‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 69 sur 135 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

stérile qui n'imposerait aucun sacrifice réel à leur puissance.

XIX. L'injure d'Irène était grave, mais expiée, Bt Ton ne prévoyait point qu'elle dût se renouveler. Celle des Awares, au contraire, aussi grave, aussi durement châtiée, avait de plus que l'orgueil de ce peuple et le voisinage en faisaient craindre incessamment le retour. On pouvait ménager les Grecs ; il eût été moins prudent de négliger les Awares. Aussi pendant que Winégise faisait avorter en Italie les projets du prince lombard, Charles, de son côté, n'avouant d'autre pensée que de se montrer à ses nouveaux sujets de Bavière et d'affermir leur fidélité, venait dans cette province et s'y arrêtait, en réglait, renouvelait l'administration , marquait et fortifiait sa frontière, prescrivait avec un soin attentif tout ce qu'il jugeait nécessaire à sa défense. Car il délibérait encore s'il irait attaquer chez eux les Awares, et voulait cependant, jusqu'à ce que le dessein en fût pris , garantir son territoire contre leurs attaques.

XX. Un ennemi qu'il n'avait point rencontré avant ce tems bravait maintenant sa puissance et le contraignait à suspendre toute autre résolution. De l'Havel à l'Elbe, de l'Elbe à l'Oder et à la Baltique, s'étendait un peuple, de race slavonne comme les Sorabes, nombreux, puissant, ami de la guerre cQmme eux. Ils s'étaient donné le nom de Wla-

âô ttlSTOlREbËS l^tlANCâ.

daves (1). Tout auprès étaient établis les Obotrites (2), peuple plus faible, mais qui, docile tributaire des Francs, vivait en sécurité sous leur protection. Les Wladaves, voisins difficiles, convoitaient quelques portions du territoire de ce peuple, et ne pouvant en espérer Tàbandon , ils les envahirent. Les Obotrites coururent aux armes, mais la supériorité trop grande et trop certaine de leur ennemi ne leur laissait prévoir que des défaites ; ils invoquèrent les Francs. Charles, offensé de l'insulte faîte à ses tributaires, fit à son tour exhorter et menacer les Wladaves ; fiers de leur nombre, et plus rassurés encore par Féloignement, ils méprisèrent ses exho^ talions et ses menaces. Le roi alors, jugeant dangereux de souffrir de pareils dédains, impolîtique et injuste de refuser le secours promis à ses alliés^ se détermina, quelques obstacles que dût offrir l'entreprise, à traverser de nouveau la Germanie pour aller, au-delà de l'Elbe, humilier l'arrogance de ces barbares.

XXL Assemblant donc une forte armée, il passa le Rhin à Cologne, entra dans la Saxe, remonta jusqu'au Weser, et du Weser enfin jusqu'à l'Elbe.

(1) « Nation appelée Wilzes par les Allemaads , et Welabati, » ou plutôt W^ladawi dans leur propre langue. » ( Malte- Brun.)

(•2) « Les Obotriti, nommés Afredc^ dans la géographie d'Al* » fredf osenpaient le Meckhfiiboarg. « (Idem.)

UVhËXVa (785494).

Parvenu ainsi aux bords de ce ileuve, il y mît son camp, lit construire des ponts , fortifia le plus important, en laissa la garde à une troupe d^élite, et, les travaux achevés, franchissant cette dernière li^ mite, il péndtra dans le pays des Wladaves. Ce peuple, que les périls n'épouvantaient pas^ et dont les forces d'ailleurs étaient redoutables, se flatta quelque tems d'un succès heureux et facile. Que pouvaient toutefois ces multitudes impétueuses, mais désordonnées, contre le ferme courage et l'habile discipline des Francs ? Bientôt leurs camps furent au pillage, leurs terres en feu, leurs guerriers en fuite; ils ne résistaient plus nulle part, ou si quelques-uns, plus généreux , plus confians, l'essayaient encore, une sanglante et prompte défaite était rinfiiilliblc prix de leur audace.

Désabusés enfin , et reconnaissant l'imprudente vanité de leurs espérances, ils cessèrent de se fier à la force et n'attendirent plus rien que deTobéiS' sance et de la magnanimiié. Wiltzan , le plus ancien, le plus sage, le plus accrédité de leurs chefs, leur donna l'exemple , et vint le premier dans le eamp de Charles, Il y apportait d'humbles et absolues soumissions; il offrait sa foi, des tributs, des otages, toutes les promesses et toutes les garanties accoutumées: le prince accepta. Après Wiltzan, vinrent successivement les autres chefs, implorant la paix comme lui, se résignant comme lui, aux conditions qu'il avait subies. Chai'les donc les reçut tous danâ la dépendance ; les Obolrites furent délivrés

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de leurs ciainles, la guerre cessa, et l'empire iranc, ; chose prodigieuse, n'eut plus de ce côté que laBdr tique pour limite.

XXII. Charles avait doublement étendu sa puissance dans celte entreprise , en acquérant de nouveaux sujets, et en faisant voir aux anciens sa fidélité et l'efficacité de sa protection. Pour achever de s'établir pleinement et sûrement dans la Germanie, il ne lui restait plus que les Awares, qu'il fallait nécessairement abaisser, ou par des négociations, ou par la guerre; car places entre l'Ens et l'Adige, ils menaçaient également la Bavière et la Lombardie. Les <iispositions que Charles avait ordonnées avant son départ pour les provinces de l'Elbe, ses préparatife pour la défense de la Bavière, cette frontière inc»laine jusque-là et toujours ouverte, si rigoureuse- i ment marquée à cette heure et si diligemment su^ veillée, excitaient de vifs mécontentemens chez ce peuple, accoutumé à plus de ménagemens et de liberté. Môme il prétendait que pour mieux assurer leurs hmites, les Francs y eussent violemment enveloppé d'assez grandes étendues de terre, qui iraient toujours été de son domaine. Charles élwl venu à Worms, après sa glorieuse expédition contre les VVladaves, et laissant pour un lems les soins de la guerre, il se livrait tout entier à de sages travaux d'administration. L'orgueil et l'ambition les pressant, l'occasion d'ailleurs étant , à ce qu'il leur semblait, favorable, les Awares se déterminèrent à

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»fmïyî?FFjj n^ Ihu Inirs ajnîiassîideui s pour re|Hf#?lenier au lui tVamt lo lori i|(i il Umr avait ËiiL et Ii«^ n^])arat]tiiKs ijii'ibciUeiRlaienlohttniii%

On neOt pohUitiiatxnioîl fîlelimtx à çe?î envoyés Ûim les Ftnncg; le roi, au coûlmîro^ ûprès avoir "iallemment (hîIjaHit ImvH proponîtioriH et leurs ^aînles, voLilîHit pt^rsuader encore ùimw le dé^îr litil anuoiiyuil de garder la [>aix, prii a goii iciin'Ui résolution (i*ravoycr ù burs chefs des ambansa* detiri^- Qiît?lle ijenf^et' mttnn sur i^uUe éïnmj,'e dtv (eniiîuatk^n? KÈaiuil n<îeeHsah'c aux desseins de tlharliS d'en dittérer encore raceomplissement,? S'ÈSfH^raîlHl \Hnni que ses dtUégués, s'ils prolongeaient leur séjour paiTtd ces barbares, ou sédtii* r:uent quebjnrs cbefs, ou rtUissiraieut à les diviser ï Qûcile.s (]ue fussent ses vues, rien nts setonelnt; Im iVwstres, plus ii'rites etîcore et [dus menaçansj j>er- SiâitèrenL aiidaeieusem^nt dans leur vtilonté; uiiû luinee entière se perdit duns ees infructueuses uë- ^aeîutîons,

KXUt Eiifui le jour arriva; C!iarb3«, fatigué,

kHpéraiL phis éviter la guerre et ne la voulait plus

mien iriminensc^"^ [iréparaiifs ('daîent faits t*lt?

ibretLscs irôupes tétaient rasscaiblees , mm

iode lutte allait s'onga^^er^ipielle fin et quels vé^

Itatî* aurait-elle î Charles, sachant les furetfs do

^eïic nation» et quelle résîslauee il devait infaîlli-

sment renroittrer, jugea plusavantajjseuxdeimil*

Ucr se^ attaques et de se oiontrereaniôme temps

'M inSTOinE DES FKANCS,

sur les ihnix frt»iti*vros. Au lîcu cruiit^ armée/ Torni*! i|iijitre; 1*11111% de ^es soldat» tl'Itulics ùlalàli detifjuels fureni Pépin, le duc d'btne, k duc Fiioul^ deux 110 mtos, un évoque; la seconde, cil Itoupes d'Aquitaine ei de Neusirie , où éimm Charles et Louis; la troisième, des auxiliaires Frise et ûp Sixe, que commandaient le comte Tluie doric et Miîginfned, chambellan du roi; la dernier enfluj des coriis lèves en Bavière. Pepïn pril rouie par 1^ Frioul; Cliarles, j^ar la rive miîHflIci unie du Danube; Théodoric, par le bord s**pl(ii trîonal;les Bavarois, laissés en arrière et eu serve, furent embarqués sur le fleuve* Arrîv< hîi^olAt sur les Imrds de TEuns, Charles ordonuiT de s'y arrêter, et comme il prétendait î\ lu eoiiversîon des Awares autant qu'a leur soumission, vou*^ lant rendre manifeste le earaetère reHyi(JUX de soit *!Ulreprise, il y Ut préparer l'armée durant iroîs jours |mr le jertne et de solennelles prières (I), tie devoir rempli, il iranchii le lleuve, et rinvusioç eommença*

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