LIVRE Xyiïi
il continua, jusqu'au retour du printemps, d'impo' ser aux Saxons^ aux Nordmans, aux "V^ladawes, à tous ces peuples du Nord , sans cesser toutefois de faire sentir sa puissante main aux autres portions de Fempire. Là durent venir snccessivcment tous les ambassadeurs envoyés ou pour solliciter son appui, ou pour désarmer ses ressentimens; ceux des AwareSj dont les derniers désastres n'étaient j pas encore aiiîvés; ceux d'Alphonse ^ chargés de présens , gloi-ieux témoignage de ses victoires sur les Sarrasins; ceux du patrice de Sicile apportant des letti*es d'Irène, et ouvrant dès lors d'importahtes et étranges négociations , dont on eût diflîcilement pénétré l'objet et l'issue. Abdallah lui-même fut contraint de le suivre un instant dans sa cité de soldats; tant ce prince craignait peu, ou plutôt aimait à se laisser voir par les étrangers dans la simplicité rude et menaçante de sa vie guerrière-
XIX, Toutefois cette occupation prolongée ^ ce« ai'mées toujours menaçantes , cet appareil sans cesse présent de puissance et d'oppression entretenaient» dans les contrées voisines, une agitation qui remportait quelquefois sur la crainte. Les peuples de la rive droite de TElbe, étonnés de la dé* termination du roi franc, et cherchant quelle pen- J sée avait pu le retenir si loin de ses résidences i accoutumées , malgré la rigueur et les difficultés de i la mauvaise saison, n'en avaient point conçu d'au- ' tre que d'étendre encore &€s conquôles ^ de lépan-
m mSTOIRË DÈS FRANCE
dre de plus en plus le christîanîsitief de leur ap« porter à eux-mêmes le joug qu^avaîent déjà subi les Saxons, de pouvoir franchir plus facilement et plus tôt le fleuve qui protégeait leurs limites. Pi^éoocupés de cette opinion, peut-être juste, au moins vraisemblable, ils avaient contracté secrètement alliance avec les Saxons de la rive gauche de FEIbe, et se préparaient courageusement à repousser Tagression qu'ils attendaient et croyaient prochaine.
n arriva qu'en ce même temps, comme Thiver finissait, et que néanmoins la nécessité des fourrages retenait encore les armées de Charles dans leurs campemens , ce prince se laissa entraîner m dessein fâcheux d'envoyer quelques-uns des siens chez ces peuples, ou pour régler en effet, ainsi qu'on l'avait annoncé, d'anciens différends qui les divisaient, ou peut-être aussi, et plutôt, pour mieux connaître leurs forces, leurs préparatifs, leurs dispositions. Déjà, et l'on ne peut dire si les projets d'invasion dont on le supposait occupé, n'en était pas le motif, il avait envoyé un ambassadeur à Siegfried, qui régnait encore alors parmi les Nordmands. Les peuples de l'Elbe, inquiets et animés ainsi qu'ils l'étaient , ne pouvaient guère qu'accueillir avec méfiance ces médiateurs équivoques, qui venaient sur leur terre au nom de leur ennemi. Mais la méfiance, chez les barbares, mène promptement à l'aversion, et celle-ci à la violence. A peine arrivés, des bruits peut-être véritables, peut-
être injusteis et calomnieux, se répandirent : on s'irrita, on se souleva, on courut à eux en tumulte; le nombre était inégal : ils pouvaient résister, ils ne pouvaient pas se préserver; la plupart périrent. Àti même moment revenait Gohschalk, Tambassadeur de Charles auprès de Siegfried. Surpris, à son tour, suspect autant qu'eux, son caractère et son rang ne suffirent point pour le protéger : ils lui croyaient une pareille mission ; ils ne lui tirent point un sort différent.
XX. Ces flireurs en provoquaient d'autres; ces meurtres appelaient la vengeance. Charles n'avait pas l'habitude de la faire attendre longlems ; l'offense à peine reçue, il commence : il concentre un instant et dispose son armée à Minden ; puis tout à coup et presque aussitôt, il part, ou plutôt s'élàncè. Ils l'ont trahi, défié, frappé; ce n'est pas la guerre seulement qull leur apporte, mais la destruction; il passera sur leurs pays, comme ces rares et inexplicables fléaux qui n'épargnent rien. B a SU les pactes secrets qu'ont fait les Saxons de la rive gauche de l'Elbe avec les peuples du bord opposé ; il doit sa colère à ceux-ci, mais il doit aux premiers le châtiment de la foi violée ; il doit à la prudence d'ailleurs d'accabler d'abord son ennemi te plus proche , afin d'aller ensuite plus librement et avec moins de désavantage au plus éloigné. C'est donc entre l'Elbe et le Weser qu'il s'étend; ce sont les limites où s'enfermeront ces terribles
HISTOIBE DESFRÂT4CS.
commencemens de vengeance* Il faut avant tout ^c la Saxe entière fléchisse, ou devant lui, sî elle craint de périr » ou devant la mort, si elle haït de servir. Cet affreux décret ne s'exécuta que trop bien : les L Francs avancèrent, plutôt pour tuer que pour vaincre, plutôt pour détruire que pour posséder; ils avancèrent encore, et ces tristes contrées se turent : ce n'était plus qu'une vaste et uniforme ruine , du Weser à l'Elbe , de TElbe jusqu'à rOcéan.
XXL Mais les peuples du nord n'avaient pas été infidèles à leur haine ni aux promesses faites aux Saxons. Pendant que Charles épuisait sa fureur contre ces derniers , eux se levaient aussi et portaient la leur chez les auxiliaires de Charles, Ils attaquaient, puisqu'on différait de les attaquer, et franchissaient TElbe audacieusement , puisqu'on leur épargnait le soin d en disputer le passage. Us étaient allés ^ nombreux et résolus , chez les Obo* trîtes^ tentant, non sans habileté, des diversiom; cherchant , non sans espérance, des compensatioflB de meurtre , de pillage , de gloire , pour tant de dommages soufferts par leurs alliés. C'était le due de Thrasicon qui commandait dans le pays dei Obouiies, depuis la funeste rencontre où leur dernier chef avait succombé. Avec lui, était encore Eberwin, vaillant officier de l'armée de Charles, envoyé par ce prince pour entretenir sa fidélité et seconder son courage. Au premier bruit que
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hommes du nord arrivaient^ ces deux chefe, réunissant précipitamment leurs soldats , marchèrent eux-mêmes et s'avancèrent jusqu à Minden^ Ce fut où se rencontrèrent ces armées* Toutes deux avaient soif de sang et de gloire; aucune ne délibéra. On combattit donc, et avec une grande opiniâtreté; mais la fortune ne répondait pas aux espérances des hommes du nord. Quatre mille d'entr'eux déjà étaient tombés à la première attaque et du premier choc. La suite ne démentit point ces commencemens; aucun effort ne put réussir à rétablir le combat. Il fallut céder et se résigner à la fuite. Us se rallièrentpourtant, repassèrent TËlbe^ et s'allèrent mettre à couvert dans leur pays, moins malheureux que les Saxons du Weser, découragés cependant et rigoureusement châtiés*
XXII. Charles enfin s'arrêta, et laissa reposer sa colère ; ses projets ^ s'il en avait en effet dès ce temps contre les peuples de la rive droite de rElbe, restèrent encore suspendus. Il était vengé, Tinsulte faite à son nom et à sa puissance était effacée ; la Saxe obéissait , le reste pouvait être indîfféremïïient retardé. Le temps eût manqué d'ailleurs pour des entreprises plus étendues ; Tbî ver mena(;ait et H*était plus éloigné- Charles revenait , après une longue absence, chercher de plus paisibles travaux Parmi ses peuples de la Bavière et de TAustrasie ; cle nouveaux intérêts , d'importantes communications, une solennelle ambassade ratlendaicnt. Mi-
m msTomË des francs.
chel et Théophile, envoyés dTrène, amVdietit de Constantinople, non plus, comme autrefois , pmUr contester et circonvenir, mais pour prier au contraire et justifier.
Une double révolution venait d'ébranler rOriènt; Irène, un instant surprise et précipitée , se l*lc*vait plus coupable, mais seule maîtresse (1). Vétûfpire n'avait plus d'empéreur; une femme tépitàl Constantin, si longtemps docile à rambitidn dé «S mère, sa Vingtième année arrivant , s'était Êitigtté tout-à-coup de cette importune tutelle èl de llM& tion dans laquelle ott le retenait. Le joug de rilli»' pératrice lui était pesant, et bien plus idncdM.iXh lui de Staurace, illustré soldat, patricé puisâÉfit, instrument habile , mais audacieux , de cette âtadacieuse et habile femme. Il s'indignait ((tt'il d'y eût de lui que son nom dans le gouvernement de son propre empire. Mais en l'état où on l'avait ifiis, qu'importaient ses droits et sa volonté ? qui l'eût écouté, et qui lui eût obéi ? Tout reconnaissait el suivait Irène. A quoi se résoudre , si ce n'est à faire comme s'il se fiit agi de la puissance d'âutrui ; que lui restait-il, que de conspirer? Il conspira donc, lui empereur, et contre sa mère.
XXin. Staurace avait des rivaux et des enne-
(1) Irène était née à Athènes, d'ane famille noble » mafe sa» illastralion. Elle avait tout l'éclat et toutes les séductions de l'esprit, des taiens et de la beauté.