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lXXV, Mais comme s*il n'eut pas suffi de cette agilation et de ces discordes, aux conjurations ourdies en Bavière et en Austrasio, au schisme religieux venu de Tolède et d'UrgeU se joignirent en Italie des résistances, des agi'essions, des révoltes, effort méprisable, s il n'eût été le signe infaillible d'un mal plus profond et plus dangereux. Gri- Bioald, ce duc de Bénévent, si fidèle naguèi'e et si i*econnaissant des bienfaits de Chailes, changeant tout à coup et embrassant d'autres sentimens, soît qu'une dépendance trop dure eût offensé son orgueil, ou que respril de ses peuples le dominât, ou B|e les secrètes sollicitations des Grecs Tentra!- Hissent, Gi'imoald refusait robéissance promise et Gravait téracrairemeiit toutes les menaces- La guerre de Pannonie, qui promettait d'avoir de la durée , quelques piojets agités déjà pai*mî les Saxons, d'autres esi>éranees encore qui tainièrent fceu» contribuaient à Teucourager. Le péril devint ^i pressant que Cbarles ^ retenu dans la Geiraaniô pai* les prépaï'atifs des Awares, et ne se fiant qu'à dtîmi au courage et à la fidélité des Lombards, re- Èûûnut utile d'envoyer Louis au secours de son fi-ère, ei avec lui une forte armée d'Aquitains.
Louis donc marcha, passa le Mont-Cenîs et arriva enfin à Ravenne. Là, les deux armées se l'éunissant, la guerre qui avait langui jusqu'alors devint bientôt plus rapide, et en apparence plus nléeisive. On pénétra dans le paya de Bénéretît, on
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prit quelques forts, on commit d'immenses ravages; Fhiver se passa ainsi en combats douteux, sans éclat, presque tous stériles, et le printems revenu, on se sépara. Si ce fut par lassitude ou par convention, par la résistance ou par la soumission de Grimoald, les historiens n'ont pas pris soin de nous l'expliquer. Mais c'était le temps où venait d'éclater la conjuration de Ratisbonne, et les jeunes rois, empressés d'accourir auprès de leur père, se montrèrent apparemment peu difficiles sur les conditions, si l'on en fit, de cette paix ou de cette trêve. La tentative avortée du fils d'Hilmetrude servait cependant et délivrait Grimoald.
XXXVI. Charles, pendant ce tems, quoique la pradence lui eût fait suspendre ses desseins contre les Awares, ne s'en laissait ni effrayer, ni dissuader. Il persévérait , et les principaux embari*as étant enfin écartés, l'exécution semblait infaillible maintenant et même prochaine. L'armée s'assemblait ; Théodoric, levant de nombreuses troupes dans le pays des Frisons, se mettait en marche déjà, et prenait, à travers la Saxe, les chemins qui le devaient mener en Bavière. Mais les obstacles que le temps et la sagesse de Charles avaient applanis n'étaient pas, tant s'en faut, les plus grands qu'il dût rencontrer. Il s'en préparait de nouveaux, si puissans et si imprévus, qu'ils ne pourraient manquer d'interrompre encore ses résolutions.
Les Saxons, que tant de traités engageaient, que
tant de défaites avaient épuisés; les Sarrazins, oisifs depuis si longtems, et qu'on avait crus résignés aux vieilles conquêtes de la Septimanie et de TEbre, unis fortuitement et à leur insu, par l'injure commune, tentaient en même tems un effort semblable» et mettaient à la fois, sur deux points contraires, la puissance des Francs en un péril tout égal. Théodoric remontait le Weser et atteignait Rustringen; tout à coup, pendant qu'il allait dans cette insoucieuse négligence qu'autorise ou excuse la sécurité, des nuées de Saxons, sortis de .leurs rochers, de leurs marais, de leurs bois, se précipitèrent. Ils l'enveloppent, l'attaquent, le pressent; surpris et troublé, ignorant leur dessein et ne pouvant les croire ennemis, il hésite d'abord, s'arrête et diffère; eux, au contraire, fortifiés de ses doutes, encouragés par cette lenteur, ils redoublent d'ardeur, de confiance, de témérité; ils l'emportent; ils ont vaincu. Le désordre avait précédé le combat dans les rangs de Théodoric ; il ne s'est point réparé, il devient affreux. On ne résiste plus, on n'a plus aucune volonté de combattre; on cherche la fuite, et l'on ne rencontre que la mort. Toute cette armée fut taillée en pièces, et ce fut par quels avertîssemens s'annonça à Charles la révolte inattendue d'une nation que le malheur même ne pouvait lasser.
De l'autre côté, Barcelonne, inopinément assaillie, tombait en un jour sous les armes des Sarrazins ; fiers de ce succès, ils continuaient , venaient
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in même tems sur la Pannonie et sur la Saxe aissa-i-il patiemment passer une année dans cette nenaçante irrésolution.
XXXVIII. Mais la fortune bientôt vint le déga- 5er de ces durs liens, où le retenait la prudence. Uphonse II, prince vaillant, poursuivait avec consaoce, dans les Asturies, Théroïque et sainte entreprise de Pelage. Fatigués de sa résistance, effî*ayés et humiliés de son audace et de ses succès, les Sar* razins avaient résolu d'accabler, par un effort décisif, ces restes de chrétiens et de Goths qui luttaient miraculeusement avec eux depuis près d'un siècle» Os envoyèrent une puissante armée dans le faible royaume d'Alphonsa Mais dans ces contrées couvertes et montueuses , et contre ce peuple qu'animaient doublement le zèle du christianisme et Fhorreur du joug étranger, l'attaque n'était ni facile ni lûre* Les Sarrazins l'éprouvèrent ; attirés progressivement et de fuite en fuite en un lieu resserré et l^vorable, où la grand nombre était moinç un Lyantage qu un péril de plus , ils firent inutilemieiit ^ Ipogs et nombreux efforts de courage; il fallut Béder, ou plutôt périr, lien resta soixante-dix mille, liitHon^ mv ce funeste champ de carnage. La consternation fut profonde dans tout le pays de leur ^mination, et le calife de Gordoue, effrayé des pertes nouvelles que devait amener une si grande défSadte , rappela précipitamment des Pyrénées et de FEbre toutes les troupes qu'il y avait laissées.
XL. Charles donc, le choix étant arrêté, partagea ses troupes et en forma deux armées ; Tune , dont il prit lui-même le commandement, s'avança par la Thurînge sur hi frontière méridionale de la Saxe ; Tautre, que le jeune duc du Maine conduisait, passa le Rhin à Cologne, et suivit, du côté de Toccident , la route directe de la Wcstphalie. Les Saxons, rendus plus ardens par ces menaces mêmes et par ces périls, couraient aux armes à leur tour, et faisaient voir tous les signes d'une forte et généreuse résolution. Bien loin de fuir et de chercher leur salut dans les retards et dans les distances, ils se rapprochaient au contraire, et plantaient audacieusement leurs tentes à Sientfeld, dans le territoire même de Paderbom
Les Francs arrivaient cependant, et la jonction des deux corps s'était déjà faite; on n'attendait plus que le combat , on ne doutait point qu'il fût terrible. Il l'eût été en effet; mais l'ardeur n'était pas égale parmi les Saxons , ni les volontés unanimes. n y avait neuf ans déjà de la paix conclue avec Witikind, et dans ce long intervalle, de profondes habitudes d'obéissance avaient été prises ; la foi chrétienne avait fait de nombreux et salutaires progrès. Les seuls ennemis qu'eussent encore les Francs chez ce pefuple étaient ceux qui s'obstinant dans l'idolâtrie , haïssaient en eux le christianisme qu'ils leur voulaient faire aimer. Les autres, déplorant la rébellion, ne la servaient qu'à regret et avec
86 tUSTOlRE DES FRANCS.
^4iédeur; plusieurs môme refusaient ouverteBûént
de la seconder, et Witikind , fidèle vassal, sincère
chrétien, soldat pi^évoyant, leur donnait lesemple*
XLL Les divisions qui s'eflFacent quelquefois à rapproche d'un danger pressant et commun» y puisent aussi quelquefois une aigreur et une énergie nouvelles. On se réunit pour éviter la perte commune ; on se sépare pour n'y être pas enveloppé : c*est selon les temps et rinclination des esprits* Tant que les Francs avaient été éloignés » et qull s'était agi seulement de prendre les armes, de suivre les siensj d'obéir à cet instinct de guerre, si impérieux et si général parmi les Saxons , ceux qui approuvaient le moins la révolte , entraînés par Texemple» les reproches, les menaces des insensés qui la fomentaient, s'étaient abandonnés sans trop de résistance à ce mouvement» et^ de peur qu'on ne soupconnût leur fidélité ou leur courage^ avaient é* fecté d'abord un zèle pareil à celui des pins dévouéSi On eût dit, dans les premiers Jours, cette multiludii animée d'un seul sentiment et d'une même résota* tion. Mais lorsque Charles , poursuivant sa course» eût atteint déjà la forte position d'Ehresbourg,et qu'il fut question de résoudre si l'on attaquerait, si Ton attendrait, si l'on mettrait de nouveau le sahil de la Sa^e aq douteux hazard d'une bataille inégak et désespérée, ce fut alors que se révélèrent te
craintes, les regrets, les espérances contraire» , te
oppositions de vues et de volonté.
UVREXVII(785 794). ti$
I^lii3Îeur$, rappelant les malheurs passés, en prophétisaient de plus grands : c On combattrait, on serait vaincu; fut-on victorieux une fois, ce serait en vain, et Ton se serait épuisé sans fruit dans un triomphe bientôt expié. Quelle force avaient-ils pour résister à de si formidables armées? Quelle puissance, pour sur-» monter celle d'un état si populeux et si étendu? Leur courage ne servirait qu'à leur ruine ; leur constance, si ferme qu'elle fût, ne réussirait qu'à appesantir leur oppression. Quelle sagesse y avait-il à se soulever contre une domination que le soulèvement leur rendrait plus dure? Les dieux, pour qui ils couraient à ces infaillibles périls « les avaient abandonnés à l'épée de leur çnnemi; les trouveraient-ils plus puissans aujourd'hui, ou plus favorables? Réduits au choix des malheurs, ils devraient préférer le moindre ; mieux valait la dépendance que la destruction. >
XLIL Ce langage fut combattu, mais cependant écouté ; de nombreux approbateurs l'applaudirent. On s'enflamma par degrés dans cette grave délibération; on s'attacha d'une conviction et d'une persistance pa^*eille aux deux volontés opposées , et quand on en fut à ce point, quand de$ deux moitiés de cette armée insuiSisante déjà et Vfop M-ble, une seule eut embrassé le parti de la guerre, et l'autre, celui de la soumission, la guerre cessa
60 UISTOmE DES FRANCS,
d'être possible, même pour ceux qui la souhaitaient; il ne resta plus qu'à subir docilement la loi qu'imposerait Tennemi.
Charles eut promptement découvert les avantages de sa position et les embarras de la leur; il avait trop d'expérience pour les négliger. Plus ils recherchaient la paix, plus il annonçait et montrait la guerre : « Qu'ils persévérassent, puisqu'ils l'a- » vaient osé provoquer; ou s'ils reconnaissaient D enfin leur faiblesse, qu'ils s'humiliassent, comme T> il appartenait aux vaincus, et qu'ils attendissent, » ainsi que le devaient des rebelles, la souveraine » déclaration de sa volonté. Il leur avait envoyé » des prêtres chrétiens; qu'en avaient-ils fait?D ï leur avait bâti des églises; où en étaient les déï bris? Les églises de Dieu seraient relevées, et 3> ses prêtres seraient rappelés. Qu'ils ftissent en- 3> nemis, s'ils prétendaient rester idolâtres; qu'ils 3> fussent chrétiens, s'ils voulaient devenir amis. » L'esprit de rébellion avait soufflé sur eux trop j> longtemps, il fallait un terme : le vieux traité de D Paderborn s'exécuterait; la peine établie serait D infligée; de ces guerriers indociles et présomp- T> tueux,qui, bravant leur maître, l'avaient inso- 3) lemment menacé de leurs armes, la troisième ifr portion serait mise à part, et quitterait sansre- 3) tour le territoire de la Saxe. Ils entendaient ses » desseins; ils pouvaient choisir : obéir, s'ils hési- » taient de combattre ; combattre , s'ils hésitaient » d'obéir. »