‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 56 sur 135 · I -ils de leurs dieux; par quelle faveur avaient, ces · texte numérisé non relu

I -ils de leurs dieux; par quelle faveur avaient, ces

i <iieux sourds, manifesté leur prédilection et leur

« pouvoir? que Witikind se désabusât; que ses

) Saxons se fissent chrétiens : c'était le but de la

^ guerre, ce serait le terme; la paix n'avait ni d'au-

1 très voies, ni d'autres garans ; les Francs com-

) battaient moins pour la domination que pour la

» foi. A ce prix, étaient pour les Saxons, le repos

ï et la libellé; leurs terres et la patrie même, à ce

> prix. «

LXVI. Ce n'était pas un amour insensé de Tidolâtrie qui retenait Witikind ; il s'était servi de fqbstination et de l'incrédulité passionnée de son peuple, plutôt qu'il ne les avait partagés. Une secrète inclination, au contraire, le détournait depuis longtemps de l'absurde adoration des idoles, 6( l'entraînait par degrés vers le christianisme. Les ^ons eux-mêmes , qu'ébranlaient et éclairaient k^^ malheurs, commençaient à se détacher do ces dieux qui leur coûtaient tant de sang, et qui ^intervenaient jamais pour les délivrer. On ne ilturait dire, tant ces deuxchoses semblaient liées entre elles , s'ils s'étaient obstinés plus longtemps dans l'idolâtrie par aversion delà servitude, ou dans km indépendance par attachement pour l'idolâtrie. Le plus grave obstacle n'élait déjà plus où Charles avait mis sa plus inflexible condition; Witikind, et

même les siens, se résigneraient au baptême; car il ne se préoccupait point, cet homme puissant, et ne se laissait pas enivrer de vaines et pernicieuses espérances ; ils savait bien ce qu'avaient à attendre et et ce qu'avaient à craindre les Saxons du dernier dessein où l'avait réduit la nécessité. Assez d'efforts avaient prouvé sa constance; assez de sacrifices, son dévouement, assez de succès, son habileté. Aussi loin que pouvaient aller la prudence, la fidélité, l'audace humaine, on l'y avait vu. Armé, toutefois pour l'indépendance et pour le salut de son pays, il le voulait sauvé, s'il le voulait libre. < Que Charles donc reprit l'ancienne souveraineté et les tributs d'autrefois, en quoi les Saxons se pourraient-ils croire abaissés, quand ils rentreraient dans la condition qui avait été si longtemps celle de leurs pères? Qu'ils laissassent même ces dieux incertains qui ne les entendaient pas ou les trahissaient; serait-ce une honte pour eux d'embrasser une fol nouvelle, mais victorieuse, qui couvrait le monde, et que suivaient les plus grandes et plus ingénieuses nations! Mais les dures conditions de Paderi>orn, l'esclavage capricieusement infligé aux personnes libres, les tributs imposa et non convenus, c'était ce que ne pouvaient souf* frir les Saxons, et à quoi devait renoncer le roi Charles, si le rétablissement de la paix était en effet dans sa volonté. Leur soumission , leur cooversion même n étaient point à un autre prix; cduî-là« ils sW attachaient et ne s'en relÂ-

> cheraîent point, dussent les plus extrêmes mal- » heurs éclater sur eux. »

LXVII. Charles consentit. Puisqu'ils acceptaient la loi des chrétiens, sa gloire était satisfaite, son zèle avait accompli Tœuvre salutaire qu'il se proposait. Leur foireligieuselui répondrait mieux maintenant de leur fidélité que les armes. Qu'importait le reste? Il l'abandonnait. Ainsi les Saxons furent rétablis dans leur liberté, et ils obtinrent de plus l'entière abolition des tributs nouveaux (1). Ils restaient tributaires néanmoins, et même sujets, mais au seul titre et aux seules conditions des tems antérieurs à leur première révolte. Le plus grand changement était celui de la religion, mais il était

(1) Il ne faudrait pas chercher la trace de ces faits dans le moine de Saînt-Gall, ni dans Eginhard; ils auraient craint sûrement d'affaiblir Téclat des succès militaires de Cbarlemagne* Cette trace , heureusement , se retrouve dans des actes encore plus authentiques que leurs récits. Voici ce que disent tour à tour et en termes pareils , le Prœceptum de Institutione episcopatum per Saxoniam , et le Prasceptum pro Trutmanno comité ; j'ose demander qu'on y fasse attention : < Saxones... semper indomabiles ipsique Deo et nobis tamdiu rebelles, quousque illius et nostra virtute ipsos et bellis vicimus , et ad baptismi gratiam Deo annuente^ perduximus» pristinœque libertati donatos , et omni nobis debito censu solutos pro amore illius qui nobis vietoriam contuUt, ipsi tributarioset subjug aies dévote addiximus. > De ces deux actes, le premier est daté des Ides de juillet , et le second, des calendes d'octobre de Tannée 789. On ne peut avoir le moindre doute qu'il ne s'y agisse de la dernière paciûcation, réglée en 785 avec Witikind.

âSÔ ttïSTOlRE DES FUANCâ.

immense à la vérité et comprenait tous les autres C'était maintenant que se faisait la vraie conquête les Saxons devenus chrétiens, ne trahiraient plus Witikind, réconcilié, ne les exciterait plus qu'à Tû béissance. Charles avait vu comme il se maintenar libre d'engagement dans le tems qu'il n'eût pasvoul les garder; il les garderait aujourd'hui puisqu'il ne rc fusait plus de s'y soumettre. Si d'autres désordre;s éclataient encore, chose inévitable en de telles révolutions, il y serait étranger, et son inaction suffirait pour en ôtér le péril, et en abréger la durée.

LXVIIL Quand les envoyés que Charles avait adressés à Witikind retournèrent, les réponses qu'ils apportaient furent trouvées si conciliantes^ que ce prince, déterminé à s'en contenter, n'hésita point à déclarer la guerre finie. Voulant même en donner un gage anticipé aux Saxons , en même temps qu'il envoyait vers eux le comte Amalwin, pour régler l'exécution du traité, il laissa son a^ mée et revint en France. Mais il exigeait que Witikind y vînt à son tour, comme pour donner plus d'éclat à ses soumissions. Le saxon hésitait, doutant qu'il fût sage, après tant de rébellions et de résistances, de se remettre au pouvoir d'un prince si profondément offensé. Charles excusa ses craintes, et pour les mieux apaiser, il fît livrer au chef ennemi tous les otages qu'il souhaitait d'obtenir. Witikind alors ne balança plus, et peu de tems écoulé on vit venir à Attigny ce guerrier illustre

LlVLE XV! (174-785). 35i

ui, non content de jurer au roî une fidélité sacrée pour lui et inviolable, exécutant sans rcserye toutes -Ses promesses, et donnant aux siens le plus salutaire exemple qu'ils pussent attendre ^de lui , renonça solennellement à Tidôlatrie et se dévoua à la sainte religion du Christ- Avec lui vînt aussi Abbon, l'assidu compagnon de tous ses travaux, l'ami de sa lie, l'associé de sa gloire, le plus grand après lui parmi les Saxons, Charles ne pouvait manquer d'avoir ses sermens, puisqu'il obtenait ceux de Witikind, ni Téglise chrétienne à son tour ne pouvait manquer de le voir au nombre des catéchumènes. On a dit que le roi, sentant le danger de laisser languir Witikînd sans autorité et sans honneurs, se fiant sagement et généreusement à sa foi, lui rendit ie gouvernement de TAngri- Tarie.

LXIX. Mais c'était peu du consentement des Saxons; il fallait les faire chrétiens en effet, leur prêcher la foi , leur enseigner la loi qu'ils devaient entendre afin de la suivre, fonder parmi eux rétablissement et Vexercice régulier du christianisme. Charles donc, quand les premiers temps eurent passé, et que les esprits se furent familiarisés avec Je repoiî, divisant d'iibord la Saxe en provinces, pour Tadministiation des pouvoiis civils (1), la par-

W V) Proitida omnem terram eoram anUquo romaBornm more (d prQyiQcîani r«dig«iite9,ai [Prîec^ptj de mU Ëpii£*> Pedûnui

HlSTOmE DES FRANCS, iagca bien tut en huit diocèses pour k discipiine et ^k sûreté du culte chréiïen. Il fit bâtir des égUtses (1), institua des évéques, régla leur juridîclion, 'assigna aux clercs des terres et des revenus {%) ; il [envoya même, pour leur assurer une plus efficace protection, le comte Trutmann, leude puissant et lihabile, auquel il attribua une autorité générale sur [,toutes les affaires de justice, et commit spécialement les intérêts litigieux des clercs et de leurs oglises (5).

LXX* Malheureusement ces mesui^s ne suffirent

jiQlestatem comîtîbus.-. ul tiniveriî comités pâeem ad ïrivicenj LaberestudeaaL*^ Unusquisquc come:^ iu suo mînisteriû placita cl justieias fanât',, qai de uno comtlatu ad alium coDrygianife' cerioL ( Capilulalio de partibus SaxoDia». art, 24, 29, 31 et 31) Hiiic pÈTiochïtù decem pagos subjeclmus quos etfam objeclis eoru m ântiquîs vocabulis et division ibus, ia duas rcdigimus provincias, fPrœcept. de IdsUI. Episco.) La Saxe fut irne province générale de remplre frauc , subdivisée en moindres provinces.

(l)Ecdesi£& chrisli, qus&modo construuntiir ïn Saiooia..* (Ci* pitii. de part Sax., art, 1).

(2) CoDâcnseruDt omoes ad unamquenique ecdesiam curtein et duosmansofi terrée pagenses cuiidoneut.^.Scrvuin etauciUaiu eidem eccksiœ Irîbuant*.* lit undccumque ceasus abquid aJîis^ eu m pervenerit... décima pars eoclesîis et sacerdotibiis Ttàà^' lur,*. similîter... ut amues decîmam partem sobataali«B et lalKiris suî, ecdesiis et sacerdolibus doaeiilr tam tiabiles quam 'mgtnui, simililer et liU- (CapitUp de part. Sax.,art. 13, 16 el l7 )

(3) Ut resideal ïb curte ad caropos îd mallo publico, ad uujvef* sorum causas audicndas vet recta judicta termioauda , iUqU advocaium omnium prœîbyîeroruin in (oia Siimnia agûU ( 1* rœ ce pt. p ro Trutmaano c omi le*)

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