‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 84 sur 135 · LIVRE XVUI · texte numérisé non relu

LIVRE XVUI

1 ment blesse, ne gucrirait plus (1). » Il demanda pour lui des prières à toutes les églises de l'empire, et distribua en son nom des aumônes dans toutes les principales cités. Son zèle alla même jusqu'à solliciter les églises d'Angleterre, et à leur envoyer des présens pour obtenir leur intercession (2)- Enfin ne voulant rien omettre , et cherchant quelle marque nouvelle et plus éclatîmte il pourrait donner de son afleciion et de ses regrets, Téirange pensée lui vint d'écrire lui-même l'épilaphe du pieux pontife (3). M se souvenait des longs et favorables services d'Adrîen; il trouvait juste, cl peutêtre politique de les reconnaître. Il ignorait ce qu'il devait attendre de son successeur; et lui montrait ces honneurs, comme pour l'exciter à en mériter

(1) Obitas tUitis le^atione consternattis sum^^ Ibi me (rLsiiUsB iari>averiiDt lagubria.*. Laerymabile doloris vulnus quod aiiim& noatrœ jonesit,. (Epîst. ad Leonein III). «A la nouvelle de > la mort d'Adrien, sou atnl le plus dévoué , ou le vit pleurer n çoiume s'il eût perdu un frère ou le plus cher de ses enfans. ■ (Egtûhard, Vie de Cliarles).

(2) Coguoscai quoque dilectio vestra quod aliquam benîgtiilatem de DalmaUcis nostriâ vel palliis ad siugulas setles epîseO' pales regui vestri vel Ëtlieirredî direximus in elecmosyuaui domni Apostolici Hadriaui, deprecautes utproeo iotercedijubeath.-' sed et de Ibesaura Iiuniauarum rerum, quem Omuinus Jésus nobiâ gratuila pietale coocessil. alîquid per Metropolitanas dvitates dîreximus (Epist- ad Offam regem. )

(5) Elle est en vers latins, hexamètres et peulamcLres. Il y eu a Irente-huit. (Voyez Concile Gall., t, 2. — Cliarlemagne a composé aussi deux ép! 1res eu vers, qui sont adressées à Fan) , diacre. (Voyez Fabrîcîui, Bîbliolheca medïœ et iofimae latioUalb.)

»{ HISTOIRE DES rtlANCS.

de pareils : il voulait qu'on apprit quelles espérances on avait en le secondant, et quels aran^^ tages.

XIY. La leçon, si elle était nécessaire, ne fiit pas négligée par ce successeur. C'était Léon III; son élection s'était faite précipitamment, et avec une étonnante unanimité, le même jour, au même moment qu'Adrien mourait. Il était douteux que Cha^ les approuvât cet empressement; on eût dit un dessein formé d'éluder l'intervention des rois francs, comme on éludait autrefois celle des empereurs grecs. Prévoyant et redoutant les mécontentemens de ce prince, Léon se hâta de les prévenir par de promptes et solennelles assurances de soumission. 11 fit partir aussitôt Théophilacte et Etienne, ces mêmes évêques qui avaient représenté Adrien dans le concile de Francfort, et dont le roi avait déjà éprouvé l'esprit flexible et docile. Ils allaient porter au nom de Léon ses promesses personnelles do fidélité (i), et avec elles l'étendard de la ville de Rome et les clés du tombeau de Saint-Pierre. Ds devaient de plus solliciter le roi franc d'envoyer à son tour quelques-uns des siens pour recevoir les scrmens d'obéissance du peuple de Rome. Charles

(1) Perlectis excellentiae vestr» lilteris , et andita decrelati chartula, valde, ut fateor, gavisî samas, sea in electionîs ananimitate seo in humilitatis vestrœ ohedientia , et in pnmitttk ai nosfidelitaU. (Epist, ad Leonem in,papam*]

LIVÏVE XVIII (194-800).

se montra salisfait, et il consentît Ce fut d*Engilbeit eMOPe qu'îl fit choix dans cette nouvelle occasion, pour faire reconnaître sa souveraineté aux Romains, et en même temps régler les rappoils et les devoirs du pape envers lui.

Quelle en était la nature? Ou en juge encore mieux par le langage de Charles , que par ses aclions même et par les évcnemenSp « Avertissez-le 1 avec soin ^ prescrivait^il à son envoyé , qu'il ob-

> serve la plus scrupuleuse honnêteté de mœurs et t de vie (1), que les saints canons soient la seule 1 règle de sa volonté, qu'il fasse assidûment éela- 3 ter sa charité et son zèle dans le gouvernement

> de la sainte église de Dieu (2) ; rappelez4ui fré-

* quemmeut la brièveté et le petit nombre des an-

> nées où il jouira de sa dignité, et la perpétuité 1 des récompenses promises à ceux qui l'auront

^m exercée vertueusement (5), ^

^k* S'adressant ensuite à Léon lui-même :

^B «I Je me suis vivement réjoui, lui écrivait-il , de

^3 votre humilité» de votre fidélité » de votre obéis-

* sauce. J'ai enjoint à Engilbert de vous dire toutes 1 les choses qui sont de ma volonté, et qu'il vous

est nécessaire d'accomplir (4) , ou pour la gloire

(1) Admonea» euro diligenter de ornai houeslale yiUB suse..* * (ComiûOQiU dat. ADgilberto,)

(2) Eodem,

(3) Ëadem*

(4) QuiB ^el vobiâ volanLaria, Yel vobidoecessarîa videltaoUr. {Eodem.)

» de rËgUse, ou pour la conservation de Toire di-

> gaiiéy ou pour ma puissance; car mon désir est » qu'un même pacte de foi et d'affection m'unisse » à vous, comme au bienheureux Adrien. D m'ap- » partient, avec l'assistance de Dieu, de défimdre » partout l'église du Christ par les armes , contre . » les attaques des infidèles et des idolâtres, et de » l'affermir même au dehors par la propagati<m » de la foi catholique. Il vous appartient, à vous»

•» d'élever vos mains à Dieu comme Moïse, d'aider » à mes enti-eprises de guerre, d'intercéder les puis-

> sances du ciel, d'obtenir délies que le peuple

> chrétien triomphe toujours de leurs ennemis, et

> que le saint nom de Jésus soit glorifié par toute » la terre. Manifestez votre sagesse par les actions, » votre science et voire piété par le langage ; que

> la lumière qui est en vous éclate et se répande » devant les hommes , afin qu'ils voient que vos » œuvres sont bonnes, et qu'ils louent Dieu de 9 VOUS avoir choisi pour les mener dans ses

* voies (1). r^

Ainsi parlait Charles, et l'on peut comprendre maintenant quelle supériorité il aflFectait sur les papes, en quelle dépendance il les retenait malgré la souveraineté temporelle où il les avait élevés, quelles prérogatives même il s'attribuait, quel droit de conseil et de remontrance sur les actes de leur

(i) CommoDit. da(. Angilberto.

autorîlé spirituelle* Les choses étaieiu ainsi dans ce temps , ei il est nécessaire de le marquer, afin de mieux mesurer le progrès des temps qui suivirent,

XV- Alphonse, cependant, glorieux auxiliaire de Charles , poursuivait courageusement ses succès dans les Asturies et dans la Galice. Les Sarrasins, qull occupait et inquiétait sans relâche, négligeaient de plus en plus les provinces de TEbre^ et les Aquitains, qui avaient la garde de cette frontière, n'y rencontraient plus, que par intervalles, de faibles et inutiles combats. La discorde d'ailleurs, compagne assidue de l'adversité, était fidèlement accourue chez les Sarrasins, après les victoires d'Alphonse. Abdallah, oncle du calife de Cordoue, prétendait ouvertement au partage de la someraineié; et à son exemple, quelques émirs, fatigués du joug des califes^ méditaient et concertaient le dessein de s'en affranchir. Plusieurs fois, depuis le temps de Pépin, la riche cité de Barcelone avait changé de domination, tantôt soumise aux rois francs, tantôt asservie par les Arabes. Elle était à ces derniers maintenant, et obéissait à l'émir Zad^ don {!). Zaddon, prévoyant de prochaines attaques de la part des Francs, et sachant Timpuîssance où eruientles siens de le secourir, aimait mieux préve-

(1) C'est le nom qui lai est donné dans ia chroQÎqae de \ài^* troDaine« £fuibard Iqî doone celui ie 2a|e* IV. 7

m UiSTOItVË t>Eâ ^RAJHCâ.

nir le siége> et conserver à ce prk son pouvoir, que de tenter la chance inégale des armes, avecla crainte, ou plutôt la certitude d'être dépouillé. H envoya proposer à Charles de lui soumettre sa ville, s'il Im voulait assurer sa protection, et l'accepter pour vassal. Charles accepta, et Zaddon , qu'il y conviait, vint, sans plus hésiter, à Aix-la-Chapelle, fit les sermons qu'exigeait sa nouvelle vassalité, retourna ensuite, et fidèle aux obligations convenues, remit en effet Barcelone en la puissance des Francs.

XYI. De son côté, Abdallah, le parti qui le 8e^ vait manquant ou de confiance , ou de forée , réduit déjà aux extrémités les plus malheureuses, n'avait d'espérance que dans les appuis extérieure Il tourna comme Zaddon ses pensées et ses prières vers le roi Charles, et vint à son tour implorer et acheter sa protection. Charles, dont ces divisions secondaient les vues, et qui sentait d'ailleurs l'avantage qu'en retireraient les chrétiens de la Gahce et des Asturies, ne pouvait négliger une occasion si heureuse. Il accueillit Abdallah, reconnut les droits qu'il s'attribuait, l'exhorta à persévérer, lui promit une prompte et efficace assistance.

Charles, en effet, la guerre des Awares touchant à son terme, et le soin de contenir les Saxons étant le seul dent il fut encore occupé, avait déjà résolu d'aider plus puissamment qu'il n'avait fait jusqu'alors aux efforts d'Alphonse, et de venger .enfin avec plus d'éclat, l'irruption récente des Sarrasins dans

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"ses côûquètes de lEbre et dans la Septimaoie, 11 avait même envoyé le roi d'Aquitaine pour assaillir Iluesca , et donner à cette guerre, si lente et si incertaine des Pyrennées, plus d'étendue et d'activitil Les soumissions d'Abdallah, qui n'étaient pour lui qu'un nouveau moyen de succès, ne pouvaient manquer de le trouver favorable, et de l'affermir dans son ancienne résolution. Aussi, non content de Texpédilion déjà confiée à Louis, voulut-il que Pépin, laissant l'Italie, allât lui-même en Espagne. Abdallah, fidèlement secondé par le premier de ces jennes rois, rentra chez les siens; mais cette expédition , qui ne fut pourtant pas sans fruit , ne produisit pas d'abord tous ceux qu'on en avait attendus* Le jour était proche, mais pas encore arrivé, où devait tomber Huesca; les seuls avantages qu'on eut furent le riche butin que l'on recueillit, Lérida, qui fut conquise et] ruinée, l'heureuse et secourahle diversion qu'on avait faite en faveur d'Alphonse.

XVIL Charles, pendant ce temps, toujours attaché au plan rigoureux qu'il s'était prescrit, était retourné dans le pays des Saxons, avec son appareil accoutumé de force et de guerre^ Chose inouïe, il ne maintenait cette conquête qu'à la manière dont elles se font, avec des armées; il triomphait, chaque année en Saxe, plutôt qu'il n'y gouvernait ; sa domination n'était qu'une guerre toujours proebaine^ il commandait, mais en recommênçaiit

toujours de soumettre. C'était comme un échange continu de méfiance et de menaces : la Saxe obéissait en faisant perpétuellement redouter qu'elle refusât; Charles épargnait les combats, en se faisant voir chaque jour plus impatient de les engager.

11 avait pénétré fort avant, cette fois, jusqu'à rOcéan, entre les deux embouchures du Wéseret deFElbe; mais déjà s'avançait la fin de la saison favorable, et il se lassait de ces retraites périodiques et forcées , qui détruisaient sî rapidement les plus utiles effets de sa présence, et rendaient, pendant de longs mois , ces provinces aux sacrilèges pratiques de l'idolâtrie, et à l'esprit de rébellion, n reprit un dessein qu'il avait déjà essayé en d'autres années, et résolut d'ôter aux Saxons jusqu'à cette sécurité passagère que leur rapportaient assidûment leurs hivers. Divisant donc son armée en deux parts, il les établit l'une et l'autre au bord du Wéser, dans des positions également bonnes pour l'attaque et pour la défense, et qu'il rendit plus fo^ midables encore par les travaux qu'il exécuta. A celui de ces camps, qu'il avait choisi pour luimême, il lui donna le nom d'Hers-Tall, de cette maison sur la Meuse, où s'était passée son enfance, et que son aïeul avait tant affectionnée; vaines images des choses de la patrie, et qui néanmoins flattaient l'esprit soucieux du soldat.

XVni. Ce fut de là , de ce lieu reculé et sauvage, que, sans autre faste que celui des armes ,

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