‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 75 sur 135 · LIVRE XVïl J85-794). 6i · texte numérisé non relu

LIVRE XVïl J85-794). 6i

XLIII. Les Saxons s'étaient soulevés par entraîlementy par un juste regret de leur liberté, par un Ssmatique amour de leurs idoles , par une fausse et nalheureuse prévoyance des événemens annoncés 3n Italie et en Pannonie. Ils avaient cni secourir 3es peuples, et n'en étaient point secourus; ils gavaient compris dans Ténumération de leurs forces selles des alliés qui s'oflfraient à eux, et cet appui leur manquait, et leurs propres forces s'anéantissaient en se divisant. Isolés, délaîssés,et pour comble de maux désunis, que pouvaien^ils se prometire dans cette lutte insensée où Charles apporterait son habileté , et les Francs toute leur puissance? La nécessité, ministre aveugle de la fortune, pesait sur eux, accablante et insurmontable. C'était une désespérante extrémité d'obéir, et cependant, à moins de périr, quelle autre ressource avaient-ils? Au moins, en se résignant à leur abaissement actuel, pourraient-ils garder quelqu'espérance éloignée, quelque chance de délivrance et de gloire, que le temps hâterait peut-être et seconderait. Ils devaient à leur pays de le préserver, et, ne le pouvant par l'épée, il le fallait tenter par l'obéissance.

Ils obéirent donc, qui l'aurait prévu? ils obéirent à tout, et même à l'exil, plus abattus, plus découi^gés par leurs dissensions qu'ils ne l'eussent été s^près de nombreux combats, par les plus sanglantes défaites. Les bannis eux-mêmes se soumi«

6i ttisToiRK i>i:s ruANCà.

rent et se dévouèrent, jugeant leur malheur utile à la Saxe, pour qui ils voulaient conibattre, et n'eussent pas refusé de mourir.

XLiV. Charles s'applaudissait, et avec raima, de cette victoire » plus prompte, plus sûre^ plus fructueuse que n'eût été celle des armes. U méoi^ geait le sang et le temps , précieuse épargne pour lui, que d'autres combats appelaient; il triomphaiti en un seul ennemi, de plusieurs, et de la môma terreur, qui désarmait les Saxons, il accablait les Awares. Son œuvre avançait, et faisait d'iuH i menses progrès, par cette soumission voloDtaire qu'arrachait au plus vaillant de ces peu]^ l'Irrésistible sentiment de leur impuissance; die ne s'achevait pas cependant, et il restait à prévenir les faciles repentirs des Saxons, à recueillir dans la ruine, longtemps différée des Avsrares, les dernim fruits d'un succès si favorable et si glorieux. D fallait encore retenir la Saxe, sinon la soumetM, ^ et faire reconnaître à la Pannonie qu'elle était tombée en même temps que la Saxe. |

De ces soins, en apparence inégaux, en effet ptreils^ Charles choisit pour lui le premier : il n'y avait que sa présence pour imposer aux Saxons; il n'y avait que lui pour les maintenir dans la crainte. Après donc qu'il eut passé l'hiver à Aix4a- Chapelle, et qu'il eut tenu dans la maison royale de Kuffestein, le conseil annuel de ses leudes, rap- Iwlaot les troupes^ il se prépara à porter eia StaWi

1 moins Ti

siîiôn les effets, au moins Tappareil de k guerre; ûuQii les violences d*an eimemi, au moins la aévériié vigilante d'un maître offensé* Géi^ild cependant et Hcrric entieprendraieni de concert une nouvelle expédition contre les Awares; Gérold, menaçant d'abord, sans s'y engager, leur longue ! fromière du Danube; Herric, par un mouvement ^yilus décisif, assaillant el forçant celle du FrîouL

^K XLV. Charles donc, ces dispositions convenues, ■^partit de Mayence, traversa lentement le pays des VVestphaliens, tourna ensuite dans TAngri varie, pas* ^^aleWeser, et alla ciimper sur les bords de TElbe. ^^as Saxons, oisifs et muets, s'irritaient cependant dans leur inaction, et menaçaient dans leur silence. La prévoyance de Charles se justifiait : la force les avait plies a la dure convention d*Ehresbourg; la ^force seule avait le pouvoir de leur en arracher Texé- ^nition. Déplorable condition de ce peuple, qui ne ' pouvait ni tenter la guerre, ni souffrir la paix. Herric, pendant ce temps, accomplissait ce qui lui était ordonné; il allait, quittait le Frloul, se précipitait sur ta Pannonie, renversait les retranchemens^ prenait des cités, gagnait des batailles, tuait des chefc renommés, jonchait de morts ses champs de victoire, et, s'il n'achevait pas la conquête, la poussait du moins Jusqu'à la rendre infaillible^ Les Awares avaient encore quelques moyens de combattre; ils n'en avaient déjà plus pour vaincre et demaurer libres.

64 IIÎSTOIHR DES FBANCS.

XLVI. Ceux d'eiitr'eux que n'aveuglait pasFopiniâtre et farouche orgueil des peuples barbares; ceux qu'aveiiissaient Texpérience, le soin réflédii de leurs intérêts, un désir intelligent de conservation et de sûreté, en avaient déjà le pressentimoit et ne prévoyaient plus que des désastres. La division, fi*uit abondant de l'adversité, croissait rapidement parmi eux, comme pour mieux assurer leur ruine. Plusieurs, dans leur découragement, qadques-uns dans leur prévoyance, tournaient, ou par habileté ou par faiblesse, leurs timides ou ambitieuses pensées vers Charles lui-même et ses Francs. Se soumettre assez tôt pour préserver au moins quelques restes de leur liberté et de leur puissance; se soumettre même afin de mieux dominer, sous Tabri de ceux auxquels on se serait faussement soumis ; ainsi disaient quelques portions de ce peuple, ainsi calculaient quelques chefe, dans le secret de leur frauduleuse ambition.

11 y en avait un, de ces chefs, homme entrepretnant dans la guerre , entreprenant aussi dans la paix, avide de commandement, jaloux de tous ses légaux, heureux de leur perte, si elle favorisait son ^élévation, aspirant à l'abolition de ces pouvoirs ri- Taux qui gênaient le sien, méditant, à la faveur des malheurs communs, d'effacer dans ce pays le pa^ tage qui l'affaiblissait, et se promettant de Funir pour le régir seul. Ce chef se nommait Thudun. B eut et embrassa une pensée hardie : il résolut d'es-

Page 1