regali atqae imperiali . et ol obedUnUs habeamus przdictos diledos filtos nostros» atque Deo amabilcai popolum ooslrum, cumomni suàjeciione quœ patri afiliis , ei imperaiori ac régi a sois po- IHilis exibetur. (Baluze.)

Les grands avaieut usurpé oo grand nombre de propriétés do fisc, en Aqoitaine. Il y arait déjà quinze ans que l..oak y était roi: Cbarles nèuimoins eoToya férèqoe Willebert et le coMle Mkfaard » et ce forent ces coaunissairesqai poorsoirireni la restilotion. (Voyez rAstroaome.)

Jean avait combatto arec soccès les Sarrasins. H deoMUMle ea réfo»pani!f à Loois des terres aoprés deNarbonne; Looîs les M accorde, mais il Ciol de plos one préceptioodeGttrIes, poor loi eacooinBerla possessioo. — Ut ipsom TîUare, quodJUims aosterei éeâtrmi coocedeie fccisèeaios. Nos Tcrô coocediaos eî î^ Sun TÎDareiB..- Hsc omMi coacediaos ei per nosirum éammm, «ic(l

risés chez les Grecs, et maintenant délaisses. Mais Vindtilgencc de Charles n'était jamais ni de Fimprévoyance, ni de la faiblesse : s'il se déguisait et s'il différait pour le duc de Bénéyent, dont il dédaijnait l'impuissance, il n'en pouvait être ainsi du duc de Bavière que l'étendue, la force, la situation de ses états, le voisinage et l'amitié des Saxons , m audacieuse et persévérante indocilité rendaient Ken plus important, plus dangereux, plus coupbie. 11 y avait dix-huit ans déjà qu'après avoir jaré solennellement fidélité de vassal au roi Pépin, Tusillon , quittant inopinément l'armée de ce prin- «e, avait prétendu s'affranchir de toute dépendance eide tout devoir; et depuis ce long temps aucune occasion de dommage, d'oflFense, de trahison ne «'était offerte qu'il ne la saisît. Hunoald ou Waifre, Cnlmnan, Didier, Adalgise, les Aquitains, les Aus- VÉsiens, les Saxons, les Lombards, les Grecs, IjjBdques ennemis qu'eût rencontrés Chaiies, il ihatété leur ami.On n'eut pu s'étonner que de larare litience d'un i^oi si prompt d'ordinahre à briser tout *fui s'âevait contre lui; mais le terme en était tpa, et la vengeance allait éclater. Déférant touteiàB aux supplications d'Adrien, Charles, avant de dre à de plus rigoureuses mesures, consentit yer encore si cet orgueilleux vassal ne pour-

it jpas être fléchi, et si d'imposantes et solennel- % sommations ne suffiraient pas. On convint donc le lui envoyer des ambassadeurs, qui Texhortetaient totrr % tour au nom du roi et au nom du

nu 21

pape. De la part d'Adrien, ce furent les évèqu< Formose et Damase; de la part de Charles, le dî ère Richulf, et Eberhard, le grand échanson. Tas sillon résista longtemps , moins encore par aiw gancequepar crainte; car iln'était question de neo moins que de venir, humble et docile sujet, renouveler de sa bouche les anciens sermens téméraire* ment violés , et quelques périls qu'il y eût au refiis, il en prévoyait d'autres et de plus fâcheux s'il obéi» sait. Il se laissa persuader cependant quand oneol eu la condescendance de lui accorder des otageis pour sa sûreté. Il vint à Worms, où l'atlendail Chailes ; et, déposant sa fierté, conservant sa haine, il fit sans sincérité , comme sans scrupule, toutes les promesses qu'on lui prescrivit,

XLV. Mais bientôt on eut un autre spectacle àceUe cour du roi franc, et plus fîivorable encore en apparence, et plus imprévu. Irène exécutait le dessein auquel elle s'était tout récemment attachée, el moins rassurée de jour en jour sur ses possession» d'Italie, désespérant de la guerre ou y renonçant, elle envoyait une solennelle ambassade à Charles, et le faisait fastueusement convier à son amitié. Irène, soit que sa conviction l'y portât, soit que ce fût seulement un conseil de son ambition, avrit enfin répudié l'hérésie des Iconoclastes, si fataleaii christianisme et à la puissance des Grecs. CettÉ grande cause de division ainsi écartée, les autres b préoccupaient faiblement^ et la conciliation où ell

UVBE XVI (T7 1*785), tendait ne devait plus, suivant ses combinaisons, rencontrer d'obstacle. Le tnoycn ([u'clle avait choisi était, a la vérité, décisif, Ûatteur et séduisant à l'excès pour l'orgueil de Charles, singulièrement propre àpersuadeiqu'Adalgise, délaissé des Grecs, renoncerait à ses espérances et ne susciterait plus Je conjurationsJrcne, mèrcdeConstantin Porpliy- L rogènete, sous le nom duquel elle gouvernait, oftrait làCharles défaire asseoir au trône de Constantinople Bia tille Rotrudc, l'aînée de celle qu'il avait eues (ÏHiU ■ degarde; elle proposait de donner cette princesse pour femme au jeune empereui* La pensée en étaiihabile^ et rartitîce, s'il y en avait, était profond etin^j génieux; car ce serait une garantie puissante et en ] même temps réciproque, pour Irène contre les en- Ireprîses de Chai^les sur Naples et sur la Calabre , pour Cliarles, à son tour, contre les tentatives dl* rêne sur Havennes et la LombardieXhûrles s'affermirait dans sa conquête; Irène ne craindrait plus! qu'il voulût rétendre; iltalic serait en repos. Mais Rotnide était encore en bas âge, et Constantin luimême n^avait que onze ans : serait-ce un embarras ou un avantage? serait-ce pour Charles une crainte ? éiaît-ce pour Irène une espérance? S'abusait-on mutuellemeut, et se réservait-on des deux côtés Favenir? Quelles que fassent toutefois les intentions, on ne laissa pas de conclure ; il y eut un traité, et après le traité un contrat; Rotrude fut solennellement fiancée, et un eunuque important arriva de Constantinople ponr Titistruire aux usages

m ttSTOmt DBS FhAMCS.

detalaiigne des Grecs. Charles se montrait £eH^, et il le pouvait ; si Falliance était maintenue, 4}iioi de plus heureux? Si ou la rompait» quel fiiyorable prétexte pour envahir Naples et la Calabre 7 Eki attendant il ne pourrait rien contre les Grecs; mais les Grecs , en échange, ne pourraient rien contre lui.

XLVI. Aucun autre soin n'occupait plus son esprit que la Saxe, et le danger toujours prochain, toujours menaçant, des regrets et des trahisons de ce peuple. Les Sarrasins n'avaient point thré avants^ de la désastreuse rencontre de Roncevaux; les Grecs devenaient amis ; les Lombards ne s'agitaiait plus; la Bavière s'était soumise et humiUée; partout l'inaction, la paix et l'obéissance: rien n'empochait que les Francs retournassent à leurs conquêtes du Nord. Gharies, k qui Texpérience avait enseigné que le spectacle seul de la force pouvait imposer aux Saxons, jugea utile, ({uoiqu'aucun symptôme de révolte ne se fih encore dévoilé» de leur montrer denonveau son armée, et même d'aller tenir, sur leurs terres, son grand conseil annuel de leudes et d'évéques. D alk donc, menant avec lui des troupes nombreiKes. Il passa le Rhin à Cologne, marcha vers la Lippe, remonta le fleuve» et quand il Teut suivi jusqu'à sa source, ce fut là qoll ^éi^lit et dressa son camp. Le séjour qu'il y fit eut ^ ^ duK^; car, non content de délibérer sur Féiat ^ ^is fiiniicinrffin de la Sne 9 mr In besoins et

LIVRE XVI (774^7SS)/^^B ^ intérêts de la Lombardie, de TAquî laine et Fies autres provinces de l'empire, U y voulut peser t juger encore les prétentions qu'annonçaient quel- Ptfues souverains étrangers^ et il choisit ce lieu même pour y mander leurs ambassadeurs. On rerit dans ce camp ce qui s'était déjà vu naguère à k grande convocation de Paderborn ; Charles s'appliquait à émouvoir Vimagination des Saxons, et ne dédaignait pas de les éblouir par l'éclat de sa i*enommée et de sa puissance. Il vint des envoyés du roi des Âwares, ce même peuple si longtems ennemi des Francs autrefois; il en vint même du roi des Nordmans, de ce Siegfried dont Wilikind avait épousé la fille- La prudence de Charles ne se dé- [incotii point dans ceUe occasion ; son ascendant s'y fêxerça dans toute sa force, et quand il hiî plut de ffelourner sur le Khin, tous les diftërens semblaient iplanis; les Saxons eux-mêmes aflbctaient plus de docilité et de confiance-

XL VII. Le momentn'était pas éloigné copcndajfit

oùtoules ces apparences s'évanouiraient. Au-delà de

ll'Oder, dans le territoire borné par l'Elbe et la Saale

abitait unpeuplederaceslavonnc, à qui les Francs

' avaient donné le nom corrompu de Sorabes (1). Ce

peuple, nombreux, belliqueux,jalouxetfier de salî-

^Jierte, slnquiétait des promptes conquêtes des

/j) i Une [luissanLo aatiou statonno ou weade, dêsigoée dans » \m clifoaiqucs du tcmpg sivus le bohi latinisé de SoraI>cs. *

(Malle-BroB)*-

326 filSTOlRE DES FRANCS.

Francs, et craignait qu'ils ne lui réservassent le sort des^Saxons. Irrité peut-être par des violences déjà souffertes, par des menaces déjà exprimées; peut-être excité en secret par les Nordmans, les Âwares» les Saxons eux-mêmes, il avait pris tout à coup les armes, et franchissant des deux côtés sa frontière, il s'était à la foisjetésurlaSaxeetsurla Thuringe. Charles, quand il fut informé de cette aggression, la jugea d'abord méprisable, et se contenta d'envoyer des lieutenans pour la repousser. Worad, comte du palais, Geîlon, comte des écuries, Âdalgise, chambellan du roi, reçurent Tordi'e de se hâter, d'assembler les troupes de TAustrasie supérieure, d'y joindre en passant celles qu'ils trouveraient dans la Saxe, et de refouler piomptement ces nouveaux ennemis jusqu'à l'Elbe.

XLVin. Ils partirent; mais Charles s'était abusé, et Févénement avait bien plus d'importance qu'il ne l'espéraiL Au lieu d'un ennemi, il s'en trouva deux; deux nations soulevées au lieu d'une seule. Witikind, qu'il oubliait, avait reparu ; sa voix avait ému les Saxons ; son courage avait réveillé leur courage; bien loin de s'opposer aux Sorabes, ils les imitaient. Ds avaient déjà une armée ; il leur avait suiB d'un homme et d'un jour. Etonnés, mais non effrayés, les trois chefs comprirent bientôt à quel péril ils s'exposeraient, si, trop fidèles aux premiers ordres de Charles, ils s'engageaient imprudemment

UVWî XV (774-785). 327

entre ces deux aimées, prêtes à s'unir et à les envelopper. Négligeant donc, pour un peu de tems, les SorabeS) ils s'attachèrent d'abord à Witikind, bien sûrs, cet ennemi surmonté, de dissiper facilement le second. Mais déjà le bruit du soulèvement de la Saxe s'était répandu en Austrasie, etThéodoric, qui gouvernait les provinces voisines du Wahal et de l'Océan, appelant aussitôt toutes les troupes qu'il put réunir, se mettait en marche pour porter secours aux Francs menacés.

Théodoric, soldat prévoyant, chef expérimenté et habile, avait de plus l'avantage d'être de la race de Charles; heureuse faveur du hasard, et qui redoublait son influence. Aucune action remarquable n'avait encore été essayée quand il arriva; luimême, il n'avait rencontré que de rares et faibles obstacles. Witikind, forcé de se mettre à Tabri derrière le Wcser, pour grossir et mieux préparer son armée, n'avait pu s'opposer à la jonction des deux corps de Francs. 11 campait non loin de ce fleuve, dans une position bien choisie, sur le flanc septentrional du Sonnthal. Les Francs délibérèrent, et l'attaque ayant été résolue, Théodoric dût s'arrêter à la rive gauche du Weser, pendant que les autres chefs, traversant le fleuve, tournant la montagne, iraient se placer devant les Saxons, et leur ôteraient toute espérance de retraite. Théodoric, de qui venait ce conseil, n'eut aucun désir de s'en écarter ; mais Worad et ses compagnons y furent malheureusement moins fidèles. La présomption et Fesprit

398 mSTOIAE DES KAANCS.

de rîvaDté les entraînèrent; ils craignirent que la gloire dii succès leur fût dérobée par Théodoric, et s'empressèrent témérairement, voulant eux-mêmes la lui dérober. Trouvant les Saxons déjà prêts, et rangés en bataille au front de leur camp, eux, sans préparation, sans examen, sans repos, dans toute la confusion de leur mai-che; comme si la victoire était infaillible et appartenait à celui qui s*ofl&irait le premier pour la recueillir, ils se précipitent. Witikind les reçoit sans s'émouvoir et sans s'ébranler; ils s'étonnent confondus d'une résistance qu'ils eussent crue impossible; mais i!s redoublent d'efforts cependant, et à son tour, bien loin de fléchir, Witikind s'affermit dans son immobilité. Tout ce qu'ils tentèrent échoua ; tout ce courage aveugle et désordonné, devint inutile. Bientôt il leur fallut changer de pensée, et au lieu d'assaillir, se défendre; car Witikind, qui l'avait si patiemment attendue, reconnaissant l'occasion, s'avançait déjà et la saisissait. Il les avait repoussés; c'était peu pour lui : il leur venait rendre leurs attaques. Découragés maintenant, lassés, effrayés, les Francs n'imitèrent point la feime et froide constance de leur ennemi. Attaquant, ils s'étaient crus formidables et victorieux; attaqués, ils se jugèrent vaincus : ils le furent; la faite leur resta seule presque aussitôt, douloureuse et faible ressoui*ce. Le camp de Théodoric recueillit leurs tristes débris; mais quelques chefs à peine le purent atteindre; ils étaient tous morts; Adalgisc entre autres, et Geïlon.

XLIX. Witikind triomphait, moins heureux eneore de cette rictoire que de celles où il prétendait, et qu'elle lui faisait espérer. Il lui semblait qu'il eût emporté deux avantages à la fois dans ce combat-glorieux; l'un sur les Francs, dont il avaitabattu Fo^eil; l'autre sur les siens, dont il avait rallumé Fsudeur et la confiance* Mais Charles hésitait et différait peu d'habitude; aussi peu dans les conjonctures difiSciles que dans les événemens favorables. Au premier bruit qui lui vint des fautes et de h défaite de ses lieutenans, irrité, affligé, mais phis occupé de réparer ses pertes que de les plaindre, il fit porter par toute la France son signal de guerre, et traînant avec lui une innombrable armée, 3 partit. Il ne voulait même pas que les Stoons eussent plus longtemps la témérité et la consolation de combattre; il les voulait accabler du seul Appareil, et de la crainte seule de sa puissance. Il tenait en maître, et non pas pour vaincre, mais pour diâtier.

L Ce projet vaste, et où se découvre moins d'orgueil encore que de prévoyance, eût un admirtble succès : heureux le prince, s'il ne l'avait pas souillé par l'odieux abus qu'il en fit. De faibles armées eussent entretenu la guerre , même avec des triomphes; celle-ci l'étouffaît, sans garder, ni laisser l'espoir delà faire. Elle s'avança impétueuse et irrésistible, jusqu'aux derniers confins de la

330 mSTOlRE DES HUNCS.

Westplialio : eo même temps Charles, commandani toujours, et ne craignant point qu'on desobéit, envoyait Tordre à tous les chefs Saxons, de venir vers lui pour entendre ce qu'il déciderait dVux, après leur révolte. Ils y vinrent tous, mi seul excepté; car la présence de Charles les avait plongés de nouveau dans leurs premiers découragcmens, et repentans par faiblesse, ils gémissaient maintenant de leur victoire. Witikind, encore abandomié, s'était, pour la troisième fois, condamné lui-même à 1 exil. D était fugitif et devait, comme il arrive toujours, porter tout le blâme de Tafli^ont commun ; gbcés d'épouvante, aux iH^prodies et aux menaces de Charles, tous ces autres cheis, non contens de leur défection, aeciiblèrent à leur lour Witikind absent de lem*s malédictions et de leurs reproches; ils l'accusèreni à l'envi, de leur gloire.

Charles, et Toa ne peul l'en reprendre, n'accepta |>oint cette méprisable apologie. S;uis doute il eût préféré Wiiikindj, le chef vaillant et habile ; il se fût applaudi do lui faire expier les tentatives laissées, et du même coup, de frapper en lui le seul provocateur qui l'eslàl pom* les rébellions à venir. Mais cette importante victime lui manquant, il ne s'apaisa point pour cela, et ne put consentir à se laisser frustrer de sa vengeance. 11 la prit terrible; la honte de Sonnthal, qu'il prétendait eifacer, le fut en effet, mais par une plus forte et plus i'egrett;ible honte. Ilorrem* et exécration ! ce génie puissant va fiullir; le sage roi, le généreux prince, le magna-

IJVRE XVI (774-785). 331

nimé conquérant s'abaisse des hauteurs de sa gloire; il descend où ne fài pas descendu un tyran vulgaire; il devient imprévoyant, furieux, atroce. L'ordre, Tordre lamentable est donné; Charles le permet, Charles le prescrit : quatre mille cinq cents de ces malheureux Saxons, venus avec leurs chefs à son camp, sont enveloppés, désarmés, conduits à Verden, traînés sur le rivage désolé de FAller, et le même jour, au même signal, (le pourraî-je dire?) ces quatre mille cinq cents têtes tombet et roulent. Crime insensé, détestable conseil de la plus fatale colère, fruit empoisonné de ce pernicieux traité de Paderborn , qui avait comme reconnu un abominable droit de massacre!

LI. La Saxe entière frémit et demeura dans une longue stupeur; non, toutefois, cette stupeur profonde et irréparable qui ne laisse plus ressentir les maux d'où elle provient; mais cette taciturne surprise d'un mal extrême et inattendu , cette soudaine et passagère stupéfaction , morne et farouche, qui arrête, suspend, interrompt, et bientôt par un mouvement opposé, ranime et ravive, échauffe, exalte, fortifie. Charles , encore abusé par l'image fausse qu'il s'en était faite, croyait à ce coup les Saxons réduits , et ne se les représentait plus qu'invinciblement enchaînés dans une éternelle épouvante. Il les dédaignait maintenant, et les défiait, se persuadant que c'était assez des souvenirs qu'il leur laisserait en partant, et do reffroyable exécution de

S^ HISTOmE DES FRAMCS.

Verdcn. Cen était assez, il est vrai, mais pour d'autres eSSets, et pour d'autres suites. Il partit néanmoins, vint à Thionville, et s'y arrêta tout rhiver.

Ln. Witikind n'attendait et ne demandait rien déplus :ilne manqueraitplus de soldats maintenant, ni ces soldats ne manqueraient plus à leur tour de résolution. Charles avait pris soin de leur rendre leur enthousiasme qui s'était éteint, leur persévé* rance qui s'était lassée ; il leur avait enseigné à craindre la soumission plus que la révolte. Il n'était besoin à leur chef que d'un peu de temps pour les appeler, d'un moment de sécurité poiu* les réunir. L'hiver et la retraite de Charles les lui assuraient; il en profita, fidèle et généreux enfant de la Saxe, toujours prêt aux occasions que lui réservait la fortune. Sa voix retentit des rivages de l'Elhe audelà de ceux de la Lippe; tout ce vaste pays répondit uniformément, unanimement, et on l'entendit tout entier, en un même jour, jeter un long et formidable cri de vengeance. Toutes les divisions s'étaient effacées , toutes les rivalités s'étaient assoupies; il n'y avait plus dans ces multitudes si turbulentes quelquefois et si indociles, qu'un intérêt, une passion, une volonté. La gloire et la sagesse de Charles avaient rompu par degrés ou relâché leurs anciens liens ; les meurtres de l'Aller venaient de les renouer.

UVhteXlV (774486). fôâ

Ltlt, Ce prince alors reconnut sa faute peut-^tre et la déplora ; mais qu'importaient ces inutiles retours? fiien ne se pouvait plus réparer^ si ce n'est le tort &it à sa puissance; et il n'y avait qM là guerre pour cette laborieuse réparation. De si longs efforts, de si grands combats, une conquôte si belle, tout avait été dissipé en un jour, et en une seule dation ; il fallait recommencer maintenant, et reconquérir. Charles en embrassa résolûmait le dessein, et s'y prépara. Mais pendant que préoccupé de ces soins, il assemblait, formait, mettait en mouvement aon armée, et en prescrivait la destination, une grande affliction lui était tout*à-»coup envoyée : la reine Hildegarde mourait, jeune encore, aimée de tous, pleine de grâces et des plus douces vertus. Charles la pleura, et ses regrets étaient légitimes; bientôt, cependant, il mit en sa place Fastrade, autre malheur, et qui fit sentir plus amèrement le premier. Fastrade, fille d'un comte franc, du nom de Rodolphe, femme hautaine et que sa fortune enivrait, n'eut que des ennemis, et les mérita* Pour achever et redoubler encore ces douleurs, presque au même temps mourut aussi la reine B^rtrude, la mère de Charles, Thabile et glorieuse veuve du roi Pépin.

LIV. Le roi cependant ne se relâchait ni de ses volontés, ni de ses travaux. Déjà Farmée marchait, et aussitôt que les funérailles d'Hildegarde eurent été célébrées > marchant lui-même i il kutensa fct No-

334 IIISTOIRE DES FRANCS,

selle, et se porta sur le Rhin. Ce n'était plus comme aux dernières années , quand la Westphalie tremblante lui livrait partout un chemin facile, et que la lutte épuisée, se ranimait à peine aux bords du Weser. Aucune partie de la Saxe n'était plus amie, ni soumise; à la plus prochaine frontière, était la guerre, attendant. On pénétra néanmoins « on franchit la Lippe, et Ton s'étendit jusque sur le Wehre. Mais à Dethmold, était déjà Witikind, couvrant d'une forte armée le bord méridional de cette rivière. Une victoire en pouvait seule ouvrir le passage; Charles la tenta, ne sachant ni différer, ni attendre. Le combat fut long, acharné, terrible; d'immenses pertes attestèrent le dévoûment et l'opiniâtreté des Saxons : mais quel en fut le succès? 11 fut favorable aux Francs, et considérable, si Ton recueille, sans l'approfondir, le témoignage des vieux historiens, panégyristes ardens du roi Charles; il fut indécis, ou bien chèrement acheté, si l'on examine et si Ton compare. Car les Saxons se retirèrent, il est vrai, jusqu'à la Hase, autre rivière plus reculée dans la Westphalie; mais ils s'y retrouvèrent nombreux, menaçans encore et prêts à combattre. Les Francs, de leur côté, ne suivirent point, n'avancèrent point au-delà du Wehre , et se retirèrent comme faisaient les Saxons. Ils rétrogradèrent de plusieurs lieues jusqu'à Paderborn, et i*enoncèrent à rien entreprendre de plus, tant que ne seraient pas venues les nouvelles troupes qu'ils attendaient d'Austrasie.

LH^RE XVI (774-785). 33l>

LV. Elles arrivèrent enfin, et trente jours étaient à peine passés depuis la sanglante bataille de Dethmold, que Charles franchissant le Wehre cette fois, atteignant la Hase, en livrait une seconde, en ce lieu, plus sanglante encore, et plus mémorable. Quel que fut Witikind , quels que se fussent montrés les Saxons, ils cédèrent; Charles fut plus habile encore et plus grand , et les Francs , ou plus persévérans à leur tour , ou plus courageux. La seule consolation des vaincus fut dans la durée et dans la gloire de leur résistance , dans le carnage qu'ils avaient fait même en succombant, dans le grand nombre de chefs ennemis dont la mort avait été le prix de leur défaite. Charles ne s'arrêta point après ce succès, décisif en effet, et qui lui aplanissait les obstacles; de la Hase, il courut jusqu'au Wéser, et du Wéser jusqu'à l'Elbe, marquant profondément sa trace avec du sang et des flammes , promenant partout la destruction et la mort , repoussant et renversant tout ce qui s'arrêtait devant lui , châtiant à la fin l'agression des Sorabes longtemps impunie (1).

(1) Ceci pourtaot n'est qu'une conjecture , et je ne veux pas pègliger d'en avertir .Car après avoir rapporté l'irruption des Sorabes, les chroniqueurs détournés par la grande insurrection de la Saxe , oublient complètement la première de ces deux guerres, et ne songent plus à nous dire qu'elle en fut l'issue. Mais il est bien évident que les trois lieutenans de Charles, battus i Sonnthal, pQ par«n< aU^r juiqu'iinx ^Xèbw i U ^ certain

LVL Mais ce prince, quoiqu'il eût vaincu, n'avait point soumis; il ne ^possédait de cette tenrequc la portion qu'il en occupait; quelque part qu'il fût, il y était maître ; ailleurs et hors des barrières du camp, il ne Tétait plus. Son expédition , toute glorieuse, n'était cependant que peu profitable; elle n'avait guère produit que des ravages. Quelle résolution prendre à présent? L'hiver menaçait : sortir du pays, c'était le rendre et le perdre ; persévérer, on y périssait. Forcé de choisir toutefois , on préféra, comme il^tait naturel, le moindre danger; on s'effraya des inondations, des glaces, de la &im; de l'isolement au cœur d'un pays inaccessible en cette saison; des hasards et de l'inégalité de la lutte au milieu d'une multitude irritée et inépuisable, accoutumée à se faire un jeu et comme un abri de SCS plus âpres frimats. On aima mieux, fallût-il recommencer encoi*e la conquête, que le salut de l'armée ne fut pas commis à cette douteuse fortune. On quitta l'Elbe d'abord , puis le Wéser, puis la Lippe même; on regagna l'Austrasie, n'ayant acquis ni pays, ni peuple, n'emmenant pour tant de sang

encore qae dans l'expédiUon soîYante» ce prince, (ont occopéde la Sa^e , ne s'avança point an-delà de l'Aller. Ce fot après la Lataille de la Hâae qae , pour la première fois , depois celle de Sonnlhal, les Francs parent pénétrer dans les contrées voisines de la frontière des Sorabes. Charles ne cbàtia point ce peuple antérieorenMnt , rien de mieux prouvé ; mais il en eut alors roccasion, et il est difOelle de croire qu'il Tait laissé perdre. Geta B'4iaH«t deM*poUII«in»*ia de«»i baneor.

LIVnE XVÏ(774-785). 331

et de pertes, que du butin et des prisonniers, slé-^ i^iles trophées.

LYII. L'hiver donc fut comme une trêve inviolaLle et sùrc, quoique sans accord et sans condition; mais elle (înîi, et rien ne parut changé, ni dsDs les passions, ni dans les desseins; le seul changement était dans le système de guerre. Des deux côtés on en avait pris un nouveau, L'expé- Wence avait fait connaître aux Saxons leur inévitable infériorité dans les combats réguliers et dans les grandes batailles; ils y renoncèient. Se disperm et se retirer, laisser une large voie à Tincur- Uon, mais solitaire et déserte, fatiguer, rebuter, épuiser les Francs en de longues marches toujours menacées et toujours vaines, telle était la pensée de Witikinds et son espérance : étrange ennemi, à ' qui son aversion même conseillait de fuir la ren- : L'onlre de son ennemi; guerre inouïe, qui ne def vait consister qu'à ne point combattre. De son côté le roi franc, aucune armée ne se montrant devant

tluij aucune occasion de gloire ne se rencontrant, tiayant plus d'espoir pour triompher avec des hatÂs, en chercha, comme les Saxons, tlans la lassitude. Se répandre progressivement; désoler et ananlir; à défaut des guerriers, frapper leur terre; attendre, en dctruisanl toujours et exterminant, les n3solutions qu'inspireraient enfin à ce peuple sa détresse et le désespoir, ee fut à quel terrible dessein s'arrêta l'inflexible esprit de ce prince» lii; 22

LVin. n passe le Rhin avec son ârmée^ pirend par Lippenhiem, se rejette sur la Westphalîe, s*ap- Irête à ce malheureux pays et s'y attache, étt*einl sa ][>roie9 la déchire, la met en lambeaux, en fait cornràe un vaste cadavre. Il poursuit enfin et vieiit au Wéser; mais, comme il approchait, ce fleuve déborde , ses nombreux affluens s'enflent à leul* totir, el surmontent leurs rives; c'est une barrière qui s'élève, une mer nouvelle qui couvre inopinément cette terre, pour en dispute)* aux Francs la possession. Charles s'étonne et il délibère; mais quels obstacles rebuteraient cette volonté? Il changera de moyehs , et non de pensées; l'Elbe le reverra ainsi qu'il l'avait résolu. Le jeune Charles , qui n'avait pourtant que douze ans encore, était avec lui, apprenant déjà et faisant la guerre; il se sépare de te jeune prince , et, en le quittant, lui laisse une armée. Celle-ci rétrogi*adera, et s'en ira vers la Lippe, garder Vautre frontière de la Westphalie. Lui, cependant, reculant comme elle, mais pour avancer, il se détourne, s'éloigne du Wéser, cherche la Thuringe, fmnchit ces contrées, remonte, se hâte, et tombe à revçrs sur le pays des Saxons du nord.

LIX. Ce fut encore le même spectacle qu'en Westphalie, et les mêmes fureurs; les Francs se précipitèrent comme un large fleuve de feu, se creu iBïïij au passage, un lit profond de ruines; dévonaXf poikr ainsi parler, cette terre où ils voulaient

Hti'il M restai rien qu*une il arable et elBcace épourîinte. Mais, quand ils se furent lassés à ces longues dévastations, vengés peut-être, quoique sans avantage encore et sans fruit, ils n'eurent plus d'àu- Bre pensée, ni d'autre ressource même que le retour. Ils revinrent donc; mais pendant ce temps, aux bords de la Lippe , se faisait enfin une véritable action de guerre : les Saxons , qu'encourageait , Fabsence de Charles, l'âge de son fils^ le faible ■ nombre des troupes dont ce jeune prince était en- ' touré, séduits ]>ar l'oCcasion, s'écartèrent un mo-" raetit du plan dinicile auquel ils avaient consenti» et vuirent essayer si la fortune, plus favorable, ne leur accorderait pas quelque dédommagement pour tant de souffiancesJIs se réunirent, marchèrent rapidement et avec prudence , passèrent la Lippe , remontèrent ce fleuve, et sitôt qu'ils furent en vue des Francs, donnant le signal, ils coururent- Le jeune prince ne se troubla point, et les chefs éprouvés qai le secondaient , aeureni presque qu'à l'imiter et à le suivre. Sa cavalerie était forte, pleine d*ardeur, exercée; ce fut en elle qu'il mil Tespoir du succès, et avec elle qu'il voulut combattre- Ils chargèrent i rien ne résista; ils redoublèrent, les Saxons déjà ébranlés se rompirent- Le désordre confondit leurs rangs; la peur acheva , qui ne permit plus de réparer le désordre* Ils ne combattaient plus, ils fuyaient. Le fils de Charles s'était souvenu de son père; en- ■^nt encore et victorieux, la vie s'ouvrait pour lui ■par la gloire. Toutefois^ le temps marqué arrivait f

la retraite ne tlevali plus être différée; le jeunT l>riîice, laissant à son tour les Saxons, relira sea troupes et revint à Worms,

LX* Charles ne s*était que trop fidèlement attaché à sa première résolution. Il s'était promis de suppléer aux victoires parle ravage; il avait ravagé beaucoup et longtemps. Qu'en recueillait^il cependant, et qu obtenait-il? L'opiniâtreté des Saxons ne se lassait point ; le regret de leurs perles augmentait leur acharnement; ils s'enflammaient d'une ardeur plus vive au spectacle de ces désastres et de ces fureurs, La ligue ne se rompait point; ni chef, ni tribu ne songeait à se préserver par des défeclions ; nulle soumission, même fausse et momenlanée, ne venait, comme autrefois , flatter ci désarmer l'orgueil du vainqueur. On avait entrepris et exécuté; on avait beaucoup fait, tout restait faire. Charles reconnut la vanité de ses illusions; projet qu'il avait suivi nY^taît point imprudent fioî» ni improbahle; mais il était incomplet et à Tenait par-là inutile, A quoi servait-il d'entrer sans obstacle dans un pays désolé, si des obstacles puis* sans empêchaient toiy ours de s'y maintenir? qu'importait que l'on y fût maître, une saison de Tannée, si rennemi, libre et paisible le reste du temps, recouvrait périodiquemenl la faculté de renouvel ses forces et sa résistance? Les étés lui était fu Inestes, il est vrai; mais ses longs hivers, favora 1 Hes : c'était donc^ quelque difii culte qui s'y rei

ris

Page 1