LIVRE XVII
tait rapproché du territoire de Bénévent, ou pour contenir Grimoald, s'il inclinait volontairement à la trahison, ou pour le soutenir contre son peuple, si celui-ci tentait de l'y entraîner.
Au premier bruit de Tapparition d'Adalgise , ce général, hâtant encore plus sa marche, s'était précipitamment avancé pour retarder au moins les progrès des Grecs. De son côté, Hildebrand, l'artificieux duc de Spolette, celui qui avait renoncé naguère avec tant d'éclat au parti du prince lombard, sachant bien qu'il n'y avait de refuge pour lui que dans le triomphe des Francs, s'empressant aussi, levait des soldats, prenait les armes lui-même, et venait grossir le camp de Winégise. Enfin Grimoald , plus fidèle qu'on ne l'eût pensé, ou plus prévoyant, sans se laisser détourner par les sollicitations de sa mère, ni par les vœux de son peuple, ni par l'intérêt d'un prince né de sa race, assemble ses troupes et se réunit au général franc, découvrant ainsi sa résolution d'observer religieusement toutes les promesses faites à Charles.
XVII. Winégise alors, ayant une armée, conçut des espérances plus hautes, et laissant les menaces, seules armes dont il eût encore fait usage, au lieu d'observer et d'embarrasser l'ennemi, il osa l'attendre, et se promit de le vaincre. A leur tour, les Grecs, toujours convaincus que Grimoald et le$ siens les favorisaient ; se flattant toujours ou
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qu^îls combat Iraient faiblement, ou qu'ils refiis raient même de combattre, bien îoin de reculer i c?vaut Winégise, allèrent à lui, et se réjouirent ^e l'occasion que sa témérité leur offrait.
La bataille donc s'engagea, et elle tut vivement disputée. Mais toutes les espérances des Grecs étaient vaines : Grimoald ne se démentit point, et ji combattit au contraire avec une grande valeur; ses troupes entraînées le suivirent sans hésitalion; Hildebrand et les siens, émules jaloux de leur zèle, ne montrèrent ni moins de courage, ni maina de fidélité; on n'aurait su quelle différence faire, dans cette journée, entre les Francs eux-mêmes etleur^ généreux auxiliaires* Aussi leurs efforts triomphé? reut-ils; longtemps repoussés, toujours répétés, ils lassèrent et surmontèrent à la fia les efforts, toujours plus faibles, des Grecs, On vit tout à coup (léchir, reculer, se rompre, ces longues lignes qui s'étaient imprudemment déployées pour envelop per les Francs et leurs alliés. Ceux-ci redDubleot alorSj et en même temps s'accroît le désordre, la peur, le carnage; toute espérance se perd ^ toute YO* lonté se confond ; encore un moment et le mal est irréparable* Ce moment vient, et il ne reste plu5 que la fuite pour ceux que Tépée des Francs aura épargnés! Heureux encore dans son extrême malheur, Adalgîse au moins réussit à tromper la polî^ suite des nombreux soldats qui s'étaient mis sur sa trace; mais Jean, l'antre général de l'armée grecque, resta prisonnier au pouvoir des ducs italien&i
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On dit, et je ne le répète qu'avec répugnance, tant ce récit me paraît peu digne de foi , que les ducs voulant faire preuve d'une inimitié pour les Grecs, plus profonde encore et plus irréconciliable, avaient lâchement souillé leur victoire en donnant la mort à leur prisonnier : crime honteux pour les Francs, s'Us l'avaient souffert; crime infâme pour Grimoald et pour Hildebrand, s'ils l'avaient commis; crime inutile d'ailleurs et qu'explique mal l'intérêt où l'on en cherche la cause; car il suffisait bien du combat, et c'était aux yeux du roi Charles, un gage de fidélité meilleur que des meurtres.
XVIII. Les pertes des Grecs avaient été si considérables, qu'ils ne pouvaient ni les réparer, ni se maintenir sans qu'elles le ftissent; Adalgise rallia néanmoins ces tristes débris; mais n'ayant plus d'espérance, si ce n'est de les préserver d'un nouveau désastre, il gagna le port où mouillait sa flotte, et, en peu de jours, il eut quitté l'Italie pour n'y jamais revenir. Winégise ne l'avait pas longtemps poursuivi : ses troupes, quoique victorieuses, eussent été faibles pour une expédition en Calabre, et c'était assez d'avantage et de gloire qu'une bataille gagnée, et les Grecs réduits à ne se croire en sûreté que sur leurs vaisseaux. On attendait avec anxiété quelle résolution allait prendre Charles; s'il se contenterait d'un combat, s'il lui suffirait d'une victoire, s'il ne voudrait point une autre vengeance des Grecs, s'il ne profiterait point de leur
agression et de leur défaite, pour attaquer Naples, pour envahir la Calabre , pour étendre enfin sa domination jusqu'aux limites les plus reculées de l'Italie.
D'autres soins le préoccupaient; il renonça à cette entreprise, et l'on ne vit point sans étonnement une si rare modération après de telles offenses et de si favorables succès. Mais les leudes francs ne consentaient jamais qu'avec répugnance aux longues et hasardeuses guerres d'Italie ; Charles n'avait point de flotte encore en ce tems , et celles des Grecs, secourant sans obstacle tous ces ports de l'Adriatique, toutes ces villes que baignaient les mers d'Ionie et de Tyrrhène, en rendraient infailliblement la conquête périlleuse et lente ; l'amour de la puissance d'ailleurs n'était pas la seule passion de ce prince. Le zèle de la foi chrétienne dominait en lui; et l'espoir que leur conversion répandrait un éclat plus pur sur sa gloire l'entraînait toujours plus facilement à porter la guerre chez les nations idolâtres; enfin, et l'on ne saurait guère en douter, il prétendait déjà à l'empire, et ce n'était pas un embarras médiocre de choisir ce qui convenait le mieux à ce dessein, ou d'engager une grande guerre qui, soulevant toutes les forces des Grecs, en embarrasserait ou retarderait au moins l'exécution, ou d'affecter un tel désintéressement avec eux, que le moment arrivé, la crainte même de cette guerre et des pertes qu'elle amènerait, leur fit souffrir plus patiemment l'usurpation d'un titre