‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 73 sur 135 · LIVRE XVII (785 70 i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII (785 70 i

le Languedoc; encore un peu de lems, et les Gaules, comme les Espagnes, allaient être désolées par de funestes et irrémédiables dissensions.

XXXIV. Il était plus sage d'étoufTer le mal à sa naissance. Charles assembla à Ralisbonne un grand synode d'abbés et d'évêques, et fît appeler Félix devant eux. Félix obéit, et fit d'abord quelques tentatives pour établir Forthodoxie de ses opinions; mais toutes les voix s'élevaient contre lui, et sa condamnation était infaillible, s'il persévérait. Il préféra la soumission, et confessa solennellement son erreur. Le synode, satisfait, loua sa docilité et n'alla pas plus avant. Charles, au contraire, plus difficile à séduire et à rassurer, demandait de plus formelles réparations et de moins douteuses garanties : il exigea que l'évêque d'Urgel s'en allât à Rome, et refusa de souffi*ir qu'il reprît l'exercice de son ministère, à moins que le pape l'y autorisât. Félix ne résista point ; il partit : condamné de nouveau par Adrien, il s'humilia et se rétracta, comme il l'avait déjà fait. Absous alors et réintégré, il retourna à Urgel, et reprit presqu'aussitôt son erreur deux fois reniée, tant est profond l'orgueil de l'esprit.

Deux ans a[)rès, quand le grand Concile de Francfort s'assembla, cette dangereuse hérésie n'était pas encore abandonnée; bien loin de là, elle se fortifiait et s'enracinait. On fut contraint de répéter, avec plus d'éclat et de rigueur, les premières IV. 4

bO HiSTOlRti: DES FRANCS»

impi'obaiions ; car Félix, moins conflant, cette fois, et moins humble, avait refusé de comparaître devant le Concile, et, de son côté, Elipand, rajetantles décisions de Rome et de Ratisbonne, avait envoyé une longue et chaleureuse apologie de sa doctrine. Charles ne dédaigna point d'écrire lui-même au vieil évêque ; le pape, à son tour, écrivit à toutes les églises d'Espagne ; le Concile publia une lettre synodale, que tous ses membres signèrent ; Paulin, évêque d'Aquilée, composa une énergique et lumineuse réfutation des propositions de Félix; Âlcuin, dans un ouvrage étendu , combattit les captieuses subtilités d'Elipand (1).

Ces soins cependant et ces ménagemens fiireni stériles ; cinq autres années passèrent, et au bout de ce temps, les divisions se perpétuant, il Mut de nouveau consulter leglise et convoquer des Conciles. 11 s'en tint à Aix-la-Chapelle et à Rome, et des deux côtés le fatal système, emprunté de Nestorius, fut unanimement réprouvé. On alla même plus loin, et l'opiniâtreté de Félix ne permettant plus d'attendre de lui de sincères et durables rétractations, le Concile d'Aix-la-Chapelle l'excommunia et le priva de son siège. Charles ensuite le relégua à Lyon.

(1) Alcain avait été admis au concile , sur la recommândatiott de Charlemagne. £o quod esset vir in ecclesiaslicis doctriois eruditus. (Capitul. de Francfort, art. ^}, Elipaad écrivit âsM tOQr« et trto aigrement, contre Alcain.

Page 1