‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 67 sur 135 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

puissance qui lui permît le succès, une armée grec- [jue pour le seconder; qu'elle Télevât à la dignité de patrice, qu'elle lui remît le duché de Naples, qu'elle envoyât Adalgise avec des vaisseaux et des troupes.

Ces conditions, que la demande de Naples rendait rigoureuses, n'arrêtèrent point le gouvernement grec; dans l'état présent de ses relations avec Charles pouvait-il négliger une si heureuse occasion, d'ôler à la fois le duc de Bénévënt à ce prince, et de l'acquérir pour lui-même. Le traité se fit, et tout se préparait pour l'exécution ; Romuald^ qu'Irène avait demandé pour otage, hâtait son départ au port de Salerne ; deux envoyés, partis deConstantinople, étaient déjà en chemin, qui portaient au ducl'épée des patrices et la robe toute brochée d'or; de graves événemens allaient commencer. Mais qiA*îlfaut peu d'efforts à la Providence pour amener, dans les affaires du monde, les plus profonds chang^mens ! Le terme arrivait, on le prévoyait, il était uiarqué, et ce temps si court, que demandait encore Arégise, il ne l'obtint pas : il n'espérait que guerre et grandeur, ce fut la mort qui lui vint. D'un lûême coup, elle frappa deux fois sa maison : il ïûourait à peine, Romuald mourut; un seul mois lut tout l'intervalle entre les deux morts.

XIV. Quelle suite auraient maintenant les projets d'Irène? C'était peu de la perte, si regrettable pourtant d' Arégise; une autre perte, égale ou plus

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grande, allaît venir apparemment après celle-là. Les peuples du Bénévent) qui n'attendaient que le jour de rentrer dans Fobéissance des Grecs, seraient infailliblement retenus dans celle de Charles. Quel successeur donnerait ce prince, au beau-frère du fils de Didier? à qui remettrait-il la garde d'un te^ ritoire dont les menaces d'Irène doublaient l'importance? L'occasion était favorable ; on ne pouvait espérer qu'il la laissât perdre. Sans doute il se hâterait, et voudrait prévenir, par le choix d'un duc dévoué, ces périls plus menaçans aujourd'hui, dont le traité de Capoue ne le garantissait qu'imparfaitement. Adrien d'ailleurs l'en sollicitait ; quel motif aurait-il pour repousser de si probables conseils? Aldeberge, à la vérité, veuve d'Arégise, prétendait encore après lui maintenir ses engagemens et réaliser ses espérances; elle entretenait avec soin, même avec succès, les secrètes dispositions des principaux chefs de ce peuple; mais que pouvait une femme sans autorité , quelque zèle et quelqu'affection qu'elle y mît? quelle confiance pouvait inspirer aux Grecs de si téméraires promesses ?

Une détermination peut-être étrange, certainement imprévue, vint toutefois leur donner quelque force et quelqu'apparence. Charles , dédaignant les voies d'une prudence vulgaire, quand tout semblait l'avertir de ne point livrer Bénévent au dernier fils d' Aldeberge et d'Arégise , résolut au contraire de l'y appeler; Grimoald fut déclaré duc, et

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obtint riaespérée faveur de su€céder àh puissance de son père. Charles, sous les yeux de qui vivait Grimoald, depuis qu'il Tavait reçu en otage, avaitil si bien pénétré les sentimens de cet homme si jeune, qu'il ne doutât plus ni de sa sincérité^ ni de sa constance ; ou bîen craignait-il d'offenser, par un autre choix, les affections du peuple de Bénévent, et de le soulever encore plus contre sa domination; ou bien avaît-îl pris, chose probable, des engagemens à la paix de Capoue, pour la succession éveniuelle d*Arégise, et trouvait-il peu sûr et peu juste de rompre violemment ses obbga lions, avant qu'aucun événemenl accompli Ty autorisât? On s'étonne, on cherche, on ne trouve point; les lémoi' gnages manquent, et des conjectures, qui se peuvent faire» on ne sait laquelle choisir.

XV. A cette nouvelle, qui flattait si bien sa dou' ble ambition de mère et de sœur, Aldeberge se félicita ; Irène elle-même reprit confiance. Qui eût pu douter que le jeune duc ne restât fidèle à la mémoire de son père et aux intérêts de sa raceî A Constantinople , comme à Salerne et à Bénévent, ou crut le malheur presque réparé, de la fatale mort d'Arégise, Grimoald d'ailleurs, au commence* ment, ne laissa rien voir qui contrariât ces suppo* iitions; quoique circonspect et fort attentif à voiler ses vrais sentimens,ilménageajt néanmoins singulièrement ceux qui dominaient chez ce peuple , et Ton avait recueilli , comme une sorte d'indication

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et de gage, ses procédés dédaigneux envers Adrien. Car il gardait un vif souvenir des fâcheux conseils donnés par ce pape , et prenait peu de soins pour déguiser ses ressenlimens. On n'imputa donc qu'à rhabileté son silence persévérant sur les intrigues des Grecs , et, à la contrainte de sa position, l'oubli qu'il affectait des droits d'Àdalgise; mais il ne serait point un obstacle, personne ne l'en eut voulu soupçonner; on pouvait poursuivre sans crainte, il n'arrêterait point les mouvemens de son peuple, et se déclarerait au contraire infailliblement dès que la présence de l'armée gi»ecque aurait rendu cette détermination possible pour lui, et moins hasardeuse.

XVI. Irène donc, se fiant à ses espérances, crut le temps venu , et elle cessa de retenir Adalgise. Ce prince partit menant avec lui une flotte, des troupes nombreuses, et un général grec pour le gouverner à la fois et le seconder. Ils débarquèrent dans la Calabre, lieu plus éloigné, mais plus sûr, et persuadés, comme l'affirmait d'ailleurs Aldeberge, que le pays de Bénévent leur serait ouvert , ce fut vers cette principauté qu'ils se dirigèrent. Mais Charles , quelque opinion qu'il eût prise de la prudence et de la fidélité du jeune duc, n'avait pas laissé, quand il l'investit de ce titre, d'ordonner en même temps des dispositions qui devaient obvier à tous les périls. Winégise, envoyé par lui avec quelques troupes de Francs , sûres et exercées, s'é^

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